lundi 28 mars 2022

Des nouvelles générales

Comme vous l'avez compris la dernière fois, mon immersion en Russie a pris fin brutalement.
Et j'ai passé l'intégralité du mois de mars à glandouiller.

Enfin, disons qu'il me fallait ce temps pour me remettre de mes émotions et de ma déception. Et de la grosse fatigue qu'elles ont causée. Voir en moins d'une semaine tomber à l'eau quelque chose auquel je m'étais dévouée depuis une semaine, devoir partir presque sans dire au revoir à personne, ça a été nerveusement très éprouvant.

et c'est une réaction totalement normale de l'organisme au stress.
aller à l'encontre est le meilleur moyen de se stresser encore plus.
Sans aller jusqu'à être la réincarnation d'Oblomov, flemmard pathologique auprès duquel Gaston Lagaffe est un modèle d'énergie


Et là encore, j'ai souvent le blues, Saint Petersbourg me manque, les gens avec qui j'avais fait connaissance me manquent, ceux avec qui je n'avais pas encore fait connaissance aussi.
Et d'autant plus que j'ai dû revenir dans ma région natale que je déteste profondément, et dont je rêve de me casser définitivement.

Heureusement que j'ai encore les cours à distance, ça m'a permis de de pas me laisser aller par la routine et les horaires à respecter mais il m'a bien fallut presque tout le mois de mars pour me remettre vraiment à flot.
Y compris pour le reste ( sauf la musique et le sport).
Donc j'ai adopté la technique qui marche pour moi " freiner sur les choses habituelles et insérer un peu de nouveauté dans mon train-train": de nouvelles partitions à déchiffrer, de nouvelles lectures qui n'ont rien à voir avec la fac.
Même le géorgien est passé un petit peu au minimal, je n'avais pas l'energie mentale pour ça.

Je ne suis pas un cas à part, et rassurez-vous si ça vous est arrivé, que vous ayez été directement concerné par les effets de la guerre ou non: beaucoup des étudiants étranger de l'université Herzen ont arrêté, ou beaucoup ralenti: soit parce qu'ils payent les cours de leur poche pour avoir le droit d'être en Russie, et être logés sur place, et donc ben.. obligation de rentrer = plus d'intérêt pour eux. soit parce qu'ils habitent à l'autre bout de la terre et ne peuvent pas se connecter aux cours ( on a une américaine. 10h00 du matin en Russie, c'est maintenant 9h00 pour moi, mais 2h00 du mat' pour elle. Donc pas faisable à long terme)

Pour l'instant, il n'y a pas de souci de limitation d'internet, là ce serait vraiment la fin. Cependant j'ai appris que pire: mon camarade qui devait partir enfin, début mars à tioumen a vu une fois de plus son départ annulé. Il a joué de malchance: départ refusé en septembre 2020 pour cause de covid. Il a choisi de redoubler: départ refusé en septembre 2021 pour cause de covid, vous ne partirez au mieux que pour le second semestre ( alors que ceux envoyés à Saint Pétersbourg et Moscou ont pu y aller à partir de mi - novembre). Il devait partir le samedi où je suis rentrée et à donc redoublé pour rien.
Pire, il ne peut pas retenter l'an prochain. Je ne pourrai pas non plus: les partenariats entre mon université et les universités russes en général sont gelés jusqu'à nouvel ordre, les échanges de l'an prochain sont simplement annulés. Impossibled e savoir quand ça reprendra.. si ça reprend un jour.
Et ce même si les universités qui ont vu une fois de plus leurs étudiants étrangers repartir précipitemment proposent des solutions à distance: partenariat annulé quelle que soit la forme, ça fait partie des sanctions contre la Russie (sanctions disproportionnées puisque l'immense majorité des gens que j'ai rencontrés ne sont pas pour la guerre... mais ne peuvent pas s'y opposer directement. La Russie n'est pas son chef d'état, pas plus que l'actuel président français ne représente la totalité des français, et sûrement pas moi)

Mais grosso-modo oui c'est normal d'avoir un passage à vide dans cette actualité déprimante, qui fait en plus suite à deux ans de restrictions covid, restrictions dont on sait pertinemment qu'elles peuvent revenir d'un jour à l'autre. Le fait est qu'il est impossible de prévoir des choses ne fut-ce qu'à moyen terme - mon anniversaire est dans 7 jours, ça fait 2 ans que je le fête seule chez moi, ayant eu à chaque fois le seul droit de manger en tête à tête avec ma mère, comme tous les autres jours de l'année. Vais-je enfin pouvoir aller au restaurant cette année: rien n'est sûr.
J'avais invité plusieurs de mes nouveaux amis à venir ici en vacances quand ils veulent. C'est loin d'être gagné: même si les frontières étaient ouvertes, les visas sont toujours délivrés sur critères particuliers à cause du Covid, et les russes sont maintenant mal vus dans leur ensemble en Europe. Et même s'ils y arrivaient, les visas sont ultra chers pour eux, pas sûr que ça leur soit possible suite à la crise économique.
Et donc oui, on est tous à plat, il faut l'accepter, et prendre le temps de se remettre. Se forcer serait improductif. Mais tout en trouvant des stratégies pour contourner la flemme. C'est précisément ce que je fais en changeant mes habitudes, ça redynamise.
enfin, le 25 mars, c'était la journée de la procrastination. J'ai décidé de la reporter un peu tous les jours..
Pourquoi ne pas faire un seul jour ce qu'on peut ne pas faire tous els jours. On est plus efficace quand on fait les choses par petit bout, donc on est plus efficace quand on glande par petits bouts aussi.

