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dimanche 19 décembre 2021

La librairie, le lieu de perdition!

 Parce que l'université, et le logement universitaire sont juste à côté de la perspective Nevski ( haut lieu littéraire, n'est-ce pas, Nikolaï Gogol?).
Je suis donc à côté de la livrairie " Maison du livre" : "дом книги", située dans un ancien magasin art- nouveau, où étaient vendues des machines à coudre. Le magasin "Singer" , la marque que les français prononcent " singe erre" :D


Déjà le lieu est splendide, avec une vue imprenable sur la cathédrale notre dame de Kazan.
non, il n'y a pas un éclair sur la coupole, ce sont simplement les néons à l'intérieur de la librairie, qui se reflètent sur la vitre.

Décor de Nouvel an


Mais me lâcher dans une librairie est dangereux ( pour mon compte en banque), et j'ai déjà commencé à être déraisonnable :)

un peu de russe, un peu de géorgien, via le russe


3 livres de poche pour le prix de 2: j'ai opté pour " Konduit y schvambrania" de Lev Kassil, livre pour enfants dont j'ai lu quelques extraits en cours l'an dernier. "Coeur de chien" de Boulgakov, je pense pouvoir trouver la traduction française et faire une lecture bilingue. Et "Oupir" d'Alexei Tolstoï. Pas Lev, non, Alexeï. Un lointain cousin de Lev, et Alexei , très peu connu en France, est fort estimé en Russie ( en particulier pour " Buratino", une adaptation - et non une traduction- en russe, de Pinocchio. Je pense que les russes connaissent plus sa version que l'original de Carlo Collodi) . Il est aussi connu pour aelita, un roman de Science-Fiction qui a été adapté sur grand écran , l'un des prmiers films russes de science-fiction.

et.. Le roman de Kassil racconte comment deux enfants en période de guerre, découvrent l'engagement politique et créent dans leurs jeu un monde imaginaire idéal " Schvambrania" => littérature jeunesse et imaginaire.
Oupir ( une sorte de vampire) => fantastique
Coeur de chien: dénonciation sociale par le biais de la science fiction.

Les deux livres liés au géorgien sont une méthode et un glossaire, les deux petits carnets sont simplement des carnets décorés de tableaux russes, pour faire mon journal de bord ici, et suivi de dépenses.
et le grand?
j'ai craqué: le livre du mois est une adapration illustrée de Casse-Noisette et le roi des souris, de ETA Hoffman, l'histoire incontournable des fêtes de fin d'année en Russie. Bien que le spectacle et la musique de Tchaïkovski soit en fait une mise en scène de la version retravaillée par Alexandree Dumas, moins sombre que celle d'origine, il est impossible d'y échapper, que ce soit sur scène, en musique ou en librairie. Faute de QR code local, je ne peux pas aller au concert ou au théâtre en ce moment, et la période des fêtes sera finie le temps que j'arrive à l'avoir.
J'aurais donc quand même un souvenir de mon hiver russe, ( en espérant que ce soit le premier d'une longue file, en fait)
Mais voilà, comment résister à ces illustrations absolument somptueuses, en tonalité de brun et d'orange? ha oui.. conte = fantastique, une fois de plus.







et comme c'est le livre du mois, qui vient juste de sortir, il est jusqu'à fin décembre à demi tarif en librairie. Mais vous pouvez aussi le trouver en ligne
Dans cette collection il y a aussi une belle édition de Cendrillon, la belle au bois dormant, la reine des neige, la dame de Pique ( oups, ce n'est plus une histoire pour enfants ça! Le héros est l'un des pires manipulateurs possibles)

autre acaht, un peu de papetterie, pour mes résumés de cours et fiche, j'aime bien regarder quand je voyage quelle est la papeterie disponible. Malheureusement pour moi, le standard russe c'est "petits carraux" et je déteste écrire  là-dessus, ayant appris à écrire sur une réglure Sieyes, habituelle en France. Impossible même de trouver un classeur rechargeable avec des feuilles lignées, elles existent mais à part. J'y ai mis le moins cher possible, la couverture est en papier cartonné. Je ne voulais pas de cahiers classique, j'aime bien réorganiser les pages à ma convenance.
J'ai bien des modèles à imprimer mais.. pas d'imprimante.

dimanche 15 juillet 2018

Poésie Russe - Serguei Essenine

Donc je continue sur mes sujets littéraires et poétiques, et je vous parle enfin du fameux Serguei Essenine, qui est un peu l'emblème de mes cours de russe depuis le lycée, ma porte d'entrée vers la poésie slave et donc un auteur qui a une place un peu particulière pour moi. et qui devient de plus en plus particulière au fur et à mesure que je creuse ses écrits.
J'en parlais déjà ici il y a quelques années "souvenir de cours de russe N°1"

Mais je n'avais pas évoqué une autre circonstance, qui a rendu ma découverte de cet auteur marquante, et un peu compliquée, ou du moins étrange et donc étrangement inoubliable, je l'avoue: une certaine ressemblance - sur la photo qui était en salle de classe -  avec quelqu'un qui m'a rendu la vie particulièrement difficile pendant des années. J'aurais pu faire un rejet violent rien qu'à voir sa tête, et pourtant, j'ai réussi à dépasser ça, et c'est un coup de coeur littéraire inattendu.

