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jeudi 5 octobre 2023

Octobre... réorganisation et coûts irrécupérables.

 Après un mois de septembre fortement marqué par les tuiles... car le boulot que j'avais trouvé s'est fini pendant la période d'essai: le magasin a été racheté et va fermer, donc, licenciement d'abord des employés en période d'essai, et probablement des autres ensuite.
Pannes et frais divers ( chauffe-eau, téléphone, porte du garage, batterie de la voiture, et maintenant une fuite dans la salle de bain..), entretiens d'embauche où on me fait miroiter plusieurs mois de contrat pour me licencier au bout de 3 semaines et 5 jours ou.. ne jamais me rappeler.

Je vous avoue que trop c'est trop, et le compte en banque fait vraiment la gueule. Je risque d'être contrainte de retourner plus vite que prévu à mon ennuyeux travail de gratte-papier. Psychologiquement, c'est éprouvant de se dire " ça fait 5 ans que je cherche à changer ma vie, que je me démène pour ça, et que j'en suis au même point qu'il y a 5 ans, mais avec beaucoup moins de sous"

Ce qui veut dire que je ne pourrai pas mener de front tout ce que je fais.. et vu le peu d'intérêt de ce master, où je  fais tout, sauf du russe, je n'ai clairement plus envie de le mener à bien.
Il me reste plusieurs matières inintéressantes et le mémoire, or même le sujet que j'avais choisi ne parvient plus à me motiver, surtout face aux difficultés financières. J'en suis au point où tout me motive SAUF ce qui est en lien avec l'université. Ils m'ont usée jusqu'à la corde avec les pinailleries administratives et j'ai vraiment l'impression de tourner dans une roue de hamster qui ne me mènera qu'à l'épuisement mental. Donc je préfère agir avant d'en arriver au burn-out.

Donc je suis sérieusement en train de penser à ne pas le terminer. Je n'y suis entrée QUE pour pouvoir partir en échange à Saint Pétersbourg, ce qui a été le fiasco que l'on sait. Pour le reste...je n'ai pas franchement d'intérêt pour le master lui même, il me fait perdre du temps plutôt qu'autre chose, et donc n'est clairement plus une priorité. Des frais de santé non remboursables risquent de se rajouter dans les mois qui viennent. J'ai commencé une formation en traduction que je n'arrive pas à avancer à cause de la surcharge mentale causée par ce master qui ne correspond plus à ce que j'en attendais (et mes camarades de promo sont dans le même cas, surtout ceux qui ont comme moi repris des études avec des attentes précises)

Ce n'est pas la langue le problème, mais bien le fait que justement je n'en fasse quasiment plus qui me pèse terriblement.

Donc il y a projet, ce mois ci de voir:
- si je peux trouver un poste territorial plus intéressant que celui que j'avais.
- Sinon, de revenir à mon ancien job, à temps partiel, afin de pouvoir à la fois gagner quelques sous et faire plus sereinement ce qui est lié à la traduction.
- Revenir aux langues, eut-être sous forme de stages, à distance avec l'université de Saint-Pétersbourg ( ça c'était génial), avant de pouvoir envisager  d'y retourner vraiment.
- Diversifier, vu la difficulté qu'il y a en ce moment à utiliser le russe, en remettant un peu plus d'allemand et / ou d'anglais dans mon quotidien.
- Et garder les activités ( qui coûtent aussi des sous!) que sont la danse, la musique.. et plus généralement il y a quelques disques que j'aimerais acheter depuis parfois des années.. en devant économiser. Ca aussi c'est relativement pénible, je ne vaux pas non plus acheter des choses hors de prix, mais c'est le genre de petit plaisir que je dois repousser.
- Rembourser mes dettes ( auprès de ma mère, mais bon, j'espérais le faire avec le job qui m'a lâchée)

Et selon le cas d'envoyer bouler le master.

alors oui, j'ai eu des " tu ne vas pas arrêter maintenant, tu y a passé 5 ans, c'est la dernière année, il ne te reste plus que quelques matières à faire, et tu y as investi beaucoup d'argent". Oui, les plus longues, les plus relou, les plus compliquées.
Alors oui, j'ai beaucoup parlé de sous jusque là. Mais il n'y a pas que ça: est-ce que ça vaut vraiment le coup de passer encore un an à me forcer à faire quelque chose qui ne m'intéresse plus, sans avoir l'assurance que le papier obtenu au bout ne m'apporte réellement quelque chose ( puisque cette 2° année de master mène à préparer l'entrée en doctorat, que je n'ai aucune envie de faire de toute façon). Ou repartir faire quelque chose qui ne m'intéresse pas non plus, mais qui au moins me permet de retrouver un poil d'indépendance financière, à défaut de tout de suite pouvoir faire vraiment ce que je peux.
Je vous renvoie à cette vidéo qui me paraît très importante à connaitre lorsqu'il s'agit de prendre ce genre de décision.
Les coûts irrécupérables, ici il parle d'argent, mais pour moi, ça fonctionne aussi avec le temps et l'investissement personnel, qui sont encore plus précieux que la monnaie. Si j'en suis ce raisonnement, rationnel, mon intérêt est de ne pas insister avec quelque chose qui ne correspond pas , ou plus à mes attentes, et à chercher d'autres solutions.


Il n'y a pas de honte à l'avouer. Ce n'est pas un constat d'échec personnel.
Juste celui que le système universitaire français qui essaye de faire des économies de bout de chandelle en mélangeant plusieurs filières pour faire des économies, produit un résultat de bric et de broc qui n'est satisfaisant ni pour les étudiants des différentes filières, ni pour les professeurs, et est complètement déconnecté de la réalité.
Ceux qui apprennent les langues, c'est en général pour être profs de langue, faire de la traduction, travailler dans le tourisme, ou le commerce.... rarement avec l'objectif de devenir prof chercheur dans un domaine ultra spécialisé et .. reproduire ce schéma, de donner des cours ultra spécialisés qui ne seront pas utiles sauf à ceux qui veulent devenir profs chercheurs et ainsi de suite.

Ca évolue en vase clos, totalement hors de la réalité. Et j'en suis persuadée, cette vision élitiste et intellectualiste des études va droit dans le mur, car elle ne s'adresse finalement qu'à un minuscule pourcentage de gens. Je m'éclate à parler les langues, à connaître les gens qui les parles et leur culture,  pas à étudier en détail un point de grammaire ultra méga précis.
Tellement en vase clos en fait que malgré les difficultés concernant la Russie depuis 2 ans, une des matières, consistant à faire des interviews de francophones qui travailler en Russie et de russophones qui travaillent en pays francophone ( dans le même domaine, et si possible, il faut que chaque personne ait bossé dans ce domaine, dans les deux pays, pour confronter leurs points de vue). Cette matière n'a absolument pas été adaptée à la situation et ne varie pas depuis plus de 10 ans, malgré la quasi impossibilité de trouver maintenant des francophones qui vivent et travaillent en Russie.
Dans le milieu qui m'intéresse: traduction/ édition, la réponse est toujours " les éditeurs qui faisaient notamment des traductions depuis les langues étrangères sont partis, on ne sait pas où ils sont, peut être en Turquie ou ailleurs".

Ce qui prouve bien que ce programme n'a aucune réactivité, n'est pas en phase avec le monde tel qu'il est. C'est vraiment un des principaux problèmes. Le monde change... mais quelque chose qui justement devrait en prendre note ne le fait absolument pas et continue de vivre dans sa tour d'ivoire.
Et en attendant mon problème à moi est ultra concret et en phase avec la réalité: comment trouver des gens à interroger? Que leur demander de pertinent quand leur vie est passée en deux semaines de normale à complètement chaotique?
Et comment moi, payer mon loyer et financer les réparations de l'appartement sans gréver trop le budget de ma mère, ou vivre à ses crochets, dans un monde qui est lui aussi au bord du chaos?


EDIT du 14/10: j'ai pris ma décision, et j'ai annoncé à ma responsable de mémoire que vu la situation, ma priorité était du côté du travail, et que je n'allais pas pouvoir faire tout en même temps, donc, c'est officiel, j'arrête, du moins momentanément, au niveau de l'université. Il y a dans ma ville un master de traduction et interprétariat, mais apparemment, il se fait sur la base de l'anglais.
J'ai un bon niveau conversationnel, mais je n'ai jamais appris l'anglais de manière "scolaire", donc je me renseignerait de ce côté pour voir si je peux terminer les crédits manquants dans cette orientation.

mercredi 3 novembre 2021

problèmes de polyglottes (3) - les sources et les envies

 AH, les sources!

Bon pour les sources, il est vrai, les choses se sont beaucoup améliorées depuis l'invention du net. La vieille étudiante que je suis peut faire la comparaison entre il y a 25 ans : attendre en croisant les doigts que le cinéma d'art et d'essai programme UN film russe ou allemand en VOST pour pouvoir en voir un dans l'année. Avec un peu de chance. Film que tu allais voir même si le sujet ne t'intéressais pas du tout, parce qu'il ne fallait pas louper l'occasion. et maintenant: audio et vidéo à volonté, sur des thèmes variés, de longueurs variées, en deux clics.


Quand tu apprends une langue qui a trop peu de locuteurs pour que tu puisse pratiquer régulièrement.
et que ces locuteurs habitent dans un pays à des milliers de kilomètres de toi.

Variante: quand tu veux apprendre une langue qui n'est enseignée qu'à Paris, sans option d'étude à distance...

Bon pour le géorgien je me débrouille en collectant des sources dans d'autres langues que le français, et je trouverais bien des gens à qui parler sur 4 millions de locuteurs.
Mais il va falloir beaucoup de patience et de motivation pour apprendre l'aïnou: 300 locuteurs sur le chapelet d'îles des Kouriles, au Japon, à l'autre bout de la planète, très âgés et isolés, parlant un isolat linguistique linguistique en voie de disparition, impossible à apprendre sans passer par le japonais - un autre isolat, pas des plus simples lui-même à apprendre.
comme j'ai des contacts tatar et bashkir, j'avais regardé un peu leurs langues: très peu de sources, et presque toutes via le russe.

Corrollaire:
Wikipédia a un seul bon article sur le sujet qui t'intéresse, dans une langue que tu ne comprends pas.
Et tu passes une ou deux heures à rechercher dans une dictionnaire chaque mot de l'article

Une ou deux heures, tu es modeste ...Parce que selon la langue, un traducteur en ligne peut donner une idée approximative suffisante pour voir si ça vaut le coup de creuser... ou quelque chose  de totalement chelou, parce qu'il ne fait pas par exemple coréen -> français, mais coréen > anglais> français. Et qu'il ne gère pas l'homographie ou les champs sémantiques et lexicaux convenablement.
Jusqu'à la vue, bébé!
Et encore même anglais -> français, c'est parfois moisi
Traduction canadienne, ce n'est pas comme si le Québec disposait de pas mal de gens qui parlent français et anglais.

oui, celui-ci est hors concours, il n'y a pas une phrase correcrte!

Ecouter une emission radio en pleine nuit parce que tu as besoin de pratiquer et que les locuteurs habitent sur un autre fuseau horaire.

solution: les podcasts!
Par contre pour les tandems, ça reste un problème . J'avais trouvé un correspondant très intéressant en Russie. Il habitait Vladivostok, donc au bout du bout de l'orient. On avait 7h00 d'écart et il n'était libre qu'entre 9h00 et 11h00 du matin, chez lui ( donc entre 2 et 4 chez moi). Impossible de faire autrement que de l'échange de mail, donc impossible de trouver une solution, vu que ce qu'il voulait, c'était de la pratique orale.

les dialectes

Que ce soit les langues régionales ( parler en allemand , mais être incapable de comprendre le kölsch de Cologne, être snobée à Bâle parce qu'on parle allemand et non Suisse-allemand, ne rien comprendre à la lecture de Berlin Qlexanderplatz qui a des pages entières en Dialecte berlinois ou à Buddenbroks qui a des pages entières en dialecte de Hambourg et d'autres en bavarois). Ou les niveaux de langues quand les gens se disent que tu as un bon niveau et te parlent en argot.

D'ailleurs c'est assez rigolo de voir une série sous-titrée parfois de manière trop polie ( les bandits russes de Лучше,чем люди sont les plus polis au monde. Quand ils s'énervent le sous-titrage donne des " zut " et des "oh non".. quand tu as clairement entendu " espèce de biiip, fils de biiip, ta mère la biiip" et autres du même genre)


Tu parles les deux langues de ton pays. Tu lis tout deux fois

ou être dans un pays bilingue...
Persil - Peterselie.. oui pendant un an en Belgique, je l'ai fait.
Et c'était assez comique quand j'ai parlé de fromage en chèvre à un germanophone. Sauf qu'au lieu de "Ziegenkäse", j'ai mélangé avec le néerlandais à force de le voir et je lui ai dont parlé de "Geitenkäse" ( Geitenkaas en néerlandais). A force de le voir écrit, j'ai confondu et mon correspondant ne comprenait absolument pas, vu que là, les mots sont très éloignés.

Et Les Envies?

Les échanges à l'étranger coûtent beaucoup plus que tu ne peux te permettre, même avec une bourse

Je vais donc voir ça bientôt. Et me saigner aux 4 veines en espérant trouver un petit job en plus de celui que j'ai déjà ( 200/250 euros le mois, c'est déjà ça, vu que ça va être galère pour la bourse). Mais oui, j'ai mis un an de salaire de côté rien que pour ça. Par contre le visa m'a coûté un bras (44,20€ de train pour aller deux fois à Marseille déposer la demande et récupérer le visa, + 210€ de visa express pour l'avoir à temps). Je peux encore rajouter d'autres frais: le train et la navette pour aller à l'aéroport, les inscriptions variées à l'université, le taxi pour aller de l'aéroport à l'université une fois là bas, le logement.. ça va encore me coûter l'autre!

Et ça c'est quand on peut voyager.

Tu étudies 10 000 langues.
Tu n'as pas les moyens de voyager.
Tes camarades monolingues traversent la galaxie tous les ans.

Mon sens de l'humour :D
Mais oui, je me souviens d'une lycéenne, dans le même job d'été que moi il y a .. ha oui 21 ans.
Elle 16 ans: "moi je suis entrée là par mon parrain qui travaille à l'accueil, mais c'est juste pour me faire un peu de sous parce que mes parents m'offrent un voyage à Ibiza le mois prochain. Mais avec ce qu'ils me donnent comme argent de poche je n'aurais pas de quoi faire la fête plus de deux jours... Et toi tu vas faire quoi avec cet argent?"
"Moi? ( rappelle- toi que ce n'est pas légal de défenestrer une collègue, même une insupportable gosse de riche): ho moi? Je vais me réinscrire à l'université, payer mon assurance, mes fournitures, les livres, l'inscription au conservatoire, l'assurance de l'instrument et s'il en reste un peu après ça, je m'offrirai un café sur la place du marché". Elle n'a pas compris le sarcasme ni l'ironie.

Et ensuite... une fois que tu as ton diplôme?

Maintenant que tu as ton diplôme tu vas utiliser ton temps libre pour apprendre les langues

Deux possibilités, soit tu as passé un diplôme totalement dans un autre domaine qui ne te laissait pas le temps d'apprendre les langues. Soit tu as passé un diplôme de langue tellement prenant qu'il ne t'a pas laissé le temps d'apprendre d'autres langues. Ou tellement théorique que tu sais analyser l'emploi du point-virgule chez Dostoïevksi, mais pas comprendre, au pif, les jurons d'un bandit de film.

Tu découvre que quelqu'un que tu connais a étudié le sanskrit.
Tu en as le souffle coupé


Ou quand tu découvres après 2 ans de discussion que ton corrspondant, qui parle allemand et russe apprend aussi un peu l'hébreu: vas-y je te soutiens à fond, tu m'épates, foooonce!
Ou que ton oncle te dis " hoo c'est dommage que tu partes lundi, mardi il y a le beau-fils des voisins qui arrive, c'est un allemand, il parle français, apprend le russe, il parle arménien ou géorgien, chais plus trop, peut être les deux, en fait il connait beaucoup de langues."... "Tonton, je prolonge mes vacances chez toi jusqu'à jeudi, je DOIS faire sa connaissance"

Un prof mentionne le basque comme étant un isolat total
"je vais apprendre cette langue!"


Haaa, ça c'est le piège auquel il est dur de résister. Mais je tiens à signaler qu'il faut quand même en général une motivation plus forte que la simple curiosité pour s'y tenir. Sinon on risque de commencer et de se démotiver vite. Apprendre une langue demande du temps, de l'argent, de la motivation et de la régularité.
Si la motivation n'est pas plus que "ça a l'air cool, en plus je ne connais personne qui la parle, c'est stylé"... ça n'est pas assez. Après, la découverte peut devenir un coup de coeur. Mais c'est rare.
J'ai connu des étudiants en traduction qui ont voulu apprendre le russe, l'arabe ou le chinois parce que " ça paye plus que les autres langues". La plupart ont changé pour l'anglais, l'italien ou l'espagnol au bout d'un trimestre. La difficulté était trop élevée pour se motiver à poursuivre dans le seul but de gagner plus de sous 5 ou 6 ans plus tard.

J'interroge toujours mes motivations. Sans un réel intérêt pour le pays, sa culture, sa cuisine, ou pourquoi pas, un de ses habitants ou une de ses habitantes... c'est mal parti.
Et il n'y a pas de honte à laisser de côté ou abandonner une langue qu'on a commencé à un moment pour une raison qui était légitime à un moment, mais qui ne l'est plus (dans mon cas le néerlandais pour passer un an en Belgique, ou le japonais pour des voyages au Japon).

Par contre une très très mauvaise raison pour commencer une langues est, pour moi,  "pour impressionner les gens" ou " pour en épingler une de plus à son tableau de chasse". Apprendre le Toki pona, même si ça peut se faire rapidement, puisque la langue a été construite dans ce but, parce qu'on s'intéresse au processus de construction d'une langue artificielle, par curiosité scientifique, ou qu'on se dit qu'il y a un potentiel pour communiquer avec des gens handicapés ok.
L'apprendre juste pour pouvoir cocher l'objectif " je parle 10 langues" et qu'il en manquait une, qu'elle est facile, c'est léger quand même.
Mais je crois avoir dit déjà par ailleurs ce que je pense des polyglottes vantards, ceux qui font des concours " cékikipisseleplusloin".
Il ne faut pas oublier que parler X langues, c'est avant tout oublier et mélanger X langues. A part quelques mutants (je ne vois que ça comme explication) dotés d'une mémoire hors du commun, et qui ont de naissance déjà un bilinguisme ou trilinguisme, c'est déjà les 12 travaux d'Hercule pour entretenir régulièrement 3 langues étrangères sans que l'une ne soit délaissée.


mercredi 1 septembre 2021

Problèmes de polyglottes (2) les études

Cette fois ce sera moins revendicatif vis à vis des gens qui ne comprennent pas ma passion pour les langues et se permettent de critiquer.

Mais il y a aussi des choses à dire sur les études, dans un cadre très officiel. Encore que bon, il y a toujours l'incompréhension de certains...

Tout ce qui est linguistique

Les gens qui ne connaissent pas la différence entre un linguiste et un polyglotte
" je passe un diplôme en linguistique"
"Vraiment, tu parles combien de langues?
" heu, ce n'est pas ça.. pfff bon, 5 à différents niveaux""

Et ça c'est quand ils ne partent pas du principe que " ok, les langues encore je comprends, mais la linguistique, ça ça sert vraiment à rien".. euh, par exemple à tracer des ponts entre divers groupes de langue, à comprendre comment elles évoluent. Tu vois, c'est une science.
Un peu comme la biologie, l'évolution... ben voilà, c'est la théorie de l'évolution adaptée aux langues...mais si c'est passionnant, reviens, je ne t'ai pas encore parlé de l'étymologie, c'est cool, c'est de l'archéologie des mots!

Donc pour les distraits une explication s'impose:

- un linguiste a en général des bases en plusieurs langues, il peut les décrire, comparer la grammaire, la syntaxe, le vocabulaire ou même la ponctuation, selon son domaine de prédilection. Il doit en avoir une connaissance théorique, dans laquelle les langues anciennes ont leur place, qui permet de faire une étude de l'évolution. Mais parler les langues n'est pas le coeur de son métier, il les étudie comme un objet scientifique, même si la plupart des linguistes en maîtrisent plusieurs car ils sont passés par les langues AVANT de s'intéresser à leur structure. Mais a priori, un linguiste a surtout besoin de lire, comprendre et analyser plus que de parler.

Exemple, je reprends mon Georges Dumézil, linguiste, qui connaissait une trentaine de langues, ou plutôt de systèmes (on peut difficilement soutenir qu'il parlait latin, grec ancien, sanskrit), Claude Hagège ( qui parle une dizaine de langue mais connait une cinquantaine de systèmes), Tolkien, qui a utilisé ses connaissances en philologie ( mélange entre la linguistique, l'histoire, la littérature) pour inventer des langues.

- Un spécialiste en langue
XYZ doit connaître la langue en question le mieux possible, souvent il en connaît aussi plusieurs, mais il ne les étudiera pas de la même manière. Il peut vouloir devenir traducteur comme moi, professeur de langue ( le plus courant), travailler dans le commerce , le droit international ou le tourisme, ce qui nécesite d'autres compétences. En général il se consacre à un eutit nombre de langues de manière plus approfondie. Et doit donc maîtriser la pratique orale aussi bien qu'écrite, la compréhension aussi bien que la production.
Là il y a beaucoup d'exemples, traducteurs, professeurs spécialisés, souvent leurs noms ne sont pas connus, car c'est tout autant le prof d'anglais que vous avez eu en 6 qu'un traducteur ou interprête officiel à Bruxelles. Quelqu'un que j'aime bien, le romancier Boris Akounine, qui est géorgien ( je tiens un de mes prochains natifs), traducteur de japonais, habite en Angleterre et parle français. Donc au moins 5 langues, dont 2 natales et une de travail, mais on est loin des 50 de Claude Hagège

- Et il y a les autres polyglottes, souvent hors de cadre d'études universitaires, dont le but est de parler des langues. Souvent ils n'ont pas forcément besoin de lire ou d'écrire, et peuvent même se contenter de seulement parler. Là, il y a toute une variété de gens ceux qui vont préférer approfondir quelques langues dans toutes leurs dimensions et ceux qui vont vouloir connaître un peu de beaucoup de langues, surtout à l'oral.
Et il n'y a pas de définition précise : un polyglotte peut maîtriser 2 langues ou 50, à haut niveau ou à niveau moyen, l'objectif est avant tout de les parler.
Par exemple j'aurais du mal à considérer comme polyglotte quelqu'un qui parle français et connaît, même très bien le grec ancien, le latin, le hittite, l'akkadien, etc.. s'il ne parle QUE français. Ce sera un spécialiste en langues anciennes ( un cas hypothétique, actuellement ce n'est plus vraiment possible de ne parler réellement qu'une langue)
Et il y a toutes les possibilités, Il est rare qu'un hyperpolyglotte ( plus de 6 langues) les maîtrise toutes au même niveau, et chacun fait comme il veut: apprendre des rudiments de nombreuses langues ou apprendre moins mais de manière plus approfondies. Il n'y a pas de jugement de valeur, tout est légitime à partir du moment où celui qui a survolé  quelque chose ne se pose pas en spécialiste de ce quelque chose.
Il y a beaucoup de politiciens, acteurs, artistes dans ce cas, qui ont besoin de donner des conférences, prononcer des discours, répondre à des questions, voire de s'auto doubler ou de jouer dans une autre langue, et là, j'en choisis un incontestable et hyperpolyglotte, le très regretté Christopher Lee et ses au moins 9 langues parlées couramment. Mais la plupart  n'ont pas spécialement besoin de lire ou d'écrire

- Et même une même personne peut au fil du temps et au gré des besoins varier les approches:
L'exemple: moi.
Je suis plutôt par goût du côté " peu mais sérieusement", mais je ne m'empêche jamais de tenter le coup si quelque chose m'intrigue. Ou d'arrêter si ça ne me correspond pas ou plus. Mais je ne me définis pas comme linguiste ( j'ai de bonnes bases, mais sans avoir passé de diplôme dans ce domaine), ni comme spécialiste en une langue pour le moment (je n'ai qu'une licence en russe, c'est trop peu pour parler de spécialité), j'en baragouine 3 au niveau B2 + le français, je n'entre pas dans la catégorie des hyperpolyglottes, le reste est pour moi à trop bas niveau pour être comptabilisé pour le moment. Je ne pourrais pas entrer, même si je le voulais, dans l'association des hyperpolyglottes ( qui requiert de parler 6 langues à niveau courant (sans bien préciser ce que c'est d'ailleurs)

Je parle français, j'apprends l'allemand et le russe officiellement ( université), et le géorgien maintenant informellement. J'ai mis en pause pour une durée indéfinie le japonais qui correspondait à une certaine période de ma vie, mais est moins attrayant maintenant que j'ai des projets pro avec le russe, ma langue coup de coeur. L'anglais que j'ai me suffit, je le maintiens sans chercher à faire plus. J'ai tenté l'italien ce printemps par curiosité, mais ce n'est ni un coup de coeur ni une nécessité. Au cours de la scolarité et après, j'ai abordé le latin, le grec ancien, l'espagnol, le mandarin, l'hébreu et le néerlandais. Mais ce ne sont ni des nécessités, ni des langues que j'ai vraiment envie d'approfondir.


autres points liés à ça....
Oublier que vos amis sont monolingues et finir par les bassiner avec la linguistique.

Faut que je me trouve des amis qui partagent ma passion pour les racines indo-européennes. 😜
Et pour les autres, pas grave, j'vous aime quand même.. tant que vous ne critiquez pas mes loisirs bien sûr :D
Mais je vous jure que la linguistique n'est pas un truc de vieux savant poussiéreux (ok, pas QUE) Henriette Walter est une linguiste passionnée et passionnante à écouter.

Essayer d'expliquer la différence entre deux mots proches
Ne pas pouvoir le faire sans utiliser l'API.
L'interlocuteur ne lit pas l'API.


Là par contre, j'insiste, c'est très très très très utile et pas que pour les linguistes. Pour quiconque veut apprendre au moins une langue étrangère. Rendez-vous service et apprenez-le. Par pitié.

Les études de langues en général:
Devoir apprendre une langue que vous ne supportez pas

Ou pour laquelle vous n'avez pas vraiment d'affinité. que ce soit imposé ( Latin pour moi) ou par défaut ( j'ai du faire 2 fois 10 heures de deux langues au choix, parmi hébreu, chinois et arabe.. am, stram, gram...bon, en fin de compte, l'emploi du temps et ses trous ont choisi pour moi pour moi...)
Mais le pire pour moi, c'est l'anglais, passage obligé que jai repoussé au maximum, comme une visite chez le dentiste. Je n'ai aucune affinité avec cette langue que je n'ai parlé que 2 fois avec plaisir ( logiquement en voyage à Londres et dans l'Ontario).
Je la cotoie au quotidien sur Internet mais pour moi ce n'est ni plus ni moins qu'une brosse à dent: on en a besoin, on l'utilise, mais ce n'est pas spécialement un grand moment de joie que de l'utiliser. Et je le fais tout aussi mécaniquement et en pilote automatique. Et je ne vais pas utiliser ma brosse a dents plus que nécessaire, juste parce que je pourrais en théorie le faire. Je ne pousse pas un gros youpi quand j'apprend un nouveau mot en anglais. Je n'aime pas le parler. Et c'est bien pour ça que je traduis ces images qui n'existent pas dans d'autres langues.

Les cours de langue
Cours n°1
Regarder l'alphabet cyrillique en se demandant comment ton ami arrive à le lire si facilement

Mais ça se fait et ça se fait plutôt facilement, pour peu qu'on prenne les choses dans le bon ordre. Et rassurez-vous d'ici peu vous y arriverez aussi, à force de pratique.

Cours pour débutants:
Commencer un cours pour débutants avec des camarades qui parlent couramment la langue mais ne savent ni la lire ni l'écrire. Et qui répondent aux questions avec un accent parfait alors que tu galères simplement pour comprendre.

Tout le monde dans ton cours est soit originaire directement, soit a vécu dans un des pays où la langue est parlée.
A part toi.

Vécu dans les deux cas: moi fausse débutante en russe et en allemand en première année en Belgique. Un classe d'allemand constituée de faux-débutants, super, ça avance assez vite pour moi. Beaucoup trop vite pour les vrais débutants. Mais pas de natifs, ouf!
Une classe de russe contituée à moitié de russes ou de gens dont les parents étaient russes et qu le parlaient en famille. Proportion de 90% de natifs en fin de première année, parce que les non natifs débutants ont laissé tomber en cours de route pour la plupart.

Moi cette année en visio conférence: non native.. qui a fini le cours de grammaire avec de meilleurs résultats que certains natifs, parce qu'ils y sont allés au talent depuis 3 ans et parlent parfaitement.. sans connaitre les règles de grammaire " ouais , je sais le dire, je ne me prends pas la tête avec ça". Sauf quand le professeur demande de justifier l'emploi de tel ou tel cas particulier dans telle ou telle circonstance, et que les non-natifs on bien lu le cours. Connaître la réponse c'est bien, mais il faut l'expliquer, et en 3° année, ceux qui n'ont pas ouvert les cours depuis le début de la première année en comptant sur leur pratique, ça ne pardonne pas.
En première année, en Belgique, la prof nous avait dit " très vite vous allez avoir un niveau en russe supérieur à celui de la plupart des russes, il parleront plus vite et plus fluidement, mais emploieront moins de vocabulaire et ne savent pas pourquoi la langue est comme ça. Vous serez donc plus experts qu'eux si vous vous accrochez. Je confirme!

parler suffisamment couramment pour comprendre le professeur mais ne plus comprendre dès que l'interlocuteur a un autre accent.


Et pour ça il faut écouter beaucoup de sources variées, la radio, la TV, les podcasts, des chansons et pas seulement le matériel pour étudiants, mais surtout des choses pour natifs.
Pour le russe, je tente d'écouter des sources qui viennent aussi des anciens pays d'union soviétique, je parle avec des ukrainiens, des gens des autres républiques de la fédération russe, pas seulement avec ceux de la capitale.
Et bien sûr apprendre du vocabulaire varié:

être super enthousiaste d'apprendre du vocabulaire en cours, avant de te rendre compte que tu ne le connais pas dans ta langue natale...

Ou que tu le connais seulement en théorie, qu'il ne te serviva pas au quotidien, pas plus en VO qu'en VF: au lycée j'ai eu des listes à apprendre par coeur en allemand. Des listes d'outils, avec des choses comme "perçeuse à percussion" ( Schlagbohrmaschine) ou " frein de rétro-pédalage ( Rucktrittbremsen), du vocabulaire religieux (du genre le confessionnal, le prie-dieu, le calisse, le ciboire..). Je n'étais pas super enthousiaste je le reconnais.. Presque 30 ans plus tard, je n'ai jamais oublié comment dire Rucktrittbremsen et Schlagbohrmaschine, je ne les ai jamais employés de ma vie et ne les emploierai probablement jamais. Mais c'était tellement absurde que ça m'est resté en tête.

Cette année, donc bien 30 ans plus tard, j'ai eu a apprendre le vocabulaire technique de la construction d'une isba, et les essences d'arbres en russe: je me suis empressée d'oublier le lendemain de l'examen tout ça, je n'ai aucune perspective de travail en tant que bûcheronne, garde-champêtre ou architecte rurale en Russie un jour.
J'ai eu aussi la liste des détails symboliques et des différents registres du décors dans une église orthodoxe, des mots grecs russifiés pour la plupart. 6 mois plus tard je ne me souviens que du phélonion ( grand manteau du pope, qui ressemble suspectement au "tapis persan volé et tapis volant percé" qu'Obélix porte autour du cou dans un des albums d'Astérix) parce que "la plante fait l'oignon et l'oignon fait la farce"

Et comment apprendre tout ça?

apprendre le vocabulaire en réécrivant la même liste de mots encore et encore et encore, et encore...

Merci Anki! Merci Mosalingua, Merci à vous d'exister! Merci Vladimir Sintezretchi, surnom que j'ai donné à la voix de synthèse en russe de la tablette!

Truc: j'écris une fois le mot sur papier. Je cherche une liste sur le logiciel Anki, si possible avec le son, je sélectionnne et je révise jusqu'à ce que le mot entre en mémoire, et parallèlement une fois de temps en temps je le réécris dans des listes thématiques ou des phrases. Ca fait beaucoup moins de réécriture, et ça marche bien pour les gens comme moi qui ont ue mémoire auditive et la nécessité d'entendre le mot pour le mémoriser.

et j'ai gardé le problème le plus épineux pour la fin:
Les ressources de langues te définissent par défaut comme étant un homme.
Tu n'es pas un homme.
Et c'est encore plus compliqué pour les non binaires


Et ça peut-être un vrai problème quand la méthode n'imagine même pas que 50% des étudiants sont des étudiantes, et encore je ne rentre pas dans les cas des transgenres par exemple.
Non simplement il y a un préjugé dans la tête des concepteurs de méthodes que le lecteur ne sera pas a priori une lectrice.

Mais, même si je ne suis pas un modèle de féminité idéal, je suis une femme, qui parle d'elle au féminin. Et comment je fais, moi, pour deviner comment ça se dit, si on ne me donne pas un exemple de phrase au féminin? Et je ne parle pas là du genre grammatical qui fait qu'on dit une chaise/ un tabouret/ un fauteuil/une table...dans pas mal de langues. Mais vraiment, on manque souvent d'exemple d'accords en genre des verbes, pronoms et adjectifs quand une femme parle.
Voire de vocabulaire (de mémoire le " je" en japonais est souvent différent quand un homme ou une femme parlent, et dans certaines langues c'est le vocabulaire qui change complètement)
Donc au moins 2 exemples sont nécessaires. Et même quand il n'y a pas de différence et que les mots ne sont pas genrés (merci le géorgien tu m'ôtes une épine du pied de ce point de vue, au point que le plus grand roi du pays était une femme 💓) c'est important de le signaler.

Or trop souvent il y a l'idée implicite que ce sont les hommes qui étudient. En cours, on peut moduler les exemples en fonction de l'auditoire, mais la méthode imprimée est souvent une mise à jour au niveau vocabulaire d'une vieille méthode, sans vraiment d'adaptation à la société réelle.

Premier semestre en ligne en russe cette année, peu de gens se connectaient tous les jours. Sur la dizaine de personnes présentes, il y avait 1 homme pour 9 femmes. Et parmi les profs, 1 seul homme aussi. Second semestre: l'étudiant a trouvé un travail, et nous n'étions plus que 5 connectées régulièrement. L'accord au féminin est de mise: 100% de l'effectif présent régulièrement était féminin.
En Belgique aussi, dès la première année, il y avait au moins 80% de femmes dans l'amphi. C'est une réalité, les universités, du moins en lettres, langues, sciences humaines ( un peu moins en matières techniques il est vrai) sont remplies de femmes tant côté profs que côté élèves. La réalité de terrain dans les cours de langues, c'est que PLUS de 50% des étudiants sont des étudiantes. Il va falloir en tenir compte un jour.

Je ne demande pas de trucs style orthographe inclusive que je n'emploie pas parce que c'est très très lourd, et que j'ai parfaitement en tête que l'enseignant ( neutre grammatical ici) a toutes les chances d'être une femme. Il n'y a pas de militantisme dans ma remarque. Je veux simplement connaître la possibilité de parler de moi de la manière qui me convient et ne pas être considérée comme au mieux secondaire, au pire inexistante.

mercredi 25 août 2021

Problèmes de polyglottes (1) Préjugés et questions à la c.. enfin, à la noix.

 C'est bientôt la fin des vacances, allez, un sujet en marge.

Simplement parce que je suis tombée hier sur le Tumblr " Polyglots problems", qui existe pourtant depuis longtemps mais que je n'avais jamais croisé, et que si tout ne me correspond pas, certains m'ont faite sourire ou rappelé des choses. Il y a à prendre et à laisser parmi les publications, certaines ne servent une fois de plus qu'à bâcher le français et sa manière de compter, hahaha, très original les angophones, essayez d'apprendre d'autres langues, vous verrez qu'il y a encore plus étranger ailleurs. au fait pourquoi tu t'astreins à apprendre une langue si c'est pour passer ton temps à la qualifier d'insensée, illogique , sans queue ni tête...?

Mais d'autres ont plus d'intérêt. Et vont me donner l'occaison de développer des choses..

Les questions absurdes et les idées reçues ( pas forcément méchantes, mais qui sont souvent reloues)

- Ho tu parles / apprends ( insérer langue XYZ), dis quelque chose
- Euh, oui, mais quoi?

Un grand classique. C'est bien d'être curieux, mais, amis non polyglottes, ou polyglottes en devenir, non, on n'est pas une machine à débiter des phrases, comme ça. LA conversation normalement a un contexte.
C'est comme arriver et dire à quelqu'un " dis quelque chose". 99% du temps la répose sera " hein? quoi?" et 1% " quelque chose".
C'est pas qu'on ne veut pas, mais c'est comme demander à quelqu'un qui pratique la musique de chanter quelque chose à minuit 30 à la fin d'un repas, l'estomac plein, sans préparation et sans accompagnement. Fun, quand il s'agit d'une morceau de Mozart (vécu): c'est peu probant et ça ne rend pas du tout justice à la réelle compétence, à la langue ou au morceau.

En général je résouds le problème en répondant dans la langue en question que justement je ne sais pas quoi dire, je n'ai rien à dire, et que de toute façon, ça n'a pas d'importance, je pourrais te réciter ma liste de courses que tu ne verrais pas la différence.. Ou un vieux dialogue de manuel du lycée, dont allez savoir pourquoi, je me souviens par coeur.

Avec son corollaire

apprends - moi un gros mot.

Tu ne veux pas plutôt d'abord savoir... être sympa? demander ton chemin? commander un café? non? Bon ben, je t'en apprends un marrant, la marque Blédina est invendable en Russie, car ça ressemble beaucoup à ce qu'on appelle une poufiasse ou une péripatétipute ici.
Inversement une marque de voiture a tenté de vendre la E-tron en France, sans grand succès, va savoir pourquoi.


Ce qui donne l'impression que je parle mieux qu'en réalité ...
Ce qui nous amène à:

" Savoir dire bonjour, au revoir merci, je t'aime en plusieurs langues et rendre les gens tout choses en parlant leur langue..

Même si on ne sait pas dire plus.
J'ai fait à la demande d'un copain une vidéo où je disais bonjour en 20 langues pour un projet " journée de la salutation" à son travail, en Russie. Et une autre avec une dizaine de langues pour la bonne année: J'ai déjà oublié coment dire bonne année en chinois ou bonjour. Par contre à cette époque " bonjour "é tait le seul mot que je connaissais en georgien, j'ai bien augmenté la quantité depuis! Yeah!

Ou savoir dire parfaitement " je ne parle pas le XYZ" en XYZ, ce qui fait que les locuteurs te répondent " ha mais si c'est parfait, tu parles.. " et embrayent sur une longue conversation à vitesse normale.

Et là on arrive à une chose que je veux dénoncer. Le problème n'est pas tant la question, que ce qu'elle peut sous-entendre. Ce n'est pas celui qui naïvement la pose, c'est que ce quelqu'un est potentiellement la cible d'arnaqueurs.

Tu apprends le Mandarin depuis un mois? tu parles couramment?

Alors comment dire, un mois, c'est ce qu'il m'a fallut rien que pour l'alphabet géorgien, par exemple ( voir les sujets précédents)
Et maintenant le règlement de comptes:
Sur ce point, je tiens à signaler que beaucoup de sociétés ou de gens peu scrupuleux, et surtout depuis le premier confinement, tentent de vendre des méthodes miracles, en langues ou autres. J'ai vu une publicité " réussir le grand écart en 3 semaines et 8 minutes par jour".. ce n'est même aps le temps nécessaire pour séchauffer. Suivi immédiatement par " faire le grand écart en 15 jours et 5 minutes par jour". J'attends presque: devenir marathonien en 10 jours et 3 minutes de cours par jour ou apprendre à nager sous la douche du matin.

Donc oui il y a des offres alléchantes qui promettent d'apprendre les langues en 7 semaines, sans effort, en y passant emaximum 15 minutes par jour: C'EST DU PIPEAU. Ils jouent sur l'ambiguité d'"apprendre une langue", jamais ils ne préciseront le niveau d'arrivée. Et, effectivement, sans passer par l'alphabet, j'aurais pu me contenter d'apprendre des phrases types en géorgien et être capable de commander un café à l'aéroport de Tbilissi.
Sauf que, si c'est ce genre de compétence que vous cherchez, vous pouvez l'apprendre gratuitement avec des tutos sur youtube, en répétant les phrases toutes faites jusqu'à ce qu'elles rentrent. Si c'est ce que vous voulez pour un voyage, pas de souci, c'est légitime. Mais ce ne sera pas vraiment parler une langue, puisque vous serez incapables de lire les panneaux, de poser des questions et de comprendre les réponses. En tout cas ce n'est clairement pas mon objectif.
Là on est encore à la limite de la légalité sans tomber dans la vraies escroquerie.

Et ces sociétés peu scrupuleuses jouent exactement sur ça, l'envie d'arriver à un résultat sans effort, en promettant monts et merveilles contre (beaucoup) d'espèces sonnantes et trébuchantes. Quand elles ne clament pas que leur solution est la meilleure : les bandeaux publicitaires " elle a appris 2 langues en 2 heures, les professeurs de langue la détestent" " arrêtez de prendre des cours delangues longs, chers et sans résultats, les professeurs de langue vous mentent". Ca c'est 100% de l'arnaque, vous ne reverrez jamais vos sous ( plus de 200 euros a priori). De plus déniger le travail de professionnels en les accusant d'arnaquer, pour mieux vous vendre du rêve, c'est exactement le discours qui doit alerter. Quelqu'un d'honnête va à la limite dire " j'ai une autre méthode qui vous conviendra peut être mieux", mais pas " les sécialistes vous mentent". Ca cest presque LA phrase tympe de la tenative d'hameçonnage.