Donc j'ai réinséré à petites doses des choses que j'avais laissées en attente: regarder une série animée japonaise ( et constater que malgré 4 ans d'arrêt, j'ai encore des restes de vocabulaire) et faire un mini stage personnel de réveil de l'espagnol fin mars et maintenant encore, un réveil purement audio et oral, ce qui manquait à l'époque du collège/lycée. Donc je suis allée voir du côté de mon camarade Michel Thomas, puisque en l'occurence, ce qui m'intéresse pour le moment avec l'espagnol n'est pas tant de le lire que de discuter un peu avec ma voisine équatorienne.

Et mon petit travail pourrait bien prendre une nouvelle ampleur dans les mois qui viennent, donc là aussi, je ne vais pas rester les bras ballants. Mais, s'il me faut encore quelques jours de glandouille, je me les accorderai, pour ma santé mentale.

mercredi 9 mars 2022

9 mois en Géorgie

Evidemment vu la situation, les denrierds jours de février et la première semaine de mars ont été sans géorgien, et pour cause: mon immersion en Russie a été brutalement interrompue par la situation internationale et la néceesité de rentrer immédiatment là tout de suite, qu'est-ce que vous faites encore en Russie on vous a demandé de rentrer il y a 3 heures de ça.. Enfin, presque.
J'ai donc passé quelques nuits blanches à chercher des avions inextistant la caummunauté internationale ayant eu la lumineuse idée de couper d'abord les transactions bancaires, les liaisons aériennes PUIS seulement ensuite, exiger notre retour. Sans argent ni avions donc. Faire mes valises, essayer de revoir les amis que je me suis fait avant de partir ( un seul était libre le lundi soir, et je lui en suis totalement reconnaissante: apprendant que je devais partir en vitesse, il m'a proposé de se voir avant, malgré sa fatigue, m'a remonté le moral quand j'en avais le plus besoin, m'a faite rire, m'a offert un livre que je voulais lire et ce sans même le savoir... une perle!), ce qui a un peu adouci le départ. acheter une valise, faire le test PCR, remplir la valise, aller imprimer tous les documents, aller en cours, quand même le mardi et le mercredi autant que possible...
Le retour a été épique, entre retard d'avion, rallongement de vol, arrivée en pleine nuit dans un autre aéroport que celui prévu et dont je devais repartir en fin de matinée, bref, la pagaille totale, dans laquelle j'ai failli perdre mon bagage à main. Je suis partie le jeudi matin de l'université, arrivée en France le vendredi après midi, je me suis octoyée un peu de glandouille le week-end avant de reprendre le géorgien et .. outch, une semaine sans, ça fait mal!

Malgré tout,vaille que vaille, ça continue, et après un mois de décembre à minima, j'arrive à réaccorder un peu plus de tempsà la langue, et sans forcer, j'ai pris l'habitude de systématiser 15/20 minutes de musique à la radio le soir, avant d'aller me coucher ( et parfois comme je traine un peu j'entends "il est 3 heures" ( 2h00 en russie, donc minuit en France), ha tiens, en fait j'ai écouté la radio pendant plus d'une heure.
D'une pierre deux coups, parce que celle que j'écoute décrite comme " musique traditionnelle", mélange volontiers  avec des choses plus récentes, plus pop ou jazz..
Oui, du jazz en géorgien ça existe. Il y a par chance peu d'autre choses, je n'écoute que d'une oreille quand ils diffusent une chanson en russe, j'ai aussi par deux fois entendu de l'hébreu et une fois du français, du grec ou de l'espagnol... Mais aurant dire que c'est raisonnable on évite surtout la variété banale en anglais diffusée partout ailleurs.

J'ai aussi commencé à attaquer les programmes éducatifs de " silk school" où il y a la présentation de l'alphabet lettres par lettre, vraiment pour les enfants de primaire, , mais ça permet d'entendre parler et de repérer " ha punaise j'ai compris une phrase, simple mais elle a dit "le canard est une oiseau" et " le canard de Marko est noir, youhou", de voir de nouveaux mots ( que je connais ou que je m'empresse de chercher dans un dictionnaire)...

Et là arrive le moment oups...
La dame répète souvent ასