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mercredi 7 juillet 2021

retour sur la "Goldlist" un an plus tard - bilan n°2

 Parce que j'ai tenté ce système de mémorisation l'été dernier, c'est l'occasion ou jamais de faire un point.

J'avais parlé de la Goldlist ici  méthode pour laquelle j'avais fait un premier bilan en août.
J'en pressentais alors les limites dans mon cas, j'ai continué ce système jusqu'en octobre, au moment où les cours à l'université ont vraiment recommencé et où j'ai du apprendre du vocabulaire spécialisé d'une semaine à l'autre.

Donc qu'en est-il un an après?

- Je confirme que ce système n'est pas pour moi dans sa forme première. Je ne suis pas la seule.

- Le problème est qu'il prend beaucoup de temps, puisqu'on fait des listes qu'on ne revoit que tous les 15 jours. Ca va pour un apprentissage "extensif", pas lorsqu'on doit savoir du nouveau vocabulaire d'une semaine à l'autre.

- Paradoxalement, une fois dépassé le premier mois,  les choses se compliquent, et demandent un agenda digne d'un lancement de la nasa pour arriver à suivre: Premier tri au bout de 15 jours, second au bout de 1 mois, 3° au bout d'un mois et demi, 4° au bout de 2 mois. On se retrouve donc un beau jour à faire le tri de 4 listes différentes en même temps. Même si certaines phrases sont supposées acquises, il n'en reste pas moins que les 10 minutes de départ deviennent progressivement une heure nécessaire. donc soit il faut arrêter d'apprendre du vocabulaire le temps d'évacuer le précédent. Ca ne devient plus tellement intéressant au niveau B1/B2=> le vocabulaire de base est su, la syntaxe de base aussi, donc on ne peut plus trouver que des phrases trop compliquées, et du vocabulaire spécialisé qui mérite d'être revu plus souvent que tous els 15 jours.
Le russe n'était pas la meilleure langue pour tester la méthode: mon niveau est trop avancé, les phrases qui deviennent intéressantes sont souvent longues et journalistiques, et je connais trop de synonymes. Donc le nouveau mot ne s'insère pas dans ma mémoire avec si peu de révisions, ce sera toujours le premier synonyme appris qui ressort.

- Ma propre mémoire est auditive et kinesthésique, j'ai besoin de réécouter les mots et les phrases bien plus souvent. Le défaut de la méthode est d'être purement écrit - même si on dit à voit haute ce que l'on écrit - donc on va bien écrire et lire... mais peu parler => méthode complémentaire uniquement.
Je retiens mieux ce que j'entends, donc un système de cartes flash avec son,  à voir tous les jours ou au moins plusieurs fois par semaine est bien plus adapté pour moi.

Néammoins, la personne (et homonyme) chez qui j'avais trouvé ce système disait que lorsqu'elle revenait à ses listes, un an plus tard, il lui en restait environ 30% en mémoire.

Donc vérification, j'ai ressorti mes listes de l'an dernier. Il m'en reste en effet environ 30%, mais, je tiens à signaler, que:


- j'ai intégré certains mots aux cartes flash, donc je les ai revus entre temps.
- D'autres mots ou tournures compliquées sont réapparues via des cours = ce qui était nouveau il y a un an ne l'est plus, je l'ai revu dans d'autres contextes.
- J'avais listé différentes sources: extraits vidéos, articles en ligne sur ma vedette favorite, extraits de cours de grammaire, de cours généraux etc... Je témoigne donc du paramètre affectif: ce qui m'est revenu le plus sont les articles sur la vedette. Ben oui, je l'aime bien, ce gars-là, et j'admire son travail. Donc en savoir plus (non pas sur sa vie privée dont je me fiche totalement) mais sur sa carrière, ses activités professionnelles, ses avis sur l'art en général m'intéresse bien plus qu'une phrase un peu artificielle de cours quelconque (au point que lorsque j'ai retrouvé ailleurs certains de ces mots je me suis dit " ha oui, ça je connais, c'était dans un des articles sur le grand Niko")

Est-ce que tout est à laisser de côté? NON , absolument pas. Surtout le fait de réécrire régulièrement.
Je vais tenter de refaire ça à ma sauce. Parce que le critère majeur de la méthode est de ne pas retoucher aux listes pendant 15 jours, or c'est exactement le point de friction pour moi.

Je ne me lasse pas de cette blague, donc, un petit fanart de mon chevalier tutélaire, en armure.
Yep, je mets mon armure et je suis parée pour affronter les listes de vocabulaire.

- Pour le russe, j'ai repris les premières listes, et constaté que l'apprentissage fait par ailleurs en un an me permet de retrouver environ 1/3 sans problème majeur, un peu plus d' 1/3 de manière imprécise (synonymes ou approximations ) et moins d'1/3 pas du tout. Mais difficile de jauger de ce qui est une souvenir d'un an en arrière (j'ai du mal à me souvenir ce que j'ai fait la veille), ou de ce qui est le processus d'apprentissage de l'année. Mais bon, le fait que je me dise" ça, je l'ai vu là", prouve que les deux ont joué: je me souviens sur le moment avoir vu ça dans tel contexte, et je peux le réemployer, donc un an après, ça a été réactivé. Si je m'étais contentée de lire la ressource sans rien noter et faire l'éffort dy réfléchir à nouveau, ça serait passé à l'as.

Je vais donc récupérer des 2/3 non fixés et en refaire des listes. Mais, en corrélation avec les cartes flash: en clair, carte flash pour le mot isolé, et phrase entière pour la liste.
- je vais ventiler mes listes non pas tous les 15 jours mais régulièrement. Parce que le problème majeur de la carte flash est qu'une fois écrite ( que ce soit sur papier ou numériquement), on se contente de la réviser sans réécrire et ça, c'est le problème. On verra si ça fonctionne mieux.

Et je vais essayer ça aussi avec le géorgien, qui est hors apprentissage scolaire, et pour lequel je pars de zéro donc, je n'ai aucune pression, aucun délai, je peux me permettre un apprentissage plus étalé dans le temps.
J'ai prévu le carnet de vocabulaire pour les mots isolés, à revoir très régulièrement, idéalement tous les jours => je vais régulièrement le trier pour en sortir les mots acquis et ne revoir que ceux qui posent problème, en les réécrivant.
J'ai un cahier à feuilles mobiles: je peux donc insérer le nouveau vocabulaire au fil de l'eau dans le carnet de mot et théatiquement sur les feuilles mobiles. Inversement, je sors des mots triés par champs sémantiques ( et vus une seule fois) pour les apprendre de manière plus systématique.

J'ai prévu un autre carnet pour faire des séries de 10/12 phrases à la base de ce vocabulaire => a revoir un peu moins souvent , à trier et réécrire itou.  Formules figées, expressions, mes propres phrases... ( pas envie d'apprendre à dire " Kevin est américain il enseigne l'anglais à Tbilissi", je m'en fiche, par contre " je suis française et je parle telle et telle langue. J'apprends le géorgien depuis un mois et je le parle mal", c'est déjà plus pertinent..
En fait, une base de données de phrases de présentation à enregistrer des que possible pour faire corriger par des natifs, avant de me jeter à l'eau d'une vraie conversation en tandem.

Je sais que certains préfèrent discuter dès le jour 1 de leur apprentissage, d'autres attendent plusieurs années.
Je suis entre les deux: il m'a fallu un mois rien que pour l'alphabet, laissez-moi le temps d'apprendre au minimum quelques phrases pour me présenter et parler de mes loisirs, discuter c'est bien, avoir quelque chose à dire. Je ne vais pas parler de Kevin qui achète du pain dans une boulangerie de Tbilissi, ou téléphone à ses potes quand même :D.

Donc oui c'est beaucoup de travail d'apprendre les langues, facilement une heure par langue et par jour.
Si on veut le faire sérieusement.

lundi 10 août 2020

La goldlist : premier bilan

Donc petit retour vite fait au bout de plus d'un mois d'utilisation. J'ai donc commencé le 21 juin, nous sommes le 10 août.

J'ai décidé de bloquer ma liste à 400 occurrences ( officiellement, en fait probablement 420, car je me suis plantée dans ma numérotation) réparties sur 33 listes.

J'avais commencé à 15 phrases par liste, je suis passée à 12 puis 10, au fur et à mesure que le temps de révision s'accumulait:
- à 15 jours - 30 jours : Création des listes 16 et suivantes et révision des listes 1 à 14.
- à 31 jours et suivants : révision des listes 16 à 30 et en même temps , deuxième révision des listes 1 à 15 tout en continuant à en créer..

Ca devient vite trop compliqué, et pendant quelques jours j'ai donc eu: créations de listes, révisions de 3 listes différentes.. donc pause dans la création. Et de toutes façons, je n'aurais pas trouvé indéfiniment de la matière à ajouter, car je n'avais pas assez de temps pour fouiller le net pour ça.
en ce moment je suis en stage intensif de russe. A l'issue du stage, j'aurais à nouveau de la matière à ajouter je pense, mais pour l'instant, je me contente d'évacuer celles déjà faites. D'autant que là, je dois apprendre le nouveau vocabulaire d'un jour sur l'autre ou pour le surlendemain.

J'ai donc à l'issue du premier tri 125 phrases retrouvées sans erreur sur plus ou moins 420. Ca fait 29, 75 % en gros, un tout petit peu moins que les 30 % attendus, mais pas si loin. Ce qui est une bonne surprise car avec mes phrases du genre "le précédent directeur a été renvoyé rapidement", " bien qu'il ait outrepassé le règlement, il s'est avéré le meilleur choix possible à un poste de direction" ou " la carrière de l'artiste a atteint des sommets", on ne peut pas dire que ce soit du vocabulaire de base.

J'ai par contre déjà procédé à une petite modification, par exemple " poste de direction" " le directeur a été renvoyé" ou "s'avérer quelque chose", il y a plusieurs manières de le dire.
Ce sera toujours la plus simple que je connais qui me viendra, or j'ai sélectionné la phrase soit pour le synonyme qui ne veut pas rentrer dans ma tête, soit juste pour une tournure ou un emploi de cas en particulier, où, là, peu importe le synonyme. Dans ce second cas, on va dire que c'est bon.

Donc on va dire que je suis assez stricte sur la justesse pour les 4 premières séries de tri, et d'ici le 16 août, premier tri pour la liste d'argent, j'aviserai si je maintiens la phrase telle quelle si j'accepte une autre tournure ou si je la retire. Pour le moment je n'en ai retiré qu'une vraiment peu utile.

A donf', combative pour la liste d'argent!
Mmmm je me moquais précédemment de la tenue " gym tonique"du chevalier du cygne, mais effectivement,  tout le monde avait droit à sa tenue de sport années 80


Autre modification: quand au bout de 2 tris, je bute encore sur les mêmes mots, qui ne veulent pas rentrer, c'est qu'il y a un problème et qu'ils sont trop ardus pour être mémorisés en ne les voyant qu'une fois tous les 15 jours.

"expressivité "ou " souplesse" sont entrés au bout de la troisième fois parce que je les ai retrouvés dans plusieurs textes entretemps et qu'ils se sont  imprimés dans ma mémoire. D'autres refusent obstinément d'y entrer.
Ca veut donc dire que ce n'est pas la tournure mais bien le mot qui pose souci, j'ai donc récupéré ces mots pour les intégrer à Mosaligua et les revoir régulièrement indépendamment du contexte. Je me trouve donc avec 2 synonymes possibles mais connus. Parce que dans un tel cas, le second synonyme ne me restera pas en mémoire quoi que je fasse.

Je m'en doutais un peu. Pour moi la répétition espacée type Mosalingua AVEC LE SON est bien plus efficace en fonction de mon type de mémoire. De même que le classement par racines. J'ai besoin de comprendre la logique qu'il y a derrière des mots qui paraissent complètement arbitraires.

Par exemple, j'ai eu un mal four l'an dernier à mémoriser " déception" : разочарование.
La logique du mot s'est éclairée quand j'ai appris " charme " (oui oui au sens le plus basique " ce monsieur a un charme fou" par exemple) очарование. La déception c'est donc très exactement " ce qui a perdu son charme" ( avec préfixe " coupure, perte, disparition, séparation")
Mais, il y a quelque jour, nouvelle révélation чар est un vieux mot sorti d'usage qui signifie " oeil". Donc
очарование. = agréable à regarder
разочарование = ce qui cesse d'être agréable à regarder
Et ça c'est exactement la manière donc je fonctionne


Certaines phrases que j'avais retrouvées sans problème du premier coup ont été entretemps totalement oubliées, donc la méthode ne me convient pas entièrement dans sa formule de base. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne conviendra pas aux autres. Ou même à moi, pour l'utilisation de cas ou de tournures spécifiques par exemple dans un cadre ou je connais tous les mots de la phrase et où j'ai juste besoin de mémoriser un exemple en contexte.

Mais pour apprendre réellement du vocabulaire, ce n'est pas la meilleure solution pour moi. En tout cas pas pour une langue qui exige de gérer à la fois les cas, les formes verbales et leurs aspects, des dizaines de préfixes avec des nuances parfois aussi infimes que " sortir à l'extérieur d'un bâtiment"ou"sortir en traversant une autre pièce", " contourner quelque chose" ou " tourner autour"  et le vocabulaire.

Donc une fois passés les deux premiers mois , et une fois surtout ma formation finie, je verrai comment je vais réadapter la chose à ma situation. Peut être ne garder la liste que pour les choses que je sais déjà et que je veux réactiver de temps en temps.

De fait le problème vient que je DOIS, je n'ai pas le choix, faire travailler ma mémoire à court terme, répéter tous les jours du vocabulaire. Et en même temps, faire passer des données en mémoire à long terme. Deux systèmes différents qui travaillent à plein régime, je n'ai pas le loisir de prendre mon temps. Et donc deux onglets ouverts en même temps ça ralentit le processeur. Et il y a de l'écrasement de données au passage.

Quand le stage sera fini, d'ici 5 jours, là, ce sera plus tranquille et je pourrais enfin défragmenter le truc dans ma tête sans risquer ça:

dimanche 21 juin 2020

copier des lignes n'est plus une punition ! ( La liste dorée)

Et oui, en fait c'est même le principe de cette méthode de mémorisation que je teste:

La liste dorée.

Alias Goldlist pour la communauté polyglotte, mais dans mon cas ce serait plutôt " золотой список" et ça me pose un problème d'immersion de donner un nom anglais à ma liste franco-russe.
Donc la liste dorée/ liste d'or. En fait, elle va commencer comme une liste de bronze, qui deviendra une liste d'argent avant, éventuellement, si nécessaire de devenir une liste d'or.

Et comme je ne peux pas m'empêcher ce genre de comparaison, en tant que très grande fan de Saint Seiya, ben voilà, la liste de vocabulaire, c'est Seiya, qui commence chevalier de bronze avant de pouvoir briguer le statut de chevalier d'or du Sagittaire. ( bon, pas tout à fait, il n'est pas passé par l'étape " chevalier d'argent")

Choisissez votre héros en fonction de leurs langues :  d'un point de vue linguistique je devrais choisir Hyôga, le russe de l'équipe (le lac des cygnes en version givrée) mais d'un point de vue baston, je choisis quand même Ikki, le phénix ( bon en cherchant bien, l'oiseau de feu, Stravinsky, ça va, c'est raccord)

Ahem, je m'égare.
Revenons donc à nos moutons (ou bélier?).

évidemment dans mon cas, c'est donc obligatoirement l'armure du bélier qu'il me faut conquérir. En plus avec la cape de super héros, ça m'ira bien. Je vais par contre éviter la teinture violette. Au fait le personnage vient de l'Himalaya et parle donc probablement tibétain ( en théorie). Enfin, si par convention, tout le monde ne parlait pas couramment japonais dans les mangas ou anime.
La liste dorée, je l'ai découverte très récemment, via mon homonyme Lydia Machova, interprète de profession, polyglotte par passion, qui l'utilise elle-même.
 
Il s'agit en fait d'une variante de la répétition espacée, mais version papier.
La répétition espacée je l'utilise déjà pour l'allemand et pour le russe, via Mosalingua et Anki, dans une moindre mesure. Anki offre plus de liberté dans la gestion des cartes de vocabulaire, mais Mosalingua a l'avantage de pouvoir travailler avec la voix de synthèse de la tablette, sans avoir à aller chercher la prononciation d'un mot en ligne et à l'intégrer manuellement à la carte, comme c'est le cas sur Anki. Et pour moi qui ait une mémoire auditive, c'est très important d'avoir accès au son.

Mais d'expérience je sais que si je veux apprendre des phrases longues comme j'ai du le faire au second semestre... 120 phrases de thème du type "ces études ont servi de base dans le cadre de la signature des accords de Moscou au sujet de l'interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère", en russe, à mémoriser.
Et bien dans ce cas là, son intégré ou pas, les phrases sont trop longues pour mosalingua, et même en les divisant en plusieurs parties - ce qui n'est pas toujours possible - c'est la galère. La voix de synthèse débite tout ça à la hache. Elle est adaptée pour des phrases courtes, pas de 3 lignes.
De plus l'important ici était plutôt de mémoriser des exemples de tournures idiomatiques ou des phénomènes grammaticaux avec des exemples, tirés d'articles politiques, scientifiques, économiques. Le but n'est évidemment pas de les ressortir en conversation, plutôt de les mettre dans un coin de la cervelle en cas de nécessité " traduction". Pas de pouvoir les ressortir en conversation comme si je j'enregistrais l'explication d'un reportage sur ARTE.

Et là, découverte de cette méthode, à adapter à ses besoins
  • Le matériel et le mode d'emploi

Il s'agit donc de se munir d'un carnet, d'un stylo, d'une source et...c'est tout.
Comment ça marche? Voilà une petite vidéo (en anglais) illustrée . Et je note de suite que l'auteur et moi sommes sur la même longueur d'ondes geek.


Conseil de Lydia Machova: choisir un carnet qui vous plaît, le décorer, le rendre attrayant pour avoir envie de l'utiliser tous les jours. Bon c'est le cadet de mes soucis, j'aime les choses sobres, à la limite de l'ascétique.

Sobriété!
J'ai pris un GROS carnet que j'avais, acheté en Belgique.
Parce que: pages détachables, je pourrai au fur et à mesure, en retirer des pages et les classer ailleurs quand elles n'auront plus qu'une fonction d'archive.
Parce qu'il est très épais et muni d'intercalaires, je vais donc pouvoir le diviser en trois pour chaque étape, et avoir les listes de bronze, d'argent et d'or dans le même carnet. Je peux même en créer une 4°, qui sera donc logiquement une liste divine ( puisque au dessus de l'armure d'or, le graal c'est l'armure divine), mais j'espère bien ne pas en avoir besoin, ce serait à désespérer de ma mémoire.
Mon carnet est donc banalement fonctionnel, sans fioritures.

Mais il est de format  A5. C'est un peu petit mais pour moi suffisant car.. je n'ai pas l'intention d'y entrer 25 mots par jour. Mon niveau de russe est maintenant plus qu'intermédiaire, et ce ne sont plus les mots individuels ou les courtes phrases qui posent problème, mais certains emplois particuliers, tournures précises, subtilités.. qui ont du mal à rentrer.
J'ai donc décidé de me limiter à 15 entrées par jour.. mais des phrases plus longues. Pour les phrases très courtes ou les mots individuels, ils continueront à alimenter Mosalingua, quitte à servir ensuite de base pour les listes dorées
  • Comment ça se goupille tout ça?
Chaque liste va nécessiter une double page en face à face. 

schéma trouvé ici
Ca parait un peu technique au départ, mais c'est très simple, quand on a compris l'idée.

En haut de la page 1, on inscrit la date, éventuellement la ou les sources, et en dessous la liste de mots/phrases numérotés, en laissant à peu près 1/3 de place vide en dessous ( s'il y a 30 lignes sur la feuille, par exemple, on en laisse 10).

L'idée est donc de revenir à une liste tous les 15 jours et SEULEMENT tous les 15 jours, sans les revoir entretemps, pour la "distiller".

Prenons la Liste 1 a priori, sans l'avoir revue et au bout de 15 jours, on devrait être capable de se souvenir d'environ 30% donc l'idée est 15 jours après, de cacher la liste en langue cible, et de tenter de la réécrire à part, pour voir ce qu'il en reste, en se basant sur la traduction française pour moi
On coche comme acquis ce qui a été retrouvé sans effort et.. on réécrit en face en haut de la page 2 ce qui n'est pas acquis.
Dans mon cas 15 phrases, je devrais donc arriver à retrouver sans trop d'effort environ 4 ou 5 phrases, et donc n'en avoir plus qu'une dizaine à écrire.

Et pareillement, on laisse le bas de la page 2 libre. C'est là où sera inscrite la distillation suivante.

Et 15 jours plus tard: même principe, réécriture dans la partie basse de la page 2.
30% de 10, ça devrait donc me faire 7 phrases non mémorisées à réécrire.
Et vous devinez ce qui se passe 15 jours plus tard?
Retour à la page 1, dont le bas avait été laissé libre (de fait, on fait le tour de la double page dans le sens des aiguilles d'une montre), pour y inscrire les phrases encore non acquises après la 3 tentative.
Toujours dans mon exemple 30% de 7 phrases, ça fait 4 ou 5. Disons 5 pour la facilité

Que faire de ce reliquat?
-soit décider de virer de la liste ce qui n'est pas si important après réflexion, pourquoi pas
-soit inscrire ces 5 phrases dans la liste d'argent 15 jours plus tard pour la 4°distillation.

Et rebelote, la liste d'argent n°1 sera donc composée des reliquats des 4 ou 5 premières listes de bronze, selon ce qu'il en reste
Qui vont donc, à leur tour,  tourner pendant 2 mois sur les 4 zones des pages dédiées.
Avant d'aller s'il le faut en liste d'or. Ce que je préfèrerais éviter, car quand même, au bout de 8 réécritures, ça devrait être entré cette affaire-là!

Voilà un exemple:

Oui, je sais j'ai une écriture en pattes de mouches, mais rien à y faire, je vous jure que je me suis appliquée.

aujourd'hui, j'ai choisi des phrases tirées de mon cours de version qui contiennent des choses que je veux retenir ( un attentat contre quelqu'un, une forme atténuée de l'impératif, une exception contre-intuitive lorsqu'on a appris les règles, un synonyme d'un mot déjà connu...). On devine que j'ai déjà écrit juste en dessous au crayon gris, la date de 3°révision pour ne pas me casser la tête à savoir quand je dois y revenir.
Donc pour l'instant exit les longues listes de phrases économiques ou politiques de 3 lignes ( "le gouvernement chinois a pris la décision de détourner le cours de ce fleuve afin d'assurer l'approvisionnement en eau de la région sud-ouest, qui connait une forte croissance économique", j'ai dû apprendre ça pour l'examen 😭) même si je risque prochainement d'alimenter mes listes avec QUELQUES phrases du cours de thème, moins absurdes que d'autres, ou plutôt moins spécifiques à une situation précise.
  • Pourquoi attendre 15 jours?
En fait, la simple répétition espacée type Anki ou Mosalingua vise à faire passer les données de la mémoire à court terme à la mémoire à long terme progressivement, à force de les revoir souvent les premiers jours et de moins en moins fréquemment.

Mais je sais d'expérience que ça ne marche pas pour les longues phrases qui n'ont même pas le temps de rentrer dans la mémoire à court terme. L'idée de la liste dorée est de faire entrer les données directement en mémoire à long terme. En gros, inscrire tout ça directement sur le disque dur, et non seulement en mémoire tampon.
Donc on va tester ça, en association avec la répétition espacée, pour voir si ça ne serait pas une solution, pour ces phrases et ces mots qui malgré des dizaines de répétitions espacées, refusent obstinément de rester ancrées (parce que j'ai 4 synonymes pour " permettre" ou " s'inquiéter" et que lorsque le logiciel me demande " permettre" ou s'inquiéter", soit c'est la loterie pour savoir lequel choisir, soit j'en retrouve 3.. et il voulait le 4°.)

Là, je choisis mes phrases en contexte, un contexte choisi par moi donc plus intéressant. Et notamment parce que je note la source que j'ai vue en amont, que je sais de quel article il s'agit, au sujet de quoi et de qui, et que justement quelqu'un dans le fil de discussion a rebondi sur cette phrase pour dire que à tel moment il y a une imprécision... il y a plus de chance que ça s'ancre quelque part.
Apparemment ça doit fonctionner, bien que je n'en sois pas encore aux premières distillations, j'ai périodiquement des mots et phrases qui"plopent"aléatoirement dans ma tête.

L'inconvénient, par contre vous le voyez de suite,c'est un travail de LONGUE HALEINE qui dit "mémoire à long terme " dit "coût cognitif" et nécessité de faire les choses lentement et bien. Ce n'est clairement pas la méthode qu'il faut pour un débutant qui veut ou doit apprendre rapidement beaucoup de vocabulaire simple, mais pour quelqu'un comme moi, qui aime aussi travailler en profondeur et sans me presser, ça peut valoir le coup.
Parce que ça veut aussi dire beaucoup d'organisation et de travail en amont pour rechercher les sources, avoir toujours un carnet pour noter vite fait des choses et les recopier ensuite, prévoir tous les jours un créneau pour inscrire les nouvelles listes et au bout de 15 jours un créneau pour revoir les premières. Et au bout de 30, il y 2 listes à filtrer, etc..

Ce qui veut dire soit

- y passer le double de temps au quotidien
- baisser le nombre de nouvelles phrases quotidiennes si le temps n'est pas extensible.
- accepter de ne plus inscrire de nouvelles listes, le temps de faire tourner un peu les précédentes.

Dans mon cas je pense que je vais opter pour cette troisième solution, car je vais intégrer une formation intensive à distance d'un mois en russe entre mi-juillet et mi août. Réviser les acquis sera toujours possible, mais apprendre de nouvelles choses beaucoup moins. Par contre à l'issue de la formation, j'aurais sûrement plein de matériel à y intégrer.

L'intérêt je pense de cette méthode est sa flexibilité. Déjà, comptez: 15 phrases sur 10 jours, ça fait 150. Sur un mois on arrive à 450. Donc déjà quelque chose d'inespéré (surtout lorsqu'on n'est plus débutant et qu'il devient de plus en plus difficile de trouver du matériel nouveau en grande quantité)  si ça s'imprime bien durablement dans le cerveau.

et pour ne pas me prendre la tête avec les dates, je replie la dernière page, et hop un petit post-it avec la date, le contenu et les 3 dates prévues de révision ( évidemment si un jour je suis malade ou complètement débordée, ça décalera, le tout étant de ne pas les relire avant.Mais si c'est 15 jours ou 3 semaines après, ce n'est pas trop un problème en fait)
  • Précautions d'emploi
Evidemment, à part d'avoir vraiment beaucoup de temps, puisqu'il s'agit d'un travail en arrière-plan, même en ayant peu l'impression d'en faire, le cerveau mobilise son disque dur.
Donc si on apprend plusieurs langues en même temps, ce qui n'est pas recommandé tant la méthode va être exigeante en temps, et doit se combiner à de la recherche et de la pratique à d'autres niveaux, on arriverait vite à quelque chose d'ingérable.

Mais si vraiment c'est votre idée, les conseils habituels valent toujours:séparer les moments dédiés à chaque langue, faire des pauses et bien sûr avoir un carnet différent pour chaque langue. Ne pas mélanger les langues dans un même carnet, c'est la règle numéro 1.
  • Alors qu'est-ce que j'y ai mis?
-des phrases et des tournures issues de films, vus dans le cadre d'un autre cours et que je n'avais pas eu le temps d'apprendre pendant l'année. Maintenant c'est l'été et j'ai plus de temps pour travailler en profondeur et sans dates butoir. ( source native)

- des phrases grammaticales issues de mes autres cours, comme c'est le cas aujourd'hui. ( source adaptée)

- de choses intéressantes glanées au fil de mes traductions amateur et de mes lectures. ( source native)

-des phrases et des tournures issues des commentaires sous des vidéos youtube, extraites d'articles en ligne, et des commentaires qui vont avec. ( source native)

Vous voyez que je mets un maximum de sources non adaptées, c'est la clef une fois au niveau intermédiaire. Il n'y a pas d'autre choix que de quitter peu à peu ce qui est fait spécifiquement pour l'apprentissage.

Ca peut même être intégré dans une démarche plus globale.

Par exemple, voilà ce qui s'est passé ce printemps: pendant le confinement le théâtre du Bolchoï a proposé des spectacles en ligne, et, si je connais assez bien l'opéra et un peu le théâtre, il y a un type de spectacles, méga populaire en Russie et qui fait donc partie de la culture, auquel je ne connais vraiment presque rien: la danse classique. La danse moderne ça va à peu près, j'en ai fait, j'ai des souvenirs, mais la danse classique a toujours été le grand flou pour moi.

Et, alors que je n'avais jamais trouvé un angle d'approche, je suis rapidement tombée sur UN artiste, danseur et chorégraphe, dont le talent m'a convaincue, qui a attiré mon attention dans le sens " ouh là, lui, c'est pas n'importe qui, je peux éventuellement envisager de regarder un ballet classique s'il y a ce gars-là sur scène, si ça ne fonctionne pas avec lui, ça ne fonctionnera jamais". Et bien, bingo, sans aller jusqu'à dire que je suis fan de danse classique, je commence à apprécier un peu d'un point de vue "performance sportive et artistique".

J'ai donc décidé que ce monsieur serait ma porte d'entrée vers son art. Tant qu'à faire, autant piocher un des meilleurs au monde, d'autant plus qu'il parle un russe très clair, très posé, à la manière d'un conférencier, qu'il a donné des centaines et des centaines d'interviews, est réputé pour avoir une culture littéraire gigantesque et une expression parfaite et raffinée, bref: un candidat idéal. Oui, j'ai donc confirmation que " ce gars-là, c'est pas n'importe qui"
Sauf qu'avant d'exploiter les interviews, ben, il me fallait avoir une idée de tout ce que je viens de dire et donc, chercher des articles à son sujet, sa carrière, sa biographie,etc.. j'en ai trouvé et.. ouiii, il y a plein de vocabulaire spécialisé, plein de phrases intéressantes. Y compris chez les fans qui commentent.

J'ai donc glané des choses comme " je ne rate pas ses interviews, c'est un conteur intéressant et c'est déjà un régal de l'écouter parler" ou " Un bel homme compétent et cultivé: il a vraiment été gâté par la nature". Bon j'ai séché comme ça deux articles, dont un très long, je vais être au top le jour où il me faudra traduire une biographie d'artiste. Je sais maintenant dire " il a été nommé au poste de directeur de blablabla", " fréquenter la bohème","avoir des centres d'intérêts variés et une vaste culture", " avoir de longues chevilles et une bonne flexion/cambrure des pieds " ( ne rigolez pas, j'ai eu assez d'entorses dans ma vie pour connaître l'importance de savoir dire " chevilles" et" flexion" dans toutes les langues), "souffleur de théâtre", " foire", "frimer" ( "il n'y a pas de souffleur pour la danse, si tu foires, tu tombes la tête la première, il n'y pas là de quoi frimer", ce qui est une remarque frappée au coin du bon sens), " il refuse d'exposer sa vie privée à la vue de tous sur les réseaux sociaux" (et encore une réaction pleine de bon sens, au delà de l'expression " exposer à la vue de tous")
Ok, ce n'est peut être pas essentiel, mais comme ça m'intéresse plus que " essais nucléaires dans l'atmosphère"., il y a des chances que l'expérience soit concluante.

Et donc voilà, non seulement je vais en apprendre plus sur un art que je connais peu, "faire connaissance" d'une célébrité locale - alors que je ne connais pas les vedettes françaises -  regarder ce qu'il a fait, écouter ce qu'il a à dire et apprendre du vocabulaire. Un été passé en partie à admirer et écouter "un bel homme compétent et cultivé qui a été gâté par la nature", il y a pire comme perspective
😀

J'ai déjà repéré un chanteur et une chanteuse, des acteurs, des réalisateurs, pour quand j'en aurai marre de la danse. Il va y avoir pas mal d'interviews et de biographies dans mes sources.

Donc effectivement pour en revenir à la liste elle-même, ce sont des expressions avancées et des phrases longues, donc  je vais faire preuve d'un peu d'auto-tolérance du moment que j'arrive à retrouver le noyau de la phrase, celui qui me l'a faite sélectionner. Par exemple si j'arrive à retrouver " nommer quelqu'un au poste de..",peu importe si le mot qui suit est l'un des nombreux possibles pour exprimer "directeur" ou " c'est un régal de l'écouter", je considèrerai la phrase acquise, même si le reste n'est pas exactement tel que dans la phrase d'origine. En gros si je me souviens non des termes exacts, mais de leur synonymes, on dira que ça va.
Car là, je n'en suis plus à de simples mots au sens restreint. Et, je suis de toute façon obligée de passer à la vitesse supérieure et d'apprendre du vocabulaire de tout type, et même dans des domaines dont je me fiche, alors autant commencer par un truc que j'ai réellement envie de voir.
Et j'ai déjà appris et mémorisé un magnifique mot grâce à ces articles: целеустремлённость. La détermination, le fait d'avoir un but et de s'y tenir, de se donner les moyens d'y parvenir. Pas du simple entêtement ou de la simple ténacité. C'est pour moi ça :)
  • Et après?
а потом?(et après)
а потом - суп с котом ( et après, - "une soupe de chat". Expression qui signifie en gros " je ne sais pas, on verra")

Et après, hé bien, là ça fait une dizaine de jours que je fais mes listes.. Je me donne 3 mois pour tester la méthode, j'ai commencé le 12, ma première révision sera donc le 26, on verra donc à ce moment là ce que ça donne. EDIT: au 02/07, j'ai à peu près 25% de réussite sur les premières listes, donc pas loin du résultat attendu, tout en sachant que j'ai corsé le niveau de difficulté. Et je viens de passer à 12 phrases par jour au lieu de 15, parce que nouvelle liste+filtrage d'une ancienne tous les jours, ça commence à demander du temps.

Comme je le disais plus haut la méthode est flexible. Là je suis dans une situation parfaite: pas de travail, liberté absolue de m'organiser. Lorsque je vais faire mon stage d'un mois, j'aurais besoin de toute ma mémoire à court terme pour ressortir des choses d'un jour sur l'autre. Je ne pourrai donc pas intégrer ce que je vais apprendre à cette méthode-là tout de suite. Par contre, a posteriori, oui, ce qui me permettra de m'en ressouvenir plus tard.
Je pense au qu'au bout de trois mois j'aurais déjà une bonne vue d'ensemble des possibilités. Par la suite quand les cours reprendront, j'adapterai, quitte à ne plus garder que 6 nouvelles phrases non urgentes par jour.
Je ne peux décemment pas espérer voir en moins de 15 jours de vrais résultats d'une méthode qui demande 2 mois de mise en place pour faire le tour complet de la première liste. Mais l'idée plait beaucoup à la целеустремлённая que je suis.

Et pour filer la métaphore avec le sujet qui m'occupe vous savez combien de temps d'entrainement il faut à une apprentie danseuse pour envisager de commencer à danser sur pointes? Environ 450 heures de pratique. Plusieurs années passées à se muscler.
Je cite un site spécialisé " Si la fréquence des cours est de deux fois par semaine, et qu’aucune restriction précitée - des limites de santé ou d'âge -  n’est applicable, on peut commencer durant la quatrième année d’entraînement." 4 ans avant d'espérer commencer ce qui pousse la plupart des filles à faire de la danse, les masochistes
.
Ben la mémoire c'est pareil. Il y a des gens qui promettent d'apprendre une langue en 3 mois, c'est l'équivalent d'un cours de danse qui s'arrêterait juste après l'échauffement. Peut-on se dire danseuse alors? Peut-on dire qu'on parle une langue en 3 mois?

Donc, non, pas plus que faire des heures d'assouplissement, copier des lignes n'est une punition pour travail non fait, c'est au contraire un moyen de faire des progrès ( à condition de copier des choses intelligentes et pas 200 fois " j'apprendrais mon vocabulaire tous les jours").
  • D'autres avis?
Tous sont en anglais, c'est pourquoi j'en parle en français. Et j'y reviendrai dans quelques temps pour évaluer mon résultat.

Ici, Huliganov.tv lui a consacré une série d'articles très complets.
Expatden explique son expérience avec cette méthode.
Eurolinguiste n'est pas convaincue, non parce que la méthode ne lui convient pas en elle-même, mais par manque de temps, mais, et c'est ça qui est intéressant, elle explique comment elle l'a adaptée à ses propres besoins.

Donc allez-y faites brûler votre cosmos linguistique, ou faites un grand écart entre deux langues  si vous préférez la chorégraphie à la baston en cette journée de fête de la musique.
Voire les deux à la fois, puisque le chevalier du cygne ne peut pas s'empêcher de danser avant d'aller à la castagne. Avec en plus la tenue " gym tonic "des années 80  j'ai beaucoup de mal à le prendre au sérieux, le vilain petit canard 😂
Tou-tou-you-tou, tou-tou-you-tou!

jeudi 28 novembre 2019

Séries et langues étrangères: apprendre en regardant des vidéos

J'ai parlé il y a quelques temps de "langues étrangères et séries" pour mentionner la représentation des langues étrangères, en tant que matière à apprendre, ou ressort comique dans quelques séries TV. On va aborder cette fois l'angle " apprendre une langue VIA un film/ une série"

Il y a quelques semaines Lauriane nous proposait une astuce "apprendre une langue avec Netflix" que je vous relaye ici. L'idée est sympa et permet de ne pas rester passif à seulement écouter la langue.

Attention,  ça ne fonctionne qu'avec Netflix et Chrome.

Je ne suis pas abonnée à Netflix, jusqu'à présent, leur catalogue ne m'a pas tentée, j'ai vaguement suivi la première saison et demi de The Walking Dead avant de décrocher d'ennui.J'ai lâché TBBT  au milieu de la 3° saison, ça tournait trop en rond,et pourtant j'aimais bien l'humour geek de cette parodie de Friends. j'ai regardé l'épisode 1 de la saison 1 de Games of Throne, constaté que la réalisation était magnifique, à faire pâlir pas mal de films, et que...c'est tout ce que j'en retiens. Autant dire que les séries et moi, ça fait 2, surtout quand ça traîne en longueur ( soit dans ma définition deux ou 3 saisons). Je préfère regarder un film.


Et les séries que j'ai vues jusqu'au bout se comptent sur les doigts d'une main, je crois que la dernière est Jordskott, et avant ça Akta Manniskor. J'ai vu enfin l'an dernier Pushing Daisies qui a plus de 10 ans. Quelques séries d'animation japonaise sur Crunchyroll aussi. Point commun:elles sont courtes. Une, deux saisons maximum.Ou, s'il y en a plus, des épisodes de moins de 20 minutes.

Mais voilà,il commence à y avoir des séries russes visibles en ligne. Je vais donc m'y intéresser.
Je viens de finir de voir les 16 épisodes ( oui, j'ai tenu jusqu'au bout,bien que la série ne m'ait pas convaincue à 100%) de Лучше,чем люди. Officiellement diffusée sur Netflix, mais que j'ai vu par des voies détournées en VOSTFR.quand on fouille un peu le net russophone, on trouve des choses.

Donc je mettrais à jour au fil de mes découvertes ici.

Série 1 - Лучше,чем люди. Russe. Anticipation. 2018


Pour un avis très très complet sur la série, ses qualités et ses défauts, c'est là. Je ne vais pas le refaire ici, juste faire un rapide résumé et une approche plus linguistique.

- Les plus
  • SF. Russe. Qui évite les clichés touristiques et n'assène pas son identité à grand coup d'églises à bulbes et de sites incontournables. La série est russe, pour un public russe à l'origine et n'en rajoute donc pas pour flatter visuellement le spectateur étranger qui voudrait voir Moscou. Ca se passe dans une banlieue qui pourrait aussi bien être du côté d'Arkhangelsk, de Krasnoyark ou de Vladivostok. Ou ailleurs, dans un monde... mondialisé. allez trouver une série français sans plans très appuyés de la tour Eiffel pour prouver qu'on est en France.
  • Existe en VOSTF, et probablement d'autres sous-titrages. Sous-titres français bien faits sans fautes, quoique trop polis.
  • Vocabulaire contemporain et argot, il y a des mafieux, des bandits, donc plusieurs niveaux de langues sont représentés (même si, point juste au dessus, ces bandits se vouvoient en sous-titres, sont sacrément urbains, les punks et les mafieux slaves)
  • Une actrice, Paulina Andreeva et un acteur, Aleksandr Kouznetsov qui m'ont bien plu. A suivre.
  • J'ai trouvé pour prolonger mon visionnage une interview de ce dernier, qu'on va je pense revoir assez vite dans d'autres productions, ça me fera quelque chose à lire ( et c'est toujours sympa quand on s'intéresse au cinéma, de lire le point de vue de ceux qui bossent là dedans)
- Les moins
  • Elle est longue. 16 épisodes d'une heure.
  • Le rapport longueur /densité est mal dosé: elle a tendance à trop vouloir aller dans tous les sens et multiplie les ramifications, les sous-intrigues, les personnages pas tous intéressants, à la limite de l'anecdotique pour certains, carrément inutiles pour d'autres et donc on s'y perd vite.
  • conséquence: les bonnes idées sont parfois perdues de vue en cours de route, l'intrigue principale stagne alors que les sous-intrigues vont trop vite. Donc à la fois trop et pas assez.elle aurait gagné à développer MOINS de thèmes parallèles et pèche par la volonté d'en faire trop.
  • Pas follement originale, c'est vrai.
  • Une fin ( toute fin, les 10 dernières minutes) totalement bâclée. Genre la flemme, les pantoufles, oups, faut conclure. Donc conclusion culcul-la-praline pleine de bon sentiments qui fait tache après 16 épisodes à parler de corruption, de collusion entre monde cynique des requins de la finance et de l'industrie et celui non moins cynique des politiciens.
- Le bonus "représentation des langues": un des personnages parle anglais car il va aller travailler en Australie. Le robot principal vient de Chine est est codé en chinois, on voit des hanzi et entend donc à plusieurs reprises parler chinois, et la traduction se fait par oreillettes. Un personnage peut donc parler russe et son interlocuteur répondre en chinois.

- Je conseille?  Evidemment, mais pour les gens qui apprennent le russe. C'est toujours sympa de voir une production récente. Pour les autres, c'est  selon votre tolérance à la SF légère ( on est loin de la  SF pure et dure), aux intrigues à tiroir et aux personnages très nombreux et pas tous indispensables.
Je l'avoue je n'aurais pas tenu jusqu'au bout si ça n'avait pas été une des rares sources grand public dans une langue que j'apprends. Je vais d'ailleurs prochainement en profiter, tout en sachant ses défauts, pour profiter du mois gratuit Netflix et tester l'astuce de Lauriane, donc je vais l'exploiter de fond en comble.

lundi 13 août 2018

Sur le front russe - 13 août

Oui, encore en décalage, planning de ministre et vacances à venir obligent.


Comme le créneau que j'ai prévu d'allouer au russe est depuis le début, en soirée/ début de nuit/nuit ( à cause des insomnies canicule, autant lire, hein...), c'est plus facile de garder une régularité, surtout cette semaine où je dois faire mes cartons. Du coup je me parle à moi-même en russe... Vu que mes contacts sur Tandem semblent eux aussi en vacances depuis quelques jours.

Alors déjà: Ta-dam!

Mon bricolage commençait à se décoller, hop, ça fait un peu moins fauché. 4 euros sur Priceminister.
attention, les autocollants existent en plusieurs formats ( touches carrées ou touches rectangulaires, avec lettres au milieu ou décalées) à prendre en fonction du clavier de base: le mien a des touches carrées avec lettres rouges au centre, donc il me fallait carrées avec lettres décentrées. En blanc pour être mieux visible sur fond noir.
mon ordi ayant une fonction rétro-éclairage, pour bien différencier les deux il me suffit de l'éclairer, le clavier azerty ressortira mieux et en rouge.Magique! Que demander de plus?

Donc je continue mon petit bonhomme de chemin, j'ai réussi à revoir ( en un mois et une trentaine d'heures tout ce qui constitue la formation en ligne " au cas par cas", je vais attaquer rapidement les aspects, histoire d'essayer de dégrossir ça avant la rentrée - 14 septembre, mais je monte à Bruxelles une semaine avant pour le déménagement, les dernières formalités, repérer le quartier, et prendre l'obligatoire abonnement internet. Après j'aurais tout l'hiver pour faire un deuxième round)

Et comme j'ai plus ou moins commencé à axer mon été sur la poésie russe.. je continue sur ma lancée.

Je tente de traduire autant que possible le texte " l'Homme Noir", qui fera un bon sujet pour le mois Halloween ( mais comme la traduction officielle ne me plaît pas trop, on n'est jamais si bien servi que par soi -même, je "mets les mains dans le cambouis", puis ça fait un exercice de traduction en prime)

Et j'ai aussi trouvé des extraits sélectionnés de la série dont je parlais  ici . En russe. Non sous-titré. Même pas sous-titré en russe ( les sous-titres auto de youtube sont ...pas terribles? mauvais? moisis?)  Ahem.

Bon, ça fait aussi un exercice audio et après 5 ou 6 écoutes d'un passage, je commence à repérer des trucs... même si je n'ai pas encore le courage de la prendre au début. Mais je pige de mieux en mieux. Yep!
Décidément, je n'en sors pas, l'auteur est hanté par l'homme en noir, et JE suis hantée par l'auteur. (Mais je vous l'ai dit qu'entre lui et moi, c'était quasiment une histoire passionnelle, mi-revanche personnelle, mi-coup de foudre littéraire. Donc non, je ne compte pas vous lâcher la grappe avec l'ami Serguei)

Donc, juste parce que ça me fait rigoler:
il y a quelque deux semaines, LE sujet qui faisait la une des médias, c'était les deux rappeurs ( que je ne connais pas au passage) qui se sont frittés à l'aéroport. Quelqu'un a fait remarquer sur les réseaux sociaux:
"Il paraît que la baston Booba/Kaaris est partie d’une discussion à propos de Hugo qui, évidemment, a vite dérivé sur La Bataille d’Hernani. L’un prônait la régularité de l’alexandrin à deux hémistiches symétriques et l’autre l’usage d’enjambements. Du coup c’est parti en couille."

Outre le fait que cette vanne "rap battle et littérature" sur ces deux "grands auteurs contemporains" me fait rire, j'avais envie de le mettre en rapport avec l'extrait que j'ai vu de la série et qui tombait à point nommé. En 1923, c'était l'inverse.
Quand la littérature dérivait en  Rap battle, ou " c'était quand même plus classe les querelles littéraires dans les années 20"

Donc un des passages de la série en question - qui a fait un tabac, je précise - est un match d'impro poétique, organisé presque comme un match de boxe par une société littéraire, entre les auteurs les plus importants de l'époque. Le sujet du débat est " C'est quoi être poète aujourd'hui?"

A ma gauche, représentant la poésie futuriste et le monde industriel, 2 mètres de poésie sous la toise, Vladimir alias " joie de vivre"
A ma droite, représentant la poésie lyrique et le monde rural, autoproclamé " hooligan", le casseur de codes sociaux et de conventions morales, Serguei, alias "frisettes".
Boucles d'or clashe l'ours grognon...Fight!

J'ai l'air de me moquer, mais il n'y a qu'en Russie qu'une série peut aborder ce genre de sujet - sur une musique épique- et avoir du succès. Avec à la clé des débats enflammés dans le fil de discussion de la vidéo. Et cette idée me réjouit ( imaginez en France une série, oui, tiens, qui parle de la bataille d'Hernani, ça n'intéressera qu'une poignée de gens et l'audience sera très moyenne)


Il est vrai que les deux acteurs ne ressemblent pas vraiment physiquement à leurs modèles, ce Maïakovski est décidément bien trop jovial.
Et l'acteur qui joue Essenine, un autre Serguei, Serguei Bezrukov ( quel nom étrange, il s'appelle approximativement" Serguei Sansmains") s'est fait tailler un short parce que l'auteur est si célèbre que toute interprétation à droit à sa volée de bois vert : trop grand, le vrai faisait moins d'1m70... euh, certes, mais ce n'est pas trop sa faute.
Trop vieux pour le rôle, trop moche aussi... sympa...
Pas 100% ressemblant d'accord, mais le gars n'a pas été casté sur sa ressemblance physique, en tout cas, pas prioritairement.
Et on lui a aussi et surtout reproché sa diction trop emphatique, trop énergique, trop ceci ou pas assez  celà, et ce n'est pas comme ça qu'on doit lire les textes d'Essenine..

Fun fact: il y a des enregistrements d'époque de l'auteur. Et s'il y a  une chose que l'acteur a justement bien copiée, c'est la diction, très emphatique, très énergique, limite martiale, de son modèle, attestée par des témoignages de l'époque autant que par l'enregistrement. 
J'aime bien essayer de traduire  les commentaires des vidéos, ici ils valent leur pesant d'or, car on retrouve des " ce n'est pas comme ça qu'on doit le lire".
Euh... sérieusement? Je comprends bien? Vous contestez le droit de l'auteur à lire SES textes comme IL a envie de le faire parce que ça ne vous plaît pas? z'êtes des bons, vous...😁
Accessoirement, il est vrai qu'il n'est pas très compréhensible. Partiellement à cause de l'enregistrement qui a plus de 100 ans et donne l' impression d'avoir été fait sous une pluie battante, mais aussi à cause de son accent de Riazan à couper à la serpe.
Là aussi, commentaires absurdes: " Mais il parle comme un paysan!"... hahaha. Ben, oui. 😅
Il n'a jamais essayé de se faire passer pour un bourgeois, ou voulu cacher ses origines campagnardes, c'est même un de ses sujets principaux, à longueur de textes: le vent dans les bouleaux, la lune sur les champs, les pieds nus dans l'herbe, les chiens, les poules, les vaches...(pour résumer, imaginez quelqu'un critiquant Nougaro en disant "  Ce qu'il écrit est bien, Toulouse est une belle chanson, mais, mais, mais, quelle surprise, il parle comme un toulousain!")

Mais imaginez mon émotion et ma joie de découvrir qu'un de mes auteurs favoris a été enregistré et même filmé il y a plus de 100 ans. Pas grave s'il a une voix bizarre ( oui c'est moi qui écris ça...), il faut aussi penser que les enregistrements se faisaient directement sur un rouleau de cire, et qu'il fallait quasiment crier dans le cornet pour espérer que le son passe à la gravure. Et Chaliapine, connu comme basse de son vivant, sonne plutôt baryton sur les vieux enregistrements, qui gomment systématiquement les harmoniques graves des sons.

Mais  pouvoir le voir bouger, vivant et l'entendre, pour moi, c'est super précieux! Je ne pourrais même pas rêver ça pour mon auteur favori de tous les temps: Baudelaire.

Sinon quel a été le résultat de cette joute verbale ? ( ce qu'ils disent dans l'extrait sont de vrais textes des deux auteurs, même si la série a pris quelques libertés comme le lieu de l'organisation, le nombre de participants - il y a avait 5 ou 6 auteurs en fait - ou les textes qui ont été sélectionnés, postérieurs parfois de quelques semaines à la date de la manifestation)
Aucune idée.
J'avance une hypothèse: le grand gagnant a été le proprio de la taverne la plus proche, vu que la "querelle" a du être.. vidée à grands coups de canons, vu la personnalité des deux lascars ( qui en fait , s'envoyaient des piques littéraires, étant de deux courants opposés, mais s'estimaient mutuellement comme deux écrivains de talent)
En tout cas, c'est fort probable et toujours mieux qu'une bagarre ridicule en 2018.

samedi 2 juin 2018

L'indo-européen et les racines

Parce que je l'ai un peu évoqué dans mon dernier "rapport" sur le russe, j'ai eu envie d'y revenir, c'est vraiment quelque chose de fondamental pour moi. Quelque chose qui m'aide réellement. en pratique.

Ce que je vais dire n'est valable a priori qu'au sein d'un système de langue donné: indo-européen, afro-asiatique, nigéro-conglaise, etc...mais il n'y a pas a ce jour (hors emprunts) de récurrences majeures qui permettent de faire un pont entre les systèmes de langues.

Autre précaution:je ne parle QUE de la composante linguistique ici.  Basée sur des choses tangibles: les langues actuelles et leurs versions antérieures, qui permettent de remonter à une forme ancienne, non attestée mais reconstituée par tâtonnements.
Et nullement la très hypothétique théorie d'une "société indo-européenne" constituée, instituée, unique, homogène et définie, sur un territoire précis, qui tient autant du mythe que l'Atlantide. Mais cette querelle théorique de savants a été le terreau involontaire d'une idéologie particulièrement nauséabonde, clamant la suprématie des "bons aryens"

Mais pour développer ça commençons par le commencement.

1- Les racines , kézaco?

Pendant très longtemps, on s'est bien rendu compte que les langues voisines géographiquement étaient aussi souvent proches entre elles: le français , l'italien et l'espagnol, qui font partie de la famille des langues latines et l'anglais , l'allemand et le danois, mettons qui font partie de la famille des langues germaniques.

Mais ce n'était pas forcément intuitif la base de trouver un rapport entre ces deux groupes. Quand aux langues slaves, elles paraissaient encore plus éloignées. Ce n'est qu'à la fin du XVIII° siècle et depuis qu'on a vraiment commencé à chercher systématiquement les récurrences. Je ne vais pas entrer dans le détail des pionniers de la grammaire et de la linguistique comparées, mais juste citer le plus important: Franz Bopp.
Et signaler que cette recherche est plus ou moins contemporaine de "l'origine des espèces"de Darwin: on a appliqué la même recette pour trouver la parenté des espèces - qu'elles soient végétales ou animale- et la parenté des langues.

Il y a quelque chose de bien connu concernant les langues  sémitiques, qui se nomme" racine trilitère" ( de 3 lettres). La particularité de l'arabe et de l'hébreu, pour ne citer que les deux les plus connues et répandues est d'être basé sur des "racines" de mots composées de deux ou plus souvent trois CONSONNES.
D'ailleurs l'hébreu même ne note pas à l'écrit ses voyelles, seules les consonnes sont notées, il faut connaitre le mot pour le lire " DWD" (le w note le son Wa, qui peut partir vers un V ou se transformer en voyelle) peut aussi bien être David, que Dod ( oncle, de mémoire. Donc Tonton David serait Dwd dwd? Mais non, je vous jure que je ne vous prend pas pour des cons)

Les consonnes étant la partie la plus solide du mot, celle qui varie le moins, on va noter la structure d'une racine X°X°X ( les ° représentent les voyelles, qui peuvent varier en "degré d'ouverture": le o est plus fermé que le a. Il y a des récurrences là aussi, mais on va en rester aux consonnes)
hop exemple:
Racine SLM ( je vous épargne l'alphabet hébraïque ou les notations particulières à la linguistique - parce que j'ai la flemme d'aller chercher les codes pour l'API ou le système pour coder des lettres en exposant).
Vous allez vite comprendre pourquoi je prends cet exemple précisément!
S°L°M, avec les voyelles intercalées. Le S peut aussi se transformer avec le temps et devenir un "sh" ( alerte terme technique, ça s'appelle une palatalisation)
SH(A)L(o)M. S(a)L(aa) M.
On a bien la même racine, et deux mots dans deux langues différentes.. qui ont ici exactement le même sens. On refait la même chose sur de nombreux autres mots et on a la preuve que les langues font partie d'une même groupe.

Salomon et Slimane, Slimane et Salomon.. vous seriez pas un peu cousins? hé bien oui, par le biais de la racine SLM. Shalom les cousins!

Mais c'est bien beau tout ça, sauf que si vous n'apprenez pas les langues de ce groupe là, ça ne sert à rien!
Mais c'est le principe qui est à retenir: racines de 2 ou 3 consonnes qui varient peu, et voyelles très variables.

2-  Et l'indo-européen, alors?

 On dit merci en particulier à Emile Benveniste. Je ne vous conseille pas de vous attaquer d'emblée à ses écrits si vous n'avez aucune base en linguistique, c'est loin d'être quelque chose d'abordable sans un minimum de préparation. Mais c'est passionnant.

L'idée de Benveniste, entre autres idées et entre autres penseurs, est d'avoir repris ce concept de consonnes solides orientales, qui évoluent peu ( et toujours de manière logique, en mettant aussi au jour cette logique),  et de l'adapter au groupe indo européen( en gros, il a mis en lumière les fait que les langues indiennes et iraniennes sont apparentées  mettons au français, ce qui n'était pas évident à l'époque) en se basant sur des corpus contemporains, médiévaux, antiques, en remontant toujours plus loin jusqu'à trouver une racine " factice", reconstituée, d'un proto état de la langue, non attesté, mais plausible.
Chaque racine reconstituée est notée "*XXX", * indiquant  qu'il s'agit d'une hypothèse reconstituée mais plausible d'un état de langue antérieur à l'invention de l'écriture
Il n'y en a pas une quantité phénoménale, puisqu'il s'agissait au final de nommer des réalités tangibles, physiques et contemporaines avant même l'antiquité: donc les liens familiaux, les parties du corps, les phénomènes naturels, les constituants de paysage et les verbes type " courir", "marcher", " chasser", " voir" etc...

Hop un exemple concret, la racine *méh₂tēr (mère) et son évolution dans différents langues filles, vivantes ou éteintes.
Autre exemple assez drôle: saviez vous qu'un pingouin, c'est une bestiole qui se voit bien? le -gouin de pinGOUIN est dérivé de gwyn ( blanc = clairement visible) en gaélique, racine
*weyd- (voir).
Je suppose que lorsque les marins des îles du nord voyaient les pingouins, c'est que visiblement, l'île, la terre ou la banquise n'était pas loin. Ou peut être jusque parce qu'il a des plumes blanches..

La même racine ayant une forme
*weyd-oh₂-lo- en grec ancien, "image, représentation" qui a donné par évolution " idole", il serait temps de dresser une statue digne de ce nom au dieu Pingu!
révérez moi, je suis votre dieu!
Oui, je dérive, c'est le principe mêmede la linguistique, de dériver...mais au moins je suis sûre que les égarés qui lirons jusqu'ici n'oublierons jamais l'étymologie du pingouin.

3- C'est bien beau, mais concrètement, j'en fais quoi, moi?

Je ne vous apprends rien : mémoriser une poignée de racines est plus facile et efficace que d'apprendre par coeur des listes de vocabulaires longues comme une année sans vacances.

Ca ne fera pas non plus de vous des champions des langues qui ont une connaissance intuitive de TOUTES les langues du groupe indo-européennes, surtout celles très éloignées:ce n'est pas parce qu'on parle français qu'on va soudain s'avérer un crack en Sanskrit. Mais ça aide, CARREMENT!

Ca permet déjà de donner à priori une idée de la signification du mot ou de sa catégorie, et je sais maintenant pourquoi je confondais les adjectifs " riche" et "divin" en russe
riche = бога́тый
divin =
боже́ственный
Les deux dérivent de la même racine бог  par glissement de sens dieu> dieu de la fortune ( au sens " chance")> bonne fortune >prospérité>richesse ( mais aussi > mauvaise fortune> misère, médiocrité)
Et d'un seul coup je me dis, " ha ouaiiiiiis d'accord, c'est donc comme ça que ça marche!", et là, bingo, c'est mémorisé!

Je vous ressors aussi ce que je disais précédemment sur la racine DOM:


J' ai trouvé une explication à une question que je me posais en lisant "le maître et Marguerite" de Boulgakov. L'un des personnages, Ivan, est un écrivain dont le pseudonyme est " biezdomniy", et je me demandais si ça voulait dire " sans maison" ( Dom) ou "sans maître" ( car la racine Dom en latin signifie les deux: la maison le logis, et par extension son propriétaire: Domus et Dominus). Biez signifiant " sans, privé de". Les deux étant possibles pour un écrivain indépendant.


La page dédiée à la racine "dom" m'indique donc que comme je le pensais, ma première idée était la bonne: son pseudonyme signifie " sans domicile" ou "errant", probablement en rapport au fait qu'il ne soit pas affilié à un éditeur précis mais travaille à la demande, ou à son goût de l'indépendance.

Vous voyez maintenant pourquoi j'aime particulièrement travailler avec les racines? J'ai pu inférer toute seule la signification d'un mot que je ne connaissais pas à partir de " préfixe privatif +racine "maison"+ terminaison d'adjectif."


Autre exemple: le portail  воро́та et le col (d'un vêtement) воротни́к en russe et la vertèbre ou le vertige en français ont la même origine, la racine qui signifie tourner: Le portail tourne sur son axe, le col tourne autour du cou, le vertige fait tourner la tête et la vertèbre. aussi, mais pas de la même manière!
Je vous jure que repérer ce genre de choses est un gain de temps phénoménal! Et aussi un gain de temps pour la prochaine langue issue du groupe indo-européen que vous voudrez apprendre. Car plus on en connait plus on est à même de repérer les " haaaa ouiiiiiii, c'était donc ça! mais ça ressemble à tel mot en anglais/allemand/espagnol, "etc...)

Autre avantage et non des moindres, ça explique pourquoi le français est aussi tordu au niveau orthographe. Je vais sadiquement prendre le mot ( et non la racine )Vert.
La couleur.
Que seul son T final permet de différencier de Ver, Vers, Vair ou même verre selon les régions - chez moi on différencie encore ce dernier mot plus en allongeant la voyelle avant les 2R qu'en prononçant réellement le E final d'ailleurs.
Et il n'a rien à voir avec l'idée de "tourner", et tout à voir avec " vert" viridis en latin.

Allez un tuyau:le D et le T en linguistique, c'est exactement la même consonne, que seul distingue son caractère sourd ou sonore. Je vais y revenir d'ici peu.

Donc viridis a perdu un i intercalaire et évolué en verT, avec un T prononcé, final, qui a fini par ne plus se prononcer du tout. Mais c'est ce qui explique que le nom associé à l'adjectif vert soit encore verDure , avec un D. Le nom, moins couramment prononcé que l'adjectif, à moins évolué est est resté plus proche de sa forme latine. La forme féminine de l'adjectif avec son E final " protège" de l'usure le T qui se prononce donc encore. c'est tout bête.

Et c'est à rapprocher de viril, virilité et tout ça.. le printemps, la sève qui monte.. Le VERT-galant est un dragueur vieillissant mais... toujours vert le pépé! Comme .. Henri IV dont c'était le surnom quasiment officiel.

4- oui, mais concrètement, je fais QUOI, à part manger les mots par la racine?
A part apprendre les racines, ou au moins apprendre à les repérer, ce qui permet de chercher les mots dans une dictionnaire de racines et non alphabétique, ce qui est aussi un gain de temps colossal, il y a une autre chose qui peut être profitables.
Désolée, on repart dans la phonétique pour quelques paragraphes!

Je disais plus haut que T et D sont la même consonne. F et V aussi. Ch et J. S et Z. ellesmarchent par paires.
C'est même tellement important que voilà le tableau simplifié des consonnes ( françaises, mais ici en alphabet phonétique) pour mémoire, classées selon leur articulation.

Voisée = sonore
non voisée = sourde.

Les consonnes d'une même colonne sont interchangeables. Le N fait partie apico-dentales ( la pointe de la langue contre les dents), le M des bilabiales ( avec les deux lèvres)-> articuler une apico dentale, juste avant une bilabiale la transforme automatiquement, mécaniquement en bilabiale:et voilà  pourquoi en français le N devient M devant un P ou un B.
Ce n'est pas qu'une fantaisie de l'écrit pour nous eMbêter, c'est une réalité sonore.

Des consonnes peuvent aussi migrer vers la colonne voisine si l'articulation est proche
bilabiale<->labiodentale, labiodentale<->apicodentale.
Mais en aucun cas une bilabiale ne deviendra soudain une vélaire, elles sont trop éloignées pour ça.
on voit aussi que le L et le R français sont très éloignés.. et donc pas du tout interchangeables contrairement à certaines langues qui ne font pas la différence, pas vrai, le japonais?

Le R français est vraiment très particulier, tout seul dans sa catégorie, et c'est vraiment LE son qui va poser problème à un étranger qui apprendre le français ( d'ailleurs en chant ou en théâtre, pendant des années, pour simplifier l'articulation, on prononçait simplement un R roulé à l'italienne,ce qui donne des enregistrement que l'évolution des techniques a rendues plus que désuètes, disons passablement ridicules et inécoutables, et qu'on peut dater presque à la décennie près... Ce n'est plus possible maintenant, il faut prononcer une vrai R français, sauf en baroque où on garde la prononciation " reconstituée")

Donc le second conseil serait de non pas apprendre par coeur le tableau des consonnes avec leurs caractéristiques techniques, mais de le consulter quand même dans la langue que vous apprenez parce que chaque système a ses consonnes, qui peuvent justement dans les racines migrer vers une autre du même groupe ou du groupe voisin. En prendre conscience rendra la mémorisation des racines plus facile et inversement.