Mais il faut que j'en passe par une mise en situation, je vais essayer de faire court, pour expliquer pourquoi cet auteur a pris une place à part dans mon paysage littéraire, alors que j'aurais pu facilement ne jamais en entendre parler.

En 1992, je rentre au lycée et j'ai choisi le russe LV3 en option, presque sur un coup de dés.


Et donc, dans la minuscule salle, où nous n'étions pas plus de 10/12 élèves, la prof avait curieusement placé au dessus de la porte, très haut faute de place, une photo ancienne, assez curieuse: un jeune dandy, avec une tête de gamin, presque un " petit ange" qui fume la pipe. Qui explose allègrement le 4° mur.

Et cette photo me mettait assez, voire très mal à l'aise... par son emplacement bizarre, parce qu'il nous regardait d'un air moqueur,  parce que j'avais l'impression constante d'être épiée par quelqu'un, qui comble de malchance, ressemble un peu à mon père sur ses photos de jeunesse ( même coiffure, même yeux très clairs... c'est.. flippant. La bonne vallée de l'étrange là... mettons ça sur le stress du bac qui approchait.)

Mettez vous à ma place, j'ai le nez dans le guidon du bac , je suis sous pression, et voilà que quelqu'un ressemblant à mon éternel insatisfait de père semble me surveiller jusqu'au lycée.


Et donc un jour j'ai fini par dire à ma prof - sans rentrer dans le détail, je ne tenais pas à passer pour tarée  - mais bref, qu'il m'inquiétait et et que j'aimerais bien savoir de qui il s'agissait.
Et, croyez le ou pas, c'est très bête à dire, mais ayant enfin un nom et une histoire à mettre sur la photo, elle a cessé de me déranger. Faut croire que c'est ma tête qui était un peu dérangée!

En tout cas, de mémoire ma réaction avait surpris la prof, qui n'avait pas l'habitude d'avoir un retour comme " le type sur la photo me pose un genre de problème, il me met vraiment mal à l'aise" qui avait rigolé en disant "d'habitude on me demande plutôt " qui c'est ce beau gars?" .

En tout cas, ça a du lui faire plaisir que je lui demande, car si la photo était là, c'est bien que le monsieur en question représentait quelque chose d'important pour elle.
A mettre un portrait d'écrivain, Pouchkine, Tolstoï ou Dostoïevsky auraient été plus évidents qu'un quasi inconnu.


Voilà le dandy en question...Je maintiens qu'il a quelque chose qui me met mal à l'aise, dans l'expression et le regard surtout. Enfin, sur cette photo là, la ressemblance familiale est beaucoup moins évidente sur les autres portraits que j'ai pu voir ensuite.

Et en plus il donne l'impression de se payer silencieusement notre fiole. Même là, plus de 25 ans après, je vous jure que sa trombine me met mal à l'aise.
Même si c'était un très bel homme, je suis obligée de le reconnaître.

Impossible cependant à l'époque - je vous rappelle qu'on était en 1992, bien avant le net- d'avoir accès aux textes et traductions, elle a donc fini l'année en nous proposant 2 textes de cet auteur, et leur traduction. Et j'ai adoré! Et par la suite j'ai cherché d'autres textes.
C'est donc depuis mon petit chouchou littéraire (ce qui n'était pas gagné avec une première approche aussi étrange...mais au moins impossible d'oublier son nom!)

Pour son côté simple mais sans céder au folklore, ses sujets limite "écolos" avant l'heure, l'amour de la nature et des animaux, l'obsession pour le temps qui passe, quelques touches d'humour très noir et d'autodérision bien acide qui empêchent de le classer seulement dans la poésie lyrique champêtre à tendance mystique .. bref, son écriture, me parle. Contrairement à celle de son contemporain et rival Maïakovski, chantre d'un monde industriel, des usines, de la révolution. Bref les deux n'étaient pas du tout sur la même longueur d'onde. Et pourtant il y a des similitudes dans leurs parcours: l'engagement politique, la désillusion, la dépression nerveuse... comme quoi deux visions du monde opposées peuvent malgré tout conduire à la même conclusion.

Quelque part, je l'aime bien ce gars là AUSSI parce que c'est un peu le parangon de l'écrivain torturé-dépressif - fêtard - scandaleux qu'on imagine, presque à la limite du cliché estampillé " made in Russia". A tel point que je me demande comment ça se fait que l'oncle Sam n'ai pas encore exploité au cinoche cette histoire réelle  mais digne d'un roman.*

Car oui, c'est la triste histoire d'un gamin de la campagne, devenu pour un temps l'idole littéraire de son pays. Tout y est, la réalité a dépassé la fiction: il avait tout pour lui, il a choqué son monde par ses excentricités, il a échoué à concilier ses idéaux avec l'évolution sociale, il a fini tragiquement mais dans des circonstances entourées de mystères.
Un air de petit ange et une tendance aux scandales.
Un mélange entre un dandy et un voyou, enfin, il se qualifie comme tel, même si ce n'était pas un criminel, juste un type un brin paumé, un peu trop porté sur la bouteille, les bagarres de comptoir ... et les soirées au lupanar du coin.
Un provincial un peu rustre, ou au moins, c'est l'image qu'il aimait donner en société pour faire parler de lui, quitte à être vexé dans sa dignité d'être surnommé " le péquenaud"...( ne cherchez pas la logique, les écrivains ne fonctionnement pas comme le commun des mortels!) mais auteur de textes d'une grande sensibilité et sans illusions sur ses propres défauts.

La gloire, le succès, la reconnaissance littéraire, les nanas à la pelle - en même temps, à voir sa photo, tu m'étonnes Simone... La prochaine fois que j'entends ou lis le cliché "les femmes russes sont très jolies, par contre les hommes sont des mochetés", je sors la photo de l'ami Serguei comme contre exemple; parce que oui même si les blondinets nordiques ne sont pas mon type a priori, je dois reconnaître que ce gars était une beauté  et sa tête lui ouvert bien des portes et pas uniquement celles des sociétés littéraires.  Je ne peux pas passer ce fait sous silence, car il a quand même contribué à sa popularité de son vivant. Eût-il été moche, on l'aurait peut être moins écouté...

Mais s'il n'avait été que séduisant sans avoir de talent, il n'aurait pas marqué les mémoires. Et le talent ou le charisme ne mettent pas à l'abri de la dépression.

et là, par exemple, comme quoi il faut toujours croiser ses sources, il n'y a plus vraiment l'air de ressemblance qui me gênait plus haut. Plus du tout la même expression, ouf..
Mais voilà pour le cliché " les russes sont tous moches", je peux facilement vous en trouver en moins de deux, 2 ou 3 autres qui cassent ce préjugé.

Ajouter un mariage totalement improbable et qui évoque surtout un arrangement de convenance ( elle se paye un jeunot, il se paye un visa pour l'international) avec une danseuse américaine qui ne parlait pas russe, alors que lui ne parlait pas anglais, les désillusions politiques et sociales, le dégoût de soi, la dépression, l'alcoolisme, le suicide " en version officielle" mais ça n'est pas si sûr.. ( et pour Maiakovski, le doute plane aussi sur un suicide qui pourrait aussi bien ne pas en être un).

Et à noter que dans la société de l'époque, qui commençait à dessaouler sérieusement de l'idéal révolutionnaire, ce aheum "suicide" a été un électrochoc.. qui a donné le coup d'envoi d'une vague de suicides chez ceux qui hésitaient à passer à l'action. De même bien des années après, la première manifestation de grande ampleur en URSS n'a pas eu lieu pour le pouvoir d'achat mais.. pour empêcher la destruction de l'hôtel où il est mort. C'est dire la dimension quasiment " rock star" du gars. Probablement d'autant plus qu'après avoir été adulé y compris par les élites communistes, il était nettement passé post-mortem du côté des gens qu'il valait mieux éviter de lire sous peine d'être considéré comme anti-régime. Ou comment transformer la mort de quelqu'un en querelle idéologique. C'est encore plus triste.

Tout ça fait, et c'est là l'important, que cet auteur mort en 1925 a encore une immense popularité dans son pays, ses textes sont adaptés en chansons, encore récemment, y compris en slam, en rap, en métal... et de figurer encore dans le top 112 (voir précédent sujet) des auteurs majeurs et dans les 20 premières places. Et d'être maintenant au programme de quasiment toutes les années scolaires, depuis l'équivalent du CP à celui du bac ( oui, les petits russes se coltinent de la poésie tous les ans, dès le jardin d'enfant)
et même... en mèmes.
gars: ma chérie, dis moi, qui est l'homme dont tu te sens le plus proche?
fille: Serguei Essenin

(si ta chérie se sent plus proche d'un écrivain mort il y a presque 100 ans que de toi, c'est peut-être le moment de faire sérieusement le bilan de ta vie sentimentale)

De mon côté, et malgré mes compétences limitées en russe ( pour le moment!) je le disais, j'ai tout de suite accroché à la musicalité et aux thèmes de ses textes, à sa manière de casser les conventions y compris littéraires ( vers libres, rimes qui partent soudain en vrille, détails cocasses ou triviaux pour conclure un texte hyper lyrique... ou inversement, conclusion très intimiste sur une chanson à boire) Mais aussi, parce que, comment expliquer ça...
J'ai l'impression qu'il y a chez cet électron libre de la littérature quelque chose qui va au delà des simples apparences et des débats d'idéologie.
Le gamin espiègle, le fêtard décadent, la figure christique détruit par la société autant que par la spirale dans laquelle il s'est enfermé. Il y a tout ça.. mais pas seulement. Plus je découvre ses textes, plus j'ai l'impression qu'il m'en reste à découvrir. Cet auteur a autant de couches qu'un oignon ( hé ho, je suis sure qu'en plus la comparaison n'aurait pas vexé un chantre de la campagne).

Alors oui, c'est rare, mais je peux vraiment parler de coup de foudre littéraire, et qui ne s'est jamais démenti, les deux autres cas étant...Charles Baudelaire et Robert Desnos. Chez qui, sous des formes différentes, je ressent le même genre de sincérité.
Mais paradoxalement pas chez Rimbaud, et c'est pourquoi j'ai évité volontairement, le parallèle évident entre Rimbaud et Essenine. A la limite, ce serait plus l'incarnation in vivo de Dorian Gray, s'il fallait vraiment chercher une comparaison. Sa vie est un roman, donc autant trouver un personnage littéraire. J'aime beaucoup ce roman, et j'ai du mal à considérer Dorian comme un salaud, malgré ses mauvaises actions, car il y a toujours chez lui un écho de la "fraîcheur perdue" qui revient aussi en leitmotiv sous la plume d'Essenine.

J'ai l'impression que son drame n'est pas tant d'avoir perdu l'innocence de sa jeunesse, mais au contraire de ne pas avoir su totalement la perdre, et de ne pas être arrivé à réconcilier ses contradictions, ou faire taire sa conscience.
Le petit garçon de la campagne en manque d'affection, qui n'a pas su trouver sa place n'est jamais bien loin derrière le dandy fêtard, il est même partout dans ses écrits.
Le gars qui se décrit lui même comme un raté avait-il conscience d'être peut-être, dans le fond, plus sincère que la majeure partie de ses concitoyens?
En tout cas, il y a un autre personnage qui transparaît, et c'est le plus tragique: l'authentique type bien qu'il aurait pu être s'il avait suivi une voie moins pavée de bouteilles.
Il serait resté inconnu, peut-être moins malheureux, mais la littérature y aurait perdu c'est vrai, car c'est l'horrible paradoxe: ce sont les larmes de l'auteur qui produisent les perles qui font l'admiration du lecteur.

Et c'est ce qui, chez ce type-là , malgré ses défauts, et par-delà les décennies et les frontières, me touche beaucoup. Voir ce magnifique texte, un de ses plus célèbres, "la confession d'un voyou" ( vo + traduction)
Et la sincérité, lorsqu'on est hypersensible - et ça, il suffit de lire ses textes pour s'en rendre compte-  c'est une combinaison dangereuse qui peut facilement devenir autodestructrice. La société est dure pour les rêveurs, ça n'a pas changé et ça ne changera jamais. La perte d'illusions est toujours difficile. Mais encore plus dans la Russie bolchévique où tout comportement excentrique était d'emblée suspect. Soit on en prend son parti et on survit soit on ne peut s'adapter et on finit au bout d'une corde.

Voilà un site qui parle un peu plus de sa courte vie et propose quelques traductions de textes en français- parfois rimés en français, grrrr, j'ai horreur de ce genre d'adaptation qui en fait trop.

Je ne sais pas qui a écrit tout ça, mais c'est un fan absolu ( qui nous case Rimbaud, évidemment), qui nous propose un long texte lyrique, à la limite de la déclaration d'amour. J'émets une petite réserve sur la mention de la bisexualité, que je n'ai jamais vue ailleurs en fait. C'est  fort possible, mais je manque d'informations à ce sujet. Le gars est partout ailleurs présenté plutôt comme un Don Juan patenté. Donc, à prendre avec des pincettes, dans la mesure où aucune source n'est citée.

Mais ça me fait plaisir qu'on est au moins quelques francophones à vouloir essayer de lire entre les lignes et chercher au delà de l'apparence.
Et donc parce que la poésie c'est toujours mieux en vo, voilà la série de lectures correspondantes (67 textes), chez mon fournisseur attitré de lectures de poésies russes, monsieur Ilyin dont je parlais récemment, il  n'y a qu'à cliquer.

Voilà une partie de ceux proposés en traduction par le site francophone.
13 = adieu l'ami
20=  quelle nuit!
23 = lettre à ma mère
25= je ne regrette rien, ni n'appelle, ni ne pleure

Allez, je finis quand même sur un texte sensuel, joyeusement empreint de tristesse (oui, c'est possible!) qui peut être résumé en un seul acronyme: YOLO!
si, si: На земле живут лишь раз! = sur cette terre on ne vit qu'une fois. Donc en gros, buvons, chantons et embrassons nous sous le croissant de lune, ma copine!

Lecture ici
Ну, целуй меня, целуй,
Хоть до крови, хоть до боли.
Не в ладу с холодной волей
Кипяток сердечных струй.
Опрокинутая кружка
Средь веселых не для нас.
Понимай, моя подружка,
На земле живут лишь раз!
Оглядись спокойным взором,
Посмотри: во мгле сырой
Месяц, словно желтый ворон,
Кружит, вьется над землей.
Ну, целуй же! Так хочу я.
Песню тлен пропел и мне.
Видно, смерть мою почуял
Тот, кто вьется в вышине.
Увядающая сила!
Умирать так умирать!
До кончины губы милой
Я хотел бы целовать.
          Чтоб все время в синих дремах,
          Не стыдясь и не тая,
          В нежном шелесте черемух
          Раздавалось: «Я твоя».
И чтоб свет над полной кружкой
Легкой пеной не погас —
Пей и пой, моя подружка:
На земле живут лишь раз!

*les russes s'en sont évidemment chargés, avec un biopic avant l'heure dans les années 60 et une mini série de 5 épisodes ( soit plus de 8h00!) de 2005. Je vous avoue que j'ai bien envie de voir cette série, ça va être assez coton de la trouver en version sous-titrée dans une langue où je me débrouille suffisamment. Mais ça serait une bonne chose pour essayer de suivre un long programme sur la durée.

mercredi 20 juin 2018

le bonus littérature russe (et quizz humoristiques)

La langue c'est bien... la littérature, c'est bien aussi. Et ça permet de rester en contact avec la culture du pays quand j'en ai marre des verbes de mouvement, des constructions de comparatifs et superlatifs et autres déclinaisons...

Et puis apprendre une langue, sans creuser en parallèle la culture, la géographie, l'histoire... ça me paraît absurde: une langue est façonnée par les réalités du lieu où elle s'exprime, autant que l'inverse ( et le français du Québec n'est pas le français de France). Donc ben.. au minimum, me pencher sur la littérature, la musique et la peinture russe classique me paraît indispensable, on verra par la suite pour les autres pays de langues russe ( anciennes républiques soviétiques, frontière finlandaise, etc...)

Donc, pour continuer sur le sujet "poétique"et amener le prochain sur mon auteur chouchou méconnu en France (oui je fais des billets à épisodes!), j'ai eu envie de partager ces quelques pages d'un site anglophone dédié à la culture et à la vie quotidienne russe ( il y a des pages francophones, mais tout n'y est pas)

Le site  n'est pas exempt par moment d'un curieux patriotisme digne des années 70, mais, grosso modo, on y trouve des choses intéressantes,  que ce soit sur la protection des ours en Sibérie, les incontournables de la cuisine, les choses à faire et à ne pas faire lorsqu'on est invité à porter un toast ( apparemment, c'est au moins aussi codifié que les verres et les couverts chez Nadine de Rothschild!), la raison pour laquelle la cuisine russe semble envahie par l'aneth - moi, j'm'en fous, j'adore l'aneth!, les 5 bonnes raisons de ne pas se marier avec UNE russe.
Pour moi, c'est vite vu: la meilleure raison de ne pas se marier avec elles est que ce sont des femmes,  chacun(e) voit midi à sa porte, et même si je sympathise avec la cause LGBT, ben... je suis quand même a priori plus concernée par les 5 bonnes raisons de marier UN russe ( qui comme tous les autres hommes sur terre, du pôle nord au pôle sud et d'ouest en est, sera mourant au moindre rhume, ça semble être une constante internationale :D).
Enfin, même s'il parait qu'il n'y a pas mieux que sortir avec quelqu'un qui parle la langue pour progresser, tant que je peux éviter la bague au doigt, j'avoue que ça m'arrange.

Et au milieu de tout ça, quelques pages littéraires, plus ou moins sérieuses on s'adresse en priorité à des américains, pas forcément bien renseignés ou historiquement détendus vis à vis de la Russie, n'oublions pas, qu'il faut amuser pour amener à s'intéresser à la liste des 100 et + écrivains majeurs. Si on ne ludifie pas le truc, ça ne prendra pas!
  • Un quizz pour savoir de quel poète classique vous êtes le plus proche.La "citation" de Tolstoi vaut son pesant de cacahuetes. Bon j'ai Ossip Mandelstam comme résultat. Ca tombe bien, c'est un auteur que je connais très peu, c'est une bonne occasion, je note d'aller le découvrir.
faudra que j'y revienne. Je suis fascinée par le fait qu'à la même époque, strictement à la même époque ( 3 ans de différence) deux écrivains éloignés par des milliers de kilomètres, partageant le même prénom et la même caractéristique de métissage soient devenus non seulement des représentants majeurs de la littérature de leur pays, mais en plus avec un goût commun pour les aventures épiques, le théâtre et le fantastique... même si notre Alexandre français n'a pas écrit de poésie.
  •  un quizz sur les héros de la littérature russe. Franchement, il y a moyen de faire un 100% facilement, même sans être expert en littérature.
  • Et si j'étais une héroïne littéraire? Je serais Marguerite, du Maître et Marguerite.
    c'est à dire que je suis en train de lire le livre mais tellement à la vitesse escargot que je n'en suis pas encore à l'arrive de ladite Marguerite. On verra bien si ça colle ou pas ..

  • Et si j'étais un personnage d'Eugène Oneguine? (ou quand tu fais un est en espérant éviter ce boulet d'Eugène). Ouf, Lensky.  En même temps, je n'ai pas fait exprès, mais c'est vrai que de mémoire, c'est à peu près le seul personnage que je trouvais plutôt sympathique. Eugène est un boulet, je n'en démords pas ( et encore je suis polie). Tatiana, ben.. c'est la pure jeune fille, ennuyeuse comme la pluie, que ce soit dans le livre - que je devrais relire, d'ailleurs - ou l'adaptation par Tchaïkovsky.
  • Pourrais-je être une héroïne de Tourgueniev? Réponse: oui. Euh.. oui, moi aussi ça me surprend! Va aussi falloir que je m'y intéresse pour vérifier si ... elles sont aussi nunuches que ce que je crains ou si une bonne surprise m'attend.
  • Combien coûterait "le manteau" de la nouvelle du même titre de nos jours? A quoi correspondrait la somme qui pousse Raskolnikov au meurtre? A combien se chiffreraient les dettes de jeu du militaire de Guerre et Paix? Et combien vaudrait la combine pour gagner aux cartes dans la Dame de Pique?
    Wow, 40 millions de dollars l'héritage de la vieille qui trichait aux cartes.. la vache!
  • une liste de 112 écrivains majeurs, contemporains comme classiques de " très bon " à " ultra génial" ( classement  par les auteurs du site, qui assument leur subjectivité). Aucune surprise sur les 5 premiers :)
    Il y en a  quand même beaucoup que je n'ai pas lus je l'avoue ( allez, voilà ceux dont j'ai lu au moins un titre ou un texte: 37, 35, 34 - vu au théâtre- 33, 27, 22, 21,20, 18, 17, 16, 13, 12, et évidemment, tout le monde du 7 au 1°)
    Les n° 112, 100 , 84, 49 et 19  sont sur ma liste à lire...peut être le n°61 aussi. et j'ajoute la n°42 qui m'intrigue bien avec son côté garçon manqué!)
    Et mon chouchou personnel est dans les 20 premiers, ça fait plaisir!
    Numéro 1, je le voyais venir, mais du coup le résultat du test " de quel auteur êtes vous proche" est encore plus la classe :D. Et je confirme: j'aime beaucoup
Bon, je n'ai pas encore le niveau pour m'attaquer à Eugène Oneguine ou même la Dame de Pique en VO, mais pour les poèmes, plus courts, je commence à m'en sortir.

jeudi 14 juin 2018

lectures audio en russe, contes et poésie

J'en avais déjà parlé à deux reprises, mais voilà, il est temps de consacrer un article au  mystérieux "monsieur à la jolie voix" que j'évoquais précédemment.

Donc vous l'avez maintenant compris, je suis trèèèèès sensible aux sons. C'est un avantage pour apprendre les langues, hein...
Mais plus exactement, aux sons graves, et encore plus précisément, aux voix...je me fiche à peu près de la tête des gens, mais j'avoue ma faiblesse très... forte, lorsque je tombe sur une belle voix modulée et riche, et c'est tout à fait ce qu'il me faut écouter pour être motivée à bloc.

Et donc courant avril, en cherchant des radios russes, et si possible des radios de blabla, je suis tombée un peu par hasard, en fouillant la liste par pays, catégorie Talk de l'appli Radio internet ( cf ici), sur plusieurs stations à teneur littéraire, dont quelques unes dédiées à la poésie. Et, comme j'aime la littérature, j'ai évidemment écouté ça d'une oreille attentive ( le vocabulaire de la poésie peut être un peu compliqué, voire très compliqué si on va vers le symbolisme, mais les textes sont courts, rythmés, parfois rimés et basés sur la musicalité et les sons, donc ça me parle)
Certaines ont l'air d'être surtout des bases de données d'enregistrements anciens, peut êtres des rediffusions de très vieux programmes radio, ou disques, avec parfois une qualité sonore pas terrible.

Et parmi tout ça,  radio classic online, catégorie "poesia", que j'ai déjà citée en source, en disant que je n'avais aucune idée de qui était l'inconnu-de-moi qui disait ces textes, enregistrés en très grand nombre. Et qui se trouve donc posséder l'une des plus belles voix parlées que j'aie entendues depuis longtemps: bien modulée, riche d'harmoniques, d'une grande expressivité, selon les textes: calme, joyeuse, triste, nostalgique, apaisante, touchante, troublante ou sensuelle, humaine en fin de compte...c'est dire le talent du bonhomme.

Et entre nous, j'aimerais énormément entendre CHANTER cet homme là, s'il a l'oreille musicale, ce dont je ne doute pas un instant à en juger par son sens de la mélodie des mots, ce doit être un très agréable baryton.

Bref, un crush sonore monumental avec toutefois ce problème de ne pas savoir de quel textes il s'agit, et qui est le type qui semblait porter tout seul ce projet... c'est frustrant quand même!

Les gens ne sont pas qu'une voix, fut-elle splendide, et j'avais quand même envie de savoir qui était la personne à qui je devais ces bons moments d'écoute particulièrement relaxantes et enrichissantes...  D'autant plus que c'est son côté très vivant et très humain qui me touche beaucoup, autant que l'investissement qu'il y a derrière, en sélection des textes, en répétitions, en nombre d'heures d'enregistrements, de prises probablement faites et refaites... Un boulot qui force le respect.

Et donc à force de recherches j'ai fini par trouver le nom ET le site professionnel du  "monsieur à la jolie voix" à qui je peux enfin attribuer son identité. Et, qui est en effet entièrement porteur de ce joli projet de radio poétique, qui dure depuis 2008. Yep, 10 ans de poésie.

Rendons à César ce qui est à César, et ... à Igor ce qui est à Igor.

Je vous présente donc monsieur Igor Ilyin, acteur spécialisé en enregistrement de livres audio et lectures poétiques ( et c'est un exercice d'une difficulté extrême pour ne pas tomber dans le ronron de la rythmique et des rimes).

Que j'imaginais d'âge... disons moyen, ni jeune ni vieux, et avec un physique très banal, quelqu'un qu'on pourrait croiser au coin de la rue en le remarquant à peine.
Et c'est exactement ça: la petite cinquantaine et en effet, le genre à passer totalement inaperçu dans une foule, au moins tant qu'il ne parle pas.. Pas de surprise donc.

Le plus étonnant c'est qu'en fouillant les infos du site, je vois qu'il avait un petit rôle dans Témoin Muet, un film d'angoisse/policier de 1994 que j'avais vu à sa sortie, qui est le seul autre support où j'ai eu l'occasion de le croiser ( apparemment il a surtout tourné dans ses séries B et des séries TV)
Hem, je ne me souviens plus, mais ça devait être une version doublée, car même à 17-18 ans, j'aurais remarqué cette voix là, en tout cas s'il y avait un rôle parlant, ce qui n'est même pas garanti ( quête annexe: trouver le film en VO et le revoir, de mémoire j'avais bien aimé ce huis clos policier...qui parle de silence :D)

Et, pour mon plus grand plaisir, il a eu l'excellente idée de mettre en libre accès et téléchargement une bonne partie de ses enregistrements sur son site, classés par auteurs, de Anna Akhmatova à Marina Tsvetaeva en passant par Pouchkine, Pasternak, Essenin ( insérer coeur géant pour ce dernier nom, je vous en reparlerai) ou les plus inattendus Baudelaire, Verlaine ou Verhaeren .. traduits en russe.

Devinez de quel texte il s'agit?

Мой котик, подойди, ложись ко мне на грудь,
Но когти убери сначала.
Хочу в глазах твоих красивых потонуть -
В агатах с отблеском металла.

Как я люблю тебя ласкать, когда ко мне
Пушистой привалясь щекою,
Ты, электрический зверек мой, в тишине
Мурлычешь под моей рукою.

Ты как моя жена. Ее упорный взгляд -
Похож на твой, мой добрый котик:
Холодный, пристальный, пронзающий, как дротик.

И соблазнительный, опасный аромат
Исходит, как дурман, ни с чем другим не схожий,
От смуглой и блестящей кожи.

Réponse

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

C'est un exercice étonnant mais intéressant, que d'essayer de retrouver quel est le texte d'origine et comment il a été adapté:
Je vois ma femme en esprit -> tu es comme ma femme
aimable bête->mon bon petit chat

546 textes, et je ne compte que les poèmes, (et ils n'y sont pas tous, puisque je ne trouve pas Brioussov, pourtant celui qui m'a permis indirectement de retrouver l'identité du lecteur) car il y a aussi des contes estoniens, russes, moldaves, biélorusses... dont certains qu'on trouve aussi sur Гора самоцветов.
Je vais pouvoir chercher ce que j'ai vu avec le support du dessin animé, et en sachant de quoi il s'agit essayer de suivre cette seconde version, uniquement audio.


Sacré travail en tout cas. Des heures et des heures d'écoute en perspective.. et c'est très bien parce que franchement, autant pour le vocabulaire - même si ce sont des textes littéraires, et qu'à côté, j'ai quand même intérêt à aller chercher des choses plus simples et quotidiennes - que pour la prononciation, la syntaxe, la structure des phrases ( telle préposition entraine tel cas, etc...) c'est excellent.
D'autant que Monsieur Ilyin n'a pas seulement un timbre qui me plaît énormément, mais aussi une diction, une articulation et une rythmique très claires... que demander de plus?!

C'est donc mon petit rituel quotidien, écouter une 15aine de minutes d'enregistrements et constater avec joie que je je suis passée en 2 mois et demi de " je repère un mot par ci par là" à " attends j'ai entendu: Voile. Mer. Vaisseau. Vagues. Ca doit être un texte qui parle des bateaux sur la mer" puis à  "hé.. mais j'ai compris une phrase entière, yahou!!!"

Ou de faire l'inverse
" tiens, dans ce texte là, il y a un mot qui revient, tout le temps et je ne sais pas du tout ce que ça veut dire. Ok, alors à l'accentuation, ce qui sonne comme abman, doit en fait s'écrire обман.
Bingo, ça veut dire " tromperie, duperie, illusion". Voilà au moins un mot que je n'oublierai pas, que ce soit pour son sens ou sa prononciation.
Zut ce dernier texte n'est pas en ligne.Mais il y a tel mot, tel mot, et tel mot.  Donc recherche façon palimpseste.. c'est un texte d'andrey Bieliy. Re yeah!
Il y en a encore un que j'ai repéré, mais que je n'arrive pas à retrouver. Sherlock Linguiste ne s'avoue pas vaincue.
 

Je ne fais pas ma groupie gratuitement, mais puisque le bénéfice linguistique se double d'un évident plaisir auditif, et vice-versa, il n'y a aucune raison de me priver.

En attendant, j'ai pu télécharger sur le site pas mal de fichiers MP3, j'ai pris plusieurs bonnes heures sur plusieurs soirs  pour chercher entre autres ceux qui correspondent au bouquin de poésie bilingue que j'ai ramené de Paris . De textes de Serguei Essenin. Coeur géant bis!
J'ai donc le recueil, et une partie des textes - pas tous hélas - en banque de données sonores.


Donc le but du jeu maintenant, c'est d'arriver, d'ici quelque temps, à tricoter un petit message en russe dans le texte, sans trop de fautes, à laisser sur la page " livre d'or " du site de Monsieur Ilyin pour lui dire en gros:

"Bonjour et merci, vous ne vous en doutez probablement pas mais d'une part, vous êtes écouté au moins par une personne en France, et d'autre part grâce à vos enregistrements, je fais de gros progrès en langue russe, donc merci beaucoup, c'est super, continuez comme ça".
Apparemment, il répond régulièrement à ses fans, donc, il sera peut-être content de savoir qu'il y a au moins une personne qui l'écoute régulièrement hors de Russie et qui, en plus, fait des progrès comme ça. Après tout s'il a mis son travail en ligne gratuitement, ce doit être un brave gars et de toutes façons, il mérite d'être amplement remercié à la hauteur de ce que je lui dois :)  

qui vient ici?

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et encore un an après :D

 Décidément, je suis peu productive depuis 2 ans. Est-ce que ça veut dire que je ne fais plus rien en lien avec les langues? Pas le moins du...