Et je ne parle pas en tant que prof, puisque je ne le suis pas, mais en tant que quelqu'un qui apprends les langues, a testé beaucoup de méthodes pour se concocter la sienne, mélange de tout un tas de choses, et qui est prête à expliquer gratuitement comment elle procède à qui est intéressé.
La solution miracle c'est " implique toi, multiplie les sources, passe du temps, ne te contente pas de ce qu'on te donne en cours, le prof te mets sur une voie, mais il faut que tu la suive toi, il n'y a PAS de secret"


Et il y a les remarques moins agréables:

Je commence gentiment:

"l'allemand, c'est tellement rude", quand ce n'est pas " l'allemand c'est tellement moche".

 Effecivement si ta référence de l'allemand, c'est uniquement celui aboyé par les caricatures dans les films de guerre ou que tu l'as appris avec Papy Boyington.. Va essayer d'écouter les Lieder de Schubert par Dietrich Fischer Dieskau ou Elisabeth Schwaerkopf ( oui comme la marque de shampooing 😑) et on en reparle.

On peut penser que..

Tu es vu comme un dieu dans ton pays parce que tu parles plus de 2 langues...
Mouais pas en France, avec un monolinguisme d'état valorisé


Mais en général c'est plutôt ça qui se passe : Les questions ou affirmations dites en général avec le petit ton supérieur qui ne me donne pas du tout envie d'être sympa.

Mais combien de langues tu as besoin de savoir?


Genre: tu n'es pas obligée, tu perds ton temps, tu pourrais faire mieux que ça.
NON!
En revanche tu pourrais faire mieux que juger mes centres d'intérêt, par exemple aller jouer aux billes sur l'autoroute.

Quelle langue tu as dis que tu apprenais, déjà? Mais pourquoi, Ca n'a aucune utilité.
Personne n'a jamais dit que je devais choisir les langues en fonction d'un critère pratique.

En gros, jusqu'à "Pourquoi?" pas de problème. c'est légitime de poser la question, quand c'est fait sans a priori. Par contre pour le jugement sur l'utilité, tu vas aller rejoindre ton petit camarade sur l'autoroute.

Mais pourquoi tu apprends CETTE langue, ça ne sert à rien!

Il commence à y avoir du monde sur cette autouroute non?

Pour préciser, celles là, je les ai entendues souvent. Trop.  Quand elles ne sont pas accompagnées de conseils du genre " tu ferais mieux d'apprendre l'anglais, ça au moins c'est utile" prigué par quelqu'un qui a un niveau A2 en anglais le plus souvent.
A quoi je réponds " yes indeed, but, you know, my level is B2, it means that I already speak english way better than you do.. ho, and please, go play with marbles on the highway"

Concrètement la question de l'utilité, je l'ai eu au sujet de l'Allemand ( langue officielle ou Co-officielle en Allemagne, Autriche, Belgique, également connue au Luxembourg, aux Pays-Bas, au Lichtenstein, en Suisse, que j'ai parlé en Turquie au bazar...) et qui est probablement la première d'Europe en nombre de locuteurs...
Bizarement, dans ma région Provence, on ne la pose pas à ceux qui apprennent l'italien, pourtant bien plus limité en nombre de pays qui le parlent et de locuteurs.

J'ai eu la même question à propos du Russe ( ça sert à quoi? ben le russe fait partie des 8 langues les plus parlées au monde et est encore souvent véhiculaire dans les anciennes républiques soviétiques, et non l'URSS n'existe plus depuis 30 ans, et si tu ne sais pas ce qu'est une langue véhiculaire, je te propose d'aller le vérifier, toi aussi, sur l'autoroute) et du Japonais.

Je vous livre la question d'une ex-collègue, A. à mon retour du Japon . Parce que c'est l'occasion: " haaa tu as mangé des nems? - euh, non les nems c'est au Vietnam. Ha bon, ben Nihao alors.  - Ah non, bien tenté, mais c'est en Chine qu'on dit ça.  - et c'est pas pareil? je veux dire au Japon, on parle chinois non?"
(j'ai presque eu envie de lui expliquer que même en Chine on ne parle pas " chinois", mais rentrer dans le détail du cantonais, du mandarin, etc... comment dire. elle était gentille mais n'avais pas le niveau)
Enfin, c'est moins pire que l'autre collègue qui m'a dit qu'apprendre le Russe était nul et sans intérêt, apprends l'anglais blabla...


Autant dire que s'embarquer avec des gens comme ça sur le fait qu'une langue n'est pas seulement une langue, mais un fait culturel, que tu ne t'intéresse pas seulement à la langue mais aussi aux) pays où elle est parlée et aux gens qui la parlent, que tu ne perds pas tu temps à apprendre une langue mais que tu gagnes des informations sur un pays...  je cite l'excellente chaîne " Défakator" " haa la tristesse, quand les notes de violons sonnent mouillées et sentent l'asperge "alors que vous essayez d'expliquer quelque chose à quelqu'un de particulièrement borné.
Il va sans dire que quand les choix sont encore plus confidentiels (je pourrais aussi bien apprendre le tatar ou le bashkir, vu que j'ai des potes de cette origine). Autant dire que peux de gens, et surtout pas ceux de mon travail, savent que j'ai décidé d'apprendre le géorgien, sinon je n'en aurais pas fini.

Ou les langues anciennes/ mortes:
Apprendre le latin ou n'imorte quelle langue morte:
- mais plus personne ne le parle!" "parce que j'ai l'air de m'en soucier?"
Dédicace à Maryse et Véronique qui apprennent le vieux-norrois pour le plaisir. Team grec ancien par choix et latin par obligation ici :) Et je ne parle pas de ceux qui choissisent une langue régionale, encore plus mal vue par la mouyenne des gens que les langues mortes. dire qu'on apprend le latin, ça fait intello. Dire qu'on apprend l'occitan, ça fait encore un peu hippie du Larzac coincé dans les années 1970. Dire qu'on apprend l'arpitan, c'est s'exposer à un " mais c'est pas une langue ça!"

A toi qui vient de faire cette remarque, sache que depuis l'autre monde, Georges Dumézil t'observe et te juge:
Dédicace à Georges, mon idole. Lui et moi avons un point commun.
Et ce n'est pas le goût des langues mis plutôt le sens très personnel du rangement.

Bon, il y aura d'autres problèmes, j'ai encore à dire..

qui vient ici?

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et encore un an après :D

 Décidément, je suis peu productive depuis 2 ans. Est-ce que ça veut dire que je ne fais plus rien en lien avec les langues? Pas le moins du...