Après on peut être très bon en langue sans conceptualiser, parce qu'on a une bonne oreille, une bonne mémoire, etc.. mais pour moi, conceptualiser et voir comment toutes ces briques dignes d'un jeu de construction s'assemblent, m'aide à retenir et à.. deviner parfois le sens, je n'en suis pas peu fière :D
Dans mon cas, c'est moins une question de mémoire que de stratégie et de rangement analytique.

jeudi 26 avril 2018

Préparation J-4

Ca y est, je suis libérée de mes obligations professionnelles. JOIE!

Je ne peux pas trop m'agiter en ce moment, suite à une opération, mais je peux vous dire que c'est ça qui se passe dans ma tête.

Donc comme j'ai décidé de commencer au 1° mai le néerlandais ( en fait, pour une question pratique, ça sera plutôt le 30 avril.. c'est un lundi, c'est pas mal comme ça et le premier mai, j'ai des choses prévues dès le matin), je commence à organiser mon planning de ministre. Et à prendre quelques jours de vacances mentales histoire de bien savourer mon changement de vie.

Enfin presque, parce que ce n'est pas parce que je suis en vacances de boulot que tout le reste disparaît aussi.

Déjà, je ne l'avais pas dit ici je crois, ou sans vraiment préciser, mais, je joue de la musique et je fais partie de 2 orchestres. Et si les choses sont assez tranquilles en janvier ou février, c'est nettement moins le cas en mai et juin. Non seulement j'ai des répétitions et des concerts plus souvent, mais c'est également le moment où les concerts intéressants à aller écouter se multiplient.
Et souvent assez loin de chez moi, donc il y a un temps de déplacement à compter, même si c'est à pied.

J'ai vu pas mal de choses sur le Bullet Journal ces derniers mois, et ça n'est absolument pas mon truc, car je n'ai pas du tout envie de perdre du temps et de dépenser des sous dont je vais ensuite avoir besoin pour calligraphier des pensées ou des listes de ceci ou celà.

Mais il y a 2 choses que j'ai décidé de mettre à profit: les traqueurs d'activité que je teste depuis décembre pour avoir un suivi de tel ou telle activité, que ce soit aller marcher 5kilomètres minimum, manger un repas végétarien, faire le ménage/la lessive, ne pas acheter d'objet en plastique jouer du basson ou chanter, lire, ou réviser telle ou telle matière.

Verdict: testé et approuvé!
Ca me permet de visualiser quand j'ai 2 ou 3 jours sans faire telle ou telle activité et de me dire qu'il serait temps de m'y remettre. Parce qu'on perd vite le fil et on se dit " ha , ça va j'ai fait ça avant hier", alors que non, ça fait une semaine que c'est en plan...
Donc voilà celui que j'utilise, sans chichi, sans fioriture, on imprime, on remplit ce qu'on veut, un code couleur pour les groupes d'activité ( le vert pour la musique, le jaune ou orange pour les activités sportives, le kaki moche pour les corvées ménagères, le bleu pour ceci, le rouge pour celà...), et je colore les jours où j'ai fait ci ou ça, ça prend 5 minutes par jour et il n'y a plus qu'à l'aimanter au frigo à côté des post-it liste de courses et du calendrier du mois.
Voilà le modèle que j'utilise, il yen a beaucoup d'autres en ligne, mais je voulais quelque chose de simple et sans décors colorés qui demandent plus d'encre pour l'impression.

Il n'y a plus qu'à remplir avec ce qu'on veut, au pif: néerlandais et russe, comme par hasard, et a cocher chaque jour où il y a eu une activité en rapport avec ça ( pour moi, peu importe, lecture, réviser un point de grammaire, écouter une chanson, regarder une vidéo...)

Sauf que là, il va falloir un peu plus d'organisation que des choses au mois,ou des activités un peu au hasard, et se dire que du moment qu'on a fait quelque chose à la fin de la journée. et donc après avoir creusé le tréfond de ma mémoire pour retrouver  " ça s'appelait comment  déjà ce truc qu'on avait à l'arrière du carnet de correspondance au collège, là où on marquait les heures de cours.." (sisi j'avais oublié le nom, mais je me souvenais du carnet de correspondance...)
Hop, L'EMPLOI DU TEMPS! J'ai honte d'avoir bugué plusieurs heures là-dessus.

Mais voui, on a à nouveau l'impression d'avoir 12 ans, sauf qu'on est soi-même Maître Du Temps
 vous connaissez cet excellent dessin animé des années 80? Laloux et Moebius...

Pas de planning imposé par une administration qui décide que tout le monde est du matin et qu'à 8h00 pétantes, on est frais et dispo pour faire 10 tours de piste au pas de course avant d'enchaîner sur 2 heures de maths et une de français en survèt' puant sans passer par la case douche.

Hop un modèle aussi, impossible de trouver sans fioritures, parce qu'on s'adresse à des gamins et qu'il faut des dessins, j'ai pris le plus sobre possible.

j'ai choisi celui là car il y a aussi les samedis et dimanches et qu'il s'étend de 7 à 23h00


Nan, àmoi de décider ce que je veux faire et quand, pour peu que ce soit régulier.Et déjà dans les trucs réguliers, plus ou moins il y a les repas, hop, en bordeaux, les concerts ( code couleur vert foncé comme pour le traqueur, vert clair pour les concert que j'écoute et où je ne joue pas), le rouge pour les RDV, le bleu pour les sorties plaisir mais avec un horaire précis...et le crayon gris pour ce qui est projeté mais encore mobile à 30 minutes ou 1 h00 près.

Concrètement, voilà:
j'ai pensé à virer la boîte de paracétamol pour la photo, o aurait pu croire que je me prenais vraiment la tête.
Et donc, je l'ai sous-entendu, je le clame maintenant:
je ne suis PAS du matin. Je suis en pleine forme le soir, mais pas capable de grand chose le matin. Peu importe les tentatives, je n'ai JAMAIS réussi à être du matin. Ma nature est du soir, voire de la nuit. Je ne vais certainement pas aller à l'encontre de ça alors que j'ai enfin l'opportunité de respecter mon rythme personnel.

Donc je cale d'abord ce qui ne peut pas bouger ( les concerts, les répétitions, le WE spécial organisé par le ciné, la manif'. Puis ce qui doit être " à peu près à heure fixe" ( les repas). L'approximatif au crayons gris ( quand je marque 15h00-16h00 basson, et 16h-17h chant, il est évident pour moi que ça veut dire après midi musique. De fait ça peut être 45 minutes de basson, 45 de chant et 30 de révision solfège ou histoire de la musique)

Ca reste utopique: je sais pertinemment que je ne vais PAS faire 1 heure 30 tous les jours de néerlandais avant le repas, parce qu'il faut aussi compter le temps de préparation dudit repas. MAIS je peux aussi écouter la radio néerlandophone en cuisinant. Quand je note une langue, là encore, c'est très vaste, ça ne veut pas dire 100% grammaire et vocabulaire: écouter la radio, regarder un film, ou même faire l'impasse sur la langue et me pencher sur la culture, la littérature ou l'histoire, ça compte pour moi.

Les journées sont déjà bien remplies, ça va se tasser en juillet- août quand il y aura moins de concerts, mais bien sûr pour le moment, les activités autres sont mobiles. Le concert prime. Donc s'il faut reporter ou avancer , ou réduite l"heure" de révision, je le ferai sans remord. Ou l'annuler un jour parce que c'est le jour "bonus"
(où je fais une pause de telle ou telle activité avant d'en arriver au stade de péter un câble, parce que je ne pourrais plus apprendre un mot ou jouer une note de plus sans tout envoyer dinguer dans la pièce. J'aime mon instrument, mais parfois, il me sort par les yeux. Surtout en été quand il fait trop chaud pour arriver à jouer juste, ou à jouer tout court, même en maillot de bain devant un ventilateur. Donc insister pour se frustrer, c'est une mauvaise idée. Après un examen, je le laissais parfois même en plan pendant des semaines avant d'y revenir de moi-même. Les vacances musicales pour ne pas en arriver au "divorce")

Et vous constatez? Il n'y a rien de fixe avant 11h00: simplement parce que si je rajoutais des choses précises, ça ferait trop d'organisation. Et il me faut des plages libres sans horaires à respecter, pour ne pas péter un câble à rester enfermer chez moi.donc le matin, ça sera la douche, le lavage de cheveux, les courses, la lessive, un brin de ménage, RDV médicaux, démarches administratives, sortir marcher, aller voir mes remplaçantes au travail qui vont avoir mille choses à me demander maintenant qu'elles se trouvent à reprendre un travail que j'ai fait en solo pendant un an, même que je n'ai pas eu assez de temps pour les former correctement.
Ou faire la grasse-mat' un lendemain de soirée ciné tardive.

En plus, on arrive vers l'été soit la période où je ne sors plus de chez moi après 12h00 et avant 19h00, sauf obligation absolue, parce qu'il peut faire plus de 40°C à l'ombre. Donc, bûcher les langues, en maillot de bain, devant le ventilateur, avec un verre plein de glaçons, c'est pas mal comme programme.

qui vient ici?

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et encore un an après :D

 Décidément, je suis peu productive depuis 2 ans. Est-ce que ça veut dire que je ne fais plus rien en lien avec les langues? Pas le moins du...