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lundi 13 août 2018

Sur le front russe - 13 août

Oui, encore en décalage, planning de ministre et vacances à venir obligent.


Comme le créneau que j'ai prévu d'allouer au russe est depuis le début, en soirée/ début de nuit/nuit ( à cause des insomnies canicule, autant lire, hein...), c'est plus facile de garder une régularité, surtout cette semaine où je dois faire mes cartons. Du coup je me parle à moi-même en russe... Vu que mes contacts sur Tandem semblent eux aussi en vacances depuis quelques jours.

Alors déjà: Ta-dam!

Mon bricolage commençait à se décoller, hop, ça fait un peu moins fauché. 4 euros sur Priceminister.
attention, les autocollants existent en plusieurs formats ( touches carrées ou touches rectangulaires, avec lettres au milieu ou décalées) à prendre en fonction du clavier de base: le mien a des touches carrées avec lettres rouges au centre, donc il me fallait carrées avec lettres décentrées. En blanc pour être mieux visible sur fond noir.
mon ordi ayant une fonction rétro-éclairage, pour bien différencier les deux il me suffit de l'éclairer, le clavier azerty ressortira mieux et en rouge.Magique! Que demander de plus?

Donc je continue mon petit bonhomme de chemin, j'ai réussi à revoir ( en un mois et une trentaine d'heures tout ce qui constitue la formation en ligne " au cas par cas", je vais attaquer rapidement les aspects, histoire d'essayer de dégrossir ça avant la rentrée - 14 septembre, mais je monte à Bruxelles une semaine avant pour le déménagement, les dernières formalités, repérer le quartier, et prendre l'obligatoire abonnement internet. Après j'aurais tout l'hiver pour faire un deuxième round)

Et comme j'ai plus ou moins commencé à axer mon été sur la poésie russe.. je continue sur ma lancée.

Je tente de traduire autant que possible le texte " l'Homme Noir", qui fera un bon sujet pour le mois Halloween ( mais comme la traduction officielle ne me plaît pas trop, on n'est jamais si bien servi que par soi -même, je "mets les mains dans le cambouis", puis ça fait un exercice de traduction en prime)

Et j'ai aussi trouvé des extraits sélectionnés de la série dont je parlais  ici . En russe. Non sous-titré. Même pas sous-titré en russe ( les sous-titres auto de youtube sont ...pas terribles? mauvais? moisis?)  Ahem.

Bon, ça fait aussi un exercice audio et après 5 ou 6 écoutes d'un passage, je commence à repérer des trucs... même si je n'ai pas encore le courage de la prendre au début. Mais je pige de mieux en mieux. Yep!
Décidément, je n'en sors pas, l'auteur est hanté par l'homme en noir, et JE suis hantée par l'auteur. (Mais je vous l'ai dit qu'entre lui et moi, c'était quasiment une histoire passionnelle, mi-revanche personnelle, mi-coup de foudre littéraire. Donc non, je ne compte pas vous lâcher la grappe avec l'ami Serguei)

Donc, juste parce que ça me fait rigoler:
il y a quelque deux semaines, LE sujet qui faisait la une des médias, c'était les deux rappeurs ( que je ne connais pas au passage) qui se sont frittés à l'aéroport. Quelqu'un a fait remarquer sur les réseaux sociaux:
"Il paraît que la baston Booba/Kaaris est partie d’une discussion à propos de Hugo qui, évidemment, a vite dérivé sur La Bataille d’Hernani. L’un prônait la régularité de l’alexandrin à deux hémistiches symétriques et l’autre l’usage d’enjambements. Du coup c’est parti en couille."

Outre le fait que cette vanne "rap battle et littérature" sur ces deux "grands auteurs contemporains" me fait rire, j'avais envie de le mettre en rapport avec l'extrait que j'ai vu de la série et qui tombait à point nommé. En 1923, c'était l'inverse.
Quand la littérature dérivait en  Rap battle, ou " c'était quand même plus classe les querelles littéraires dans les années 20"

Donc un des passages de la série en question - qui a fait un tabac, je précise - est un match d'impro poétique, organisé presque comme un match de boxe par une société littéraire, entre les auteurs les plus importants de l'époque. Le sujet du débat est " C'est quoi être poète aujourd'hui?"

A ma gauche, représentant la poésie futuriste et le monde industriel, 2 mètres de poésie sous la toise, Vladimir alias " joie de vivre"
A ma droite, représentant la poésie lyrique et le monde rural, autoproclamé " hooligan", le casseur de codes sociaux et de conventions morales, Serguei, alias "frisettes".
Boucles d'or clashe l'ours grognon...Fight!

J'ai l'air de me moquer, mais il n'y a qu'en Russie qu'une série peut aborder ce genre de sujet - sur une musique épique- et avoir du succès. Avec à la clé des débats enflammés dans le fil de discussion de la vidéo. Et cette idée me réjouit ( imaginez en France une série, oui, tiens, qui parle de la bataille d'Hernani, ça n'intéressera qu'une poignée de gens et l'audience sera très moyenne)


Il est vrai que les deux acteurs ne ressemblent pas vraiment physiquement à leurs modèles, ce Maïakovski est décidément bien trop jovial.
Et l'acteur qui joue Essenine, un autre Serguei, Serguei Bezrukov ( quel nom étrange, il s'appelle approximativement" Serguei Sansmains") s'est fait tailler un short parce que l'auteur est si célèbre que toute interprétation à droit à sa volée de bois vert : trop grand, le vrai faisait moins d'1m70... euh, certes, mais ce n'est pas trop sa faute.
Trop vieux pour le rôle, trop moche aussi... sympa...
Pas 100% ressemblant d'accord, mais le gars n'a pas été casté sur sa ressemblance physique, en tout cas, pas prioritairement.
Et on lui a aussi et surtout reproché sa diction trop emphatique, trop énergique, trop ceci ou pas assez  celà, et ce n'est pas comme ça qu'on doit lire les textes d'Essenine..

Fun fact: il y a des enregistrements d'époque de l'auteur. Et s'il y a  une chose que l'acteur a justement bien copiée, c'est la diction, très emphatique, très énergique, limite martiale, de son modèle, attestée par des témoignages de l'époque autant que par l'enregistrement. 
J'aime bien essayer de traduire  les commentaires des vidéos, ici ils valent leur pesant d'or, car on retrouve des " ce n'est pas comme ça qu'on doit le lire".
Euh... sérieusement? Je comprends bien? Vous contestez le droit de l'auteur à lire SES textes comme IL a envie de le faire parce que ça ne vous plaît pas? z'êtes des bons, vous...😁
Accessoirement, il est vrai qu'il n'est pas très compréhensible. Partiellement à cause de l'enregistrement qui a plus de 100 ans et donne l' impression d'avoir été fait sous une pluie battante, mais aussi à cause de son accent de Riazan à couper à la serpe.
Là aussi, commentaires absurdes: " Mais il parle comme un paysan!"... hahaha. Ben, oui. 😅
Il n'a jamais essayé de se faire passer pour un bourgeois, ou voulu cacher ses origines campagnardes, c'est même un de ses sujets principaux, à longueur de textes: le vent dans les bouleaux, la lune sur les champs, les pieds nus dans l'herbe, les chiens, les poules, les vaches...(pour résumer, imaginez quelqu'un critiquant Nougaro en disant "  Ce qu'il écrit est bien, Toulouse est une belle chanson, mais, mais, mais, quelle surprise, il parle comme un toulousain!")

Mais imaginez mon émotion et ma joie de découvrir qu'un de mes auteurs favoris a été enregistré et même filmé il y a plus de 100 ans. Pas grave s'il a une voix bizarre ( oui c'est moi qui écris ça...), il faut aussi penser que les enregistrements se faisaient directement sur un rouleau de cire, et qu'il fallait quasiment crier dans le cornet pour espérer que le son passe à la gravure. Et Chaliapine, connu comme basse de son vivant, sonne plutôt baryton sur les vieux enregistrements, qui gomment systématiquement les harmoniques graves des sons.

Mais  pouvoir le voir bouger, vivant et l'entendre, pour moi, c'est super précieux! Je ne pourrais même pas rêver ça pour mon auteur favori de tous les temps: Baudelaire.

Sinon quel a été le résultat de cette joute verbale ? ( ce qu'ils disent dans l'extrait sont de vrais textes des deux auteurs, même si la série a pris quelques libertés comme le lieu de l'organisation, le nombre de participants - il y a avait 5 ou 6 auteurs en fait - ou les textes qui ont été sélectionnés, postérieurs parfois de quelques semaines à la date de la manifestation)
Aucune idée.
J'avance une hypothèse: le grand gagnant a été le proprio de la taverne la plus proche, vu que la "querelle" a du être.. vidée à grands coups de canons, vu la personnalité des deux lascars ( qui en fait , s'envoyaient des piques littéraires, étant de deux courants opposés, mais s'estimaient mutuellement comme deux écrivains de talent)
En tout cas, c'est fort probable et toujours mieux qu'une bagarre ridicule en 2018.

vendredi 20 juillet 2018

Sur le front russe - 20 juillet

Un petit compte rendu hors suivi mensuel car..

J'ai réussi à valider la première mission que je m'étais fixé:

" chanter le premier morceau des Chants et Danses de la mort de Moussorgsky avec un accent pas chelou"

Hé oui. Insérer ici danse de la victoire, version cosaque.

Je reviens de stage de chant, et c'était le deal avec ma prof: elle ne parle pas russe, mais le pianiste a des notions, donc on reporte ce morceau là au moment du stage.
J'ai donc bossé le morceau de mon côté depuis quelques mois, et mis ça en place avec le pianiste jeudi dernier (ouf, il l'avait déjà joué l'an dernier donc n'a eu aucun problème avec la très piégeuse tonalité de Fa dièse mineur).. pour que la prof puisse l'entendre et me faire bosser dessus pendant le week-end.
Et j'ai réussi à le finaliser, malgré quelques " bugs "musicaux, qui se seraient facilement aplanis avec un peu plus de temps. Et à le chanter dimanche pour un petit concert informel.
Donc certes en petit comité, mais quand même, je l'ai chanté devant un mini public.

Verdict: non seulement la prof a découvert un morceau qu'elle a trouvé magnifique, mais qui contre toute attente, allait bien à ma voix ( il est écrit pour baryton ou mezzo-soprano, donc voix de hauteur moyenne, et je suis plutôt soprano, à l'aise dans les graves)
Mais double cerise sur le gâteau, une autre stagiaire a voulu récupérer la copie de ma partition ( en version phonétique anglaise bizarre car elle ne parle pas russe et ne lit pas le cyrillique), qui sait, ça va peut être lui donner l'envie de l'apprendre. Mais le pianiste qui avait arrêté depuis pas mal d'années a aussi envie de se remettre au russe, j'ai donc vite sauté sur l'occasion pour lui passer la méthode Michel Thomas, histoire de lui filer une solution clé en main.

De toutes façons, pas le choix: l'an prochain, je compte bien arriver avec, sinon le cycle entier ( 4 mélodies) du moins avec la suivante. Car non, je ne m'en lasse pas. Et je VEUX chanter la suite.

J'aurais bien voulu faire entendre ici le résultat, mais je n'ai pas été enregistrée.
Donc pour les curieux, voilà une version enregistrée en 1998, par l'orchestre de Montréal et chantée par l'excellent Dmitri Khvorostosvsky, qui m'a involontairement servi de coach pour la prononciation, tant qu'à faire, j'ai sélectionné un russophone AOC.



Evidemment en tant qu'amatrice je chante beaucoup moins bien qu'un professionnel,et surtout beaucoup moins grave ( en tant que soprano) que le regretté Dmitri - en tout cas regretté de moi, il est mort l'an dernier, et j'ai encore du mal à assimiler la chose - qui m'a donné envie de mettre ces mélodies à mon répertoire à la seconde où je les ai entendues. Donc, c'était aussi mon petit hommage personnel que de travailler ça *

Il s'agit de 4 mélodies mettant en scène la Mort, qui apparaît à ses " victimes" sous une forme . rassurante pour elle. Une vieille grand-mère qui vient chanter une ultime berceuse à l'enfant malade, un chevalier qui vient " délivrer" une jeune femme qui se sent enfermée comme une reine dans sa tour, une fée qui vient montrer un champ fleuri et printanier au paysan qui va mourir de froid dans la neige et un général sur un champ de bataille qui vient invoquer les fantômes des soldats morts au combat.

Oui j'ai fait dans les trucs peu joyeux pour une fois ( mais véridique, la personne qui a pris la copie de ma partition a de son côté chanté un lied de Mahler extrait des Kindertoten Lieder. Et j'avais aussi en réserve Erlkonig de Schubert.. à nous deux, on aurait pu tuer 3 gamins musicalement!)

Песни и пляски смерти

La berceuse: le premier des 2extraits chantés ici.
Un enfant malade et mourant est veillé par sa mère. Arrive la Mort sous les traits d'une gentille grand-mère qui vient prendre la relève de la femme épuisée. Les deux femmes se disputent, car la mère ne veut pas laisser la mort endormir l'enfant ( passages angoissés) et la Mort reste tranquille et pleine d'aplomb expliquant que la femme est trop fatiguée et énervée et qu'elle n'a pas su calmer le petit . Et les Баюшки, баю, баю.qu'elle répète sont des paroles habituelles de berceuses ( un peu dans l'idée de "fais dodo Colas mon ptit frère").
Le mot le plus important ici est à mon sens
сердобольная, l'adjectif qui décrit la mort " au coeur compatissant". Pour injuste et inflexible qu'elle paraisse, elle n'est pas cruelle, c'est la mort-soulagement qui emporte le malade tranquillement dans son sommeil.
Стонет ребёнок... Свеча, догорая,
Тускло мерцает кругом.
Целую ночь колыбельку качая,
Мать не забылася сном.

Раным-ранёхонько в дверь осторожно
Смерть сердобольная стук!
Вздрогнула мать, оглянулась тревожно...
,,Полно пугаться, мой друг!

Бледное утро уж смотрит в окошко...
Плача, тоскуя, любля?,
Ты утомилась, вздремни-ка немножко,
Я посижу за тебя.

Угомонить ты дитя не сумела.
Слаще тебя я спою.`` -
,,Тише! ребёнок мой мечется, бьётся,
Душу терзая мою!``
,,Ну, да со мною он скоро уймётся.
Баюшки, баю, баю.`` -
,,Щёчки бледнеют, слабеет дыханье...
Да замолчи-же, молю!`` -
,,Доброе знаменье, стихнет страданье,
Баюшки, баю, баю.``
,,Прочь ты, проклятая!
Лаской своею сгубишь ты радость мою!``
,,Нет, мирный сон я младенцу навею.
Баюшки, баю, баю.`` -
,,Сжалься, пожди допевать хоть мгновенье,
Страшную песню твою!``
,, Видишь, уснул он под тихое пенье.
Баюшки, баю, баю.``
 


Bon ben... je n'ai plus qu'à m'atteler à la sérénade alors. Par contre, le 4° morceau est super coton, très exigeant vocalement ça ne sera pas pour de suite..Mais ça sera pour un jour quand même parce que je suis une vraie tête de mule et que je tiens à apprendre le cycle complet.  Et qu'à 41 ans, ma voix commence à peine à ressembler à ce que j'espérais et avais en tête depuis des années, plus sombre et ample qu'à l'origine. Je ne suis pas jeune mais j'ai encore de la marge pour progresser.

*Accessoirement, je parlais précédemment à propos de Serguei Essenin du cliché " les filles russes sont jolie, les gars sont moches".
Voilà donc mon 2° contre exemple: le tout à fait charmant Dmitri Khvorostovsky. Faudrait quand même être d'une extrême mauvaise foi pour classer ce monsieur parmi les gens moches.
J'ai surtout comme d'habitude eu un crush monumental sur sa voix, baryton oblige, mais si en plus le gars est plus qu'agréable à regarder, je ne vais certainement pas bouder mon plaisir. Je l'aurais aussi écouté s'il avait été moche, mais c'est un plus appréciable.
Par contre je ne l'aurais pas écouté s'il n'avait eu qu'un physique avantageux et pas de talent  :)

dimanche 15 juillet 2018

Poésie Russe - Serguei Essenine

Donc je continue sur mes sujets littéraires et poétiques, et je vous parle enfin du fameux Serguei Essenine, qui est un peu l'emblème de mes cours de russe depuis le lycée, ma porte d'entrée vers la poésie slave et donc un auteur qui a une place un peu particulière pour moi. et qui devient de plus en plus particulière au fur et à mesure que je creuse ses écrits.
J'en parlais déjà ici il y a quelques années "souvenir de cours de russe N°1"

Mais je n'avais pas évoqué une autre circonstance, qui a rendu ma découverte de cet auteur marquante, et un peu compliquée, ou du moins étrange et donc étrangement inoubliable, je l'avoue: une certaine ressemblance - sur la photo qui était en salle de classe -  avec quelqu'un qui m'a rendu la vie particulièrement difficile pendant des années. J'aurais pu faire un rejet violent rien qu'à voir sa tête, et pourtant, j'ai réussi à dépasser ça, et c'est un coup de coeur littéraire inattendu.

Mais il faut que j'en passe par une mise en situation, je vais essayer de faire court, pour expliquer pourquoi cet auteur a pris une place à part dans mon paysage littéraire, alors que j'aurais pu facilement ne jamais en entendre parler.

En 1992, je rentre au lycée et j'ai choisi le russe LV3 en option, presque sur un coup de dés.


Et donc, dans la minuscule salle, où nous n'étions pas plus de 10/12 élèves, la prof avait curieusement placé au dessus de la porte, très haut faute de place, une photo ancienne, assez curieuse: un jeune dandy, avec une tête de gamin, presque un " petit ange" qui fume la pipe. Qui explose allègrement le 4° mur.

Et cette photo me mettait assez, voire très mal à l'aise... par son emplacement bizarre, parce qu'il nous regardait d'un air moqueur,  parce que j'avais l'impression constante d'être épiée par quelqu'un, qui comble de malchance, ressemble un peu à mon père sur ses photos de jeunesse ( même coiffure, même yeux très clairs... c'est.. flippant. La bonne vallée de l'étrange là... mettons ça sur le stress du bac qui approchait.)

Mettez vous à ma place, j'ai le nez dans le guidon du bac , je suis sous pression, et voilà que quelqu'un ressemblant à mon éternel insatisfait de père semble me surveiller jusqu'au lycée.


Et donc un jour j'ai fini par dire à ma prof - sans rentrer dans le détail, je ne tenais pas à passer pour tarée  - mais bref, qu'il m'inquiétait et et que j'aimerais bien savoir de qui il s'agissait.
Et, croyez le ou pas, c'est très bête à dire, mais ayant enfin un nom et une histoire à mettre sur la photo, elle a cessé de me déranger. Faut croire que c'est ma tête qui était un peu dérangée!

En tout cas, de mémoire ma réaction avait surpris la prof, qui n'avait pas l'habitude d'avoir un retour comme " le type sur la photo me pose un genre de problème, il me met vraiment mal à l'aise" qui avait rigolé en disant "d'habitude on me demande plutôt " qui c'est ce beau gars?" .

En tout cas, ça a du lui faire plaisir que je lui demande, car si la photo était là, c'est bien que le monsieur en question représentait quelque chose d'important pour elle.
A mettre un portrait d'écrivain, Pouchkine, Tolstoï ou Dostoïevsky auraient été plus évidents qu'un quasi inconnu.


Voilà le dandy en question...Je maintiens qu'il a quelque chose qui me met mal à l'aise, dans l'expression et le regard surtout. Enfin, sur cette photo là, la ressemblance familiale est beaucoup moins évidente sur les autres portraits que j'ai pu voir ensuite.

Et en plus il donne l'impression de se payer silencieusement notre fiole. Même là, plus de 25 ans après, je vous jure que sa trombine me met mal à l'aise.
Même si c'était un très bel homme, je suis obligée de le reconnaître.

Impossible cependant à l'époque - je vous rappelle qu'on était en 1992, bien avant le net- d'avoir accès aux textes et traductions, elle a donc fini l'année en nous proposant 2 textes de cet auteur, et leur traduction. Et j'ai adoré! Et par la suite j'ai cherché d'autres textes.
C'est donc depuis mon petit chouchou littéraire (ce qui n'était pas gagné avec une première approche aussi étrange...mais au moins impossible d'oublier son nom!)

Pour son côté simple mais sans céder au folklore, ses sujets limite "écolos" avant l'heure, l'amour de la nature et des animaux, l'obsession pour le temps qui passe, quelques touches d'humour très noir et d'autodérision bien acide qui empêchent de le classer seulement dans la poésie lyrique champêtre à tendance mystique .. bref, son écriture, me parle. Contrairement à celle de son contemporain et rival Maïakovski, chantre d'un monde industriel, des usines, de la révolution. Bref les deux n'étaient pas du tout sur la même longueur d'onde. Et pourtant il y a des similitudes dans leurs parcours: l'engagement politique, la désillusion, la dépression nerveuse... comme quoi deux visions du monde opposées peuvent malgré tout conduire à la même conclusion.

Quelque part, je l'aime bien ce gars là AUSSI parce que c'est un peu le parangon de l'écrivain torturé-dépressif - fêtard - scandaleux qu'on imagine, presque à la limite du cliché estampillé " made in Russia". A tel point que je me demande comment ça se fait que l'oncle Sam n'ai pas encore exploité au cinoche cette histoire réelle  mais digne d'un roman.*

Car oui, c'est la triste histoire d'un gamin de la campagne, devenu pour un temps l'idole littéraire de son pays. Tout y est, la réalité a dépassé la fiction: il avait tout pour lui, il a choqué son monde par ses excentricités, il a échoué à concilier ses idéaux avec l'évolution sociale, il a fini tragiquement mais dans des circonstances entourées de mystères.
Un air de petit ange et une tendance aux scandales.
Un mélange entre un dandy et un voyou, enfin, il se qualifie comme tel, même si ce n'était pas un criminel, juste un type un brin paumé, un peu trop porté sur la bouteille, les bagarres de comptoir ... et les soirées au lupanar du coin.
Un provincial un peu rustre, ou au moins, c'est l'image qu'il aimait donner en société pour faire parler de lui, quitte à être vexé dans sa dignité d'être surnommé " le péquenaud"...( ne cherchez pas la logique, les écrivains ne fonctionnement pas comme le commun des mortels!) mais auteur de textes d'une grande sensibilité et sans illusions sur ses propres défauts.

La gloire, le succès, la reconnaissance littéraire, les nanas à la pelle - en même temps, à voir sa photo, tu m'étonnes Simone... La prochaine fois que j'entends ou lis le cliché "les femmes russes sont très jolies, par contre les hommes sont des mochetés", je sors la photo de l'ami Serguei comme contre exemple; parce que oui même si les blondinets nordiques ne sont pas mon type a priori, je dois reconnaître que ce gars était une beauté  et sa tête lui ouvert bien des portes et pas uniquement celles des sociétés littéraires.  Je ne peux pas passer ce fait sous silence, car il a quand même contribué à sa popularité de son vivant. Eût-il été moche, on l'aurait peut être moins écouté...

Mais s'il n'avait été que séduisant sans avoir de talent, il n'aurait pas marqué les mémoires. Et le talent ou le charisme ne mettent pas à l'abri de la dépression.

et là, par exemple, comme quoi il faut toujours croiser ses sources, il n'y a plus vraiment l'air de ressemblance qui me gênait plus haut. Plus du tout la même expression, ouf..
Mais voilà pour le cliché " les russes sont tous moches", je peux facilement vous en trouver en moins de deux, 2 ou 3 autres qui cassent ce préjugé.

Ajouter un mariage totalement improbable et qui évoque surtout un arrangement de convenance ( elle se paye un jeunot, il se paye un visa pour l'international) avec une danseuse américaine qui ne parlait pas russe, alors que lui ne parlait pas anglais, les désillusions politiques et sociales, le dégoût de soi, la dépression, l'alcoolisme, le suicide " en version officielle" mais ça n'est pas si sûr.. ( et pour Maiakovski, le doute plane aussi sur un suicide qui pourrait aussi bien ne pas en être un).

Et à noter que dans la société de l'époque, qui commençait à dessaouler sérieusement de l'idéal révolutionnaire, ce aheum "suicide" a été un électrochoc.. qui a donné le coup d'envoi d'une vague de suicides chez ceux qui hésitaient à passer à l'action. De même bien des années après, la première manifestation de grande ampleur en URSS n'a pas eu lieu pour le pouvoir d'achat mais.. pour empêcher la destruction de l'hôtel où il est mort. C'est dire la dimension quasiment " rock star" du gars. Probablement d'autant plus qu'après avoir été adulé y compris par les élites communistes, il était nettement passé post-mortem du côté des gens qu'il valait mieux éviter de lire sous peine d'être considéré comme anti-régime. Ou comment transformer la mort de quelqu'un en querelle idéologique. C'est encore plus triste.

Tout ça fait, et c'est là l'important, que cet auteur mort en 1925 a encore une immense popularité dans son pays, ses textes sont adaptés en chansons, encore récemment, y compris en slam, en rap, en métal... et de figurer encore dans le top 112 (voir précédent sujet) des auteurs majeurs et dans les 20 premières places. Et d'être maintenant au programme de quasiment toutes les années scolaires, depuis l'équivalent du CP à celui du bac ( oui, les petits russes se coltinent de la poésie tous les ans, dès le jardin d'enfant)
et même... en mèmes.
gars: ma chérie, dis moi, qui est l'homme dont tu te sens le plus proche?
fille: Serguei Essenin

(si ta chérie se sent plus proche d'un écrivain mort il y a presque 100 ans que de toi, c'est peut-être le moment de faire sérieusement le bilan de ta vie sentimentale)

De mon côté, et malgré mes compétences limitées en russe ( pour le moment!) je le disais, j'ai tout de suite accroché à la musicalité et aux thèmes de ses textes, à sa manière de casser les conventions y compris littéraires ( vers libres, rimes qui partent soudain en vrille, détails cocasses ou triviaux pour conclure un texte hyper lyrique... ou inversement, conclusion très intimiste sur une chanson à boire) Mais aussi, parce que, comment expliquer ça...
J'ai l'impression qu'il y a chez cet électron libre de la littérature quelque chose qui va au delà des simples apparences et des débats d'idéologie.
Le gamin espiègle, le fêtard décadent, la figure christique détruit par la société autant que par la spirale dans laquelle il s'est enfermé. Il y a tout ça.. mais pas seulement. Plus je découvre ses textes, plus j'ai l'impression qu'il m'en reste à découvrir. Cet auteur a autant de couches qu'un oignon ( hé ho, je suis sure qu'en plus la comparaison n'aurait pas vexé un chantre de la campagne).

Alors oui, c'est rare, mais je peux vraiment parler de coup de foudre littéraire, et qui ne s'est jamais démenti, les deux autres cas étant...Charles Baudelaire et Robert Desnos. Chez qui, sous des formes différentes, je ressent le même genre de sincérité.
Mais paradoxalement pas chez Rimbaud, et c'est pourquoi j'ai évité volontairement, le parallèle évident entre Rimbaud et Essenine. A la limite, ce serait plus l'incarnation in vivo de Dorian Gray, s'il fallait vraiment chercher une comparaison. Sa vie est un roman, donc autant trouver un personnage littéraire. J'aime beaucoup ce roman, et j'ai du mal à considérer Dorian comme un salaud, malgré ses mauvaises actions, car il y a toujours chez lui un écho de la "fraîcheur perdue" qui revient aussi en leitmotiv sous la plume d'Essenine.

J'ai l'impression que son drame n'est pas tant d'avoir perdu l'innocence de sa jeunesse, mais au contraire de ne pas avoir su totalement la perdre, et de ne pas être arrivé à réconcilier ses contradictions, ou faire taire sa conscience.
Le petit garçon de la campagne en manque d'affection, qui n'a pas su trouver sa place n'est jamais bien loin derrière le dandy fêtard, il est même partout dans ses écrits.
Le gars qui se décrit lui même comme un raté avait-il conscience d'être peut-être, dans le fond, plus sincère que la majeure partie de ses concitoyens?
En tout cas, il y a un autre personnage qui transparaît, et c'est le plus tragique: l'authentique type bien qu'il aurait pu être s'il avait suivi une voie moins pavée de bouteilles.
Il serait resté inconnu, peut-être moins malheureux, mais la littérature y aurait perdu c'est vrai, car c'est l'horrible paradoxe: ce sont les larmes de l'auteur qui produisent les perles qui font l'admiration du lecteur.

Et c'est ce qui, chez ce type-là , malgré ses défauts, et par-delà les décennies et les frontières, me touche beaucoup. Voir ce magnifique texte, un de ses plus célèbres, "la confession d'un voyou" ( vo + traduction)
Et la sincérité, lorsqu'on est hypersensible - et ça, il suffit de lire ses textes pour s'en rendre compte-  c'est une combinaison dangereuse qui peut facilement devenir autodestructrice. La société est dure pour les rêveurs, ça n'a pas changé et ça ne changera jamais. La perte d'illusions est toujours difficile. Mais encore plus dans la Russie bolchévique où tout comportement excentrique était d'emblée suspect. Soit on en prend son parti et on survit soit on ne peut s'adapter et on finit au bout d'une corde.

Voilà un site qui parle un peu plus de sa courte vie et propose quelques traductions de textes en français- parfois rimés en français, grrrr, j'ai horreur de ce genre d'adaptation qui en fait trop.

Je ne sais pas qui a écrit tout ça, mais c'est un fan absolu ( qui nous case Rimbaud, évidemment), qui nous propose un long texte lyrique, à la limite de la déclaration d'amour. J'émets une petite réserve sur la mention de la bisexualité, que je n'ai jamais vue ailleurs en fait. C'est  fort possible, mais je manque d'informations à ce sujet. Le gars est partout ailleurs présenté plutôt comme un Don Juan patenté. Donc, à prendre avec des pincettes, dans la mesure où aucune source n'est citée.

Mais ça me fait plaisir qu'on est au moins quelques francophones à vouloir essayer de lire entre les lignes et chercher au delà de l'apparence.
Et donc parce que la poésie c'est toujours mieux en vo, voilà la série de lectures correspondantes (67 textes), chez mon fournisseur attitré de lectures de poésies russes, monsieur Ilyin dont je parlais récemment, il  n'y a qu'à cliquer.

Voilà une partie de ceux proposés en traduction par le site francophone.
13 = adieu l'ami
20=  quelle nuit!
23 = lettre à ma mère
25= je ne regrette rien, ni n'appelle, ni ne pleure

Allez, je finis quand même sur un texte sensuel, joyeusement empreint de tristesse (oui, c'est possible!) qui peut être résumé en un seul acronyme: YOLO!
si, si: На земле живут лишь раз! = sur cette terre on ne vit qu'une fois. Donc en gros, buvons, chantons et embrassons nous sous le croissant de lune, ma copine!

Lecture ici
Ну, целуй меня, целуй,
Хоть до крови, хоть до боли.
Не в ладу с холодной волей
Кипяток сердечных струй.
Опрокинутая кружка
Средь веселых не для нас.
Понимай, моя подружка,
На земле живут лишь раз!
Оглядись спокойным взором,
Посмотри: во мгле сырой
Месяц, словно желтый ворон,
Кружит, вьется над землей.
Ну, целуй же! Так хочу я.
Песню тлен пропел и мне.
Видно, смерть мою почуял
Тот, кто вьется в вышине.
Увядающая сила!
Умирать так умирать!
До кончины губы милой
Я хотел бы целовать.
          Чтоб все время в синих дремах,
          Не стыдясь и не тая,
          В нежном шелесте черемух
          Раздавалось: «Я твоя».
И чтоб свет над полной кружкой
Легкой пеной не погас —
Пей и пой, моя подружка:
На земле живут лишь раз!

*les russes s'en sont évidemment chargés, avec un biopic avant l'heure dans les années 60 et une mini série de 5 épisodes ( soit plus de 8h00!) de 2005. Je vous avoue que j'ai bien envie de voir cette série, ça va être assez coton de la trouver en version sous-titrée dans une langue où je me débrouille suffisamment. Mais ça serait une bonne chose pour essayer de suivre un long programme sur la durée.

jeudi 14 juin 2018

lectures audio en russe, contes et poésie

J'en avais déjà parlé à deux reprises, mais voilà, il est temps de consacrer un article au  mystérieux "monsieur à la jolie voix" que j'évoquais précédemment.

Donc vous l'avez maintenant compris, je suis trèèèèès sensible aux sons. C'est un avantage pour apprendre les langues, hein...
Mais plus exactement, aux sons graves, et encore plus précisément, aux voix...je me fiche à peu près de la tête des gens, mais j'avoue ma faiblesse très... forte, lorsque je tombe sur une belle voix modulée et riche, et c'est tout à fait ce qu'il me faut écouter pour être motivée à bloc.

Et donc courant avril, en cherchant des radios russes, et si possible des radios de blabla, je suis tombée un peu par hasard, en fouillant la liste par pays, catégorie Talk de l'appli Radio internet ( cf ici), sur plusieurs stations à teneur littéraire, dont quelques unes dédiées à la poésie. Et, comme j'aime la littérature, j'ai évidemment écouté ça d'une oreille attentive ( le vocabulaire de la poésie peut être un peu compliqué, voire très compliqué si on va vers le symbolisme, mais les textes sont courts, rythmés, parfois rimés et basés sur la musicalité et les sons, donc ça me parle)
Certaines ont l'air d'être surtout des bases de données d'enregistrements anciens, peut êtres des rediffusions de très vieux programmes radio, ou disques, avec parfois une qualité sonore pas terrible.

Et parmi tout ça,  radio classic online, catégorie "poesia", que j'ai déjà citée en source, en disant que je n'avais aucune idée de qui était l'inconnu-de-moi qui disait ces textes, enregistrés en très grand nombre. Et qui se trouve donc posséder l'une des plus belles voix parlées que j'aie entendues depuis longtemps: bien modulée, riche d'harmoniques, d'une grande expressivité, selon les textes: calme, joyeuse, triste, nostalgique, apaisante, touchante, troublante ou sensuelle, humaine en fin de compte...c'est dire le talent du bonhomme.

Et entre nous, j'aimerais énormément entendre CHANTER cet homme là, s'il a l'oreille musicale, ce dont je ne doute pas un instant à en juger par son sens de la mélodie des mots, ce doit être un très agréable baryton.

Bref, un crush sonore monumental avec toutefois ce problème de ne pas savoir de quel textes il s'agit, et qui est le type qui semblait porter tout seul ce projet... c'est frustrant quand même!

Les gens ne sont pas qu'une voix, fut-elle splendide, et j'avais quand même envie de savoir qui était la personne à qui je devais ces bons moments d'écoute particulièrement relaxantes et enrichissantes...  D'autant plus que c'est son côté très vivant et très humain qui me touche beaucoup, autant que l'investissement qu'il y a derrière, en sélection des textes, en répétitions, en nombre d'heures d'enregistrements, de prises probablement faites et refaites... Un boulot qui force le respect.

Et donc à force de recherches j'ai fini par trouver le nom ET le site professionnel du  "monsieur à la jolie voix" à qui je peux enfin attribuer son identité. Et, qui est en effet entièrement porteur de ce joli projet de radio poétique, qui dure depuis 2008. Yep, 10 ans de poésie.

Rendons à César ce qui est à César, et ... à Igor ce qui est à Igor.

Je vous présente donc monsieur Igor Ilyin, acteur spécialisé en enregistrement de livres audio et lectures poétiques ( et c'est un exercice d'une difficulté extrême pour ne pas tomber dans le ronron de la rythmique et des rimes).

Que j'imaginais d'âge... disons moyen, ni jeune ni vieux, et avec un physique très banal, quelqu'un qu'on pourrait croiser au coin de la rue en le remarquant à peine.
Et c'est exactement ça: la petite cinquantaine et en effet, le genre à passer totalement inaperçu dans une foule, au moins tant qu'il ne parle pas.. Pas de surprise donc.

Le plus étonnant c'est qu'en fouillant les infos du site, je vois qu'il avait un petit rôle dans Témoin Muet, un film d'angoisse/policier de 1994 que j'avais vu à sa sortie, qui est le seul autre support où j'ai eu l'occasion de le croiser ( apparemment il a surtout tourné dans ses séries B et des séries TV)
Hem, je ne me souviens plus, mais ça devait être une version doublée, car même à 17-18 ans, j'aurais remarqué cette voix là, en tout cas s'il y avait un rôle parlant, ce qui n'est même pas garanti ( quête annexe: trouver le film en VO et le revoir, de mémoire j'avais bien aimé ce huis clos policier...qui parle de silence :D)

Et, pour mon plus grand plaisir, il a eu l'excellente idée de mettre en libre accès et téléchargement une bonne partie de ses enregistrements sur son site, classés par auteurs, de Anna Akhmatova à Marina Tsvetaeva en passant par Pouchkine, Pasternak, Essenin ( insérer coeur géant pour ce dernier nom, je vous en reparlerai) ou les plus inattendus Baudelaire, Verlaine ou Verhaeren .. traduits en russe.

Devinez de quel texte il s'agit?

Мой котик, подойди, ложись ко мне на грудь,
Но когти убери сначала.
Хочу в глазах твоих красивых потонуть -
В агатах с отблеском металла.

Как я люблю тебя ласкать, когда ко мне
Пушистой привалясь щекою,
Ты, электрический зверек мой, в тишине
Мурлычешь под моей рукою.

Ты как моя жена. Ее упорный взгляд -
Похож на твой, мой добрый котик:
Холодный, пристальный, пронзающий, как дротик.

И соблазнительный, опасный аромат
Исходит, как дурман, ни с чем другим не схожий,
От смуглой и блестящей кожи.

Réponse

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

C'est un exercice étonnant mais intéressant, que d'essayer de retrouver quel est le texte d'origine et comment il a été adapté:
Je vois ma femme en esprit -> tu es comme ma femme
aimable bête->mon bon petit chat

546 textes, et je ne compte que les poèmes, (et ils n'y sont pas tous, puisque je ne trouve pas Brioussov, pourtant celui qui m'a permis indirectement de retrouver l'identité du lecteur) car il y a aussi des contes estoniens, russes, moldaves, biélorusses... dont certains qu'on trouve aussi sur Гора самоцветов.
Je vais pouvoir chercher ce que j'ai vu avec le support du dessin animé, et en sachant de quoi il s'agit essayer de suivre cette seconde version, uniquement audio.


Sacré travail en tout cas. Des heures et des heures d'écoute en perspective.. et c'est très bien parce que franchement, autant pour le vocabulaire - même si ce sont des textes littéraires, et qu'à côté, j'ai quand même intérêt à aller chercher des choses plus simples et quotidiennes - que pour la prononciation, la syntaxe, la structure des phrases ( telle préposition entraine tel cas, etc...) c'est excellent.
D'autant que Monsieur Ilyin n'a pas seulement un timbre qui me plaît énormément, mais aussi une diction, une articulation et une rythmique très claires... que demander de plus?!

C'est donc mon petit rituel quotidien, écouter une 15aine de minutes d'enregistrements et constater avec joie que je je suis passée en 2 mois et demi de " je repère un mot par ci par là" à " attends j'ai entendu: Voile. Mer. Vaisseau. Vagues. Ca doit être un texte qui parle des bateaux sur la mer" puis à  "hé.. mais j'ai compris une phrase entière, yahou!!!"

Ou de faire l'inverse
" tiens, dans ce texte là, il y a un mot qui revient, tout le temps et je ne sais pas du tout ce que ça veut dire. Ok, alors à l'accentuation, ce qui sonne comme abman, doit en fait s'écrire обман.
Bingo, ça veut dire " tromperie, duperie, illusion". Voilà au moins un mot que je n'oublierai pas, que ce soit pour son sens ou sa prononciation.
Zut ce dernier texte n'est pas en ligne.Mais il y a tel mot, tel mot, et tel mot.  Donc recherche façon palimpseste.. c'est un texte d'andrey Bieliy. Re yeah!
Il y en a encore un que j'ai repéré, mais que je n'arrive pas à retrouver. Sherlock Linguiste ne s'avoue pas vaincue.
 

Je ne fais pas ma groupie gratuitement, mais puisque le bénéfice linguistique se double d'un évident plaisir auditif, et vice-versa, il n'y a aucune raison de me priver.

En attendant, j'ai pu télécharger sur le site pas mal de fichiers MP3, j'ai pris plusieurs bonnes heures sur plusieurs soirs  pour chercher entre autres ceux qui correspondent au bouquin de poésie bilingue que j'ai ramené de Paris . De textes de Serguei Essenin. Coeur géant bis!
J'ai donc le recueil, et une partie des textes - pas tous hélas - en banque de données sonores.


Donc le but du jeu maintenant, c'est d'arriver, d'ici quelque temps, à tricoter un petit message en russe dans le texte, sans trop de fautes, à laisser sur la page " livre d'or " du site de Monsieur Ilyin pour lui dire en gros:

"Bonjour et merci, vous ne vous en doutez probablement pas mais d'une part, vous êtes écouté au moins par une personne en France, et d'autre part grâce à vos enregistrements, je fais de gros progrès en langue russe, donc merci beaucoup, c'est super, continuez comme ça".
Apparemment, il répond régulièrement à ses fans, donc, il sera peut-être content de savoir qu'il y a au moins une personne qui l'écoute régulièrement hors de Russie et qui, en plus, fait des progrès comme ça. Après tout s'il a mis son travail en ligne gratuitement, ce doit être un brave gars et de toutes façons, il mérite d'être amplement remercié à la hauteur de ce que je lui dois :)  

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Et un an après?

 Oulà, oui, même un peu plus puisque nous sommes fin juin et que ma dernière MAJ date d'avant la reprise du travail Alors, c'est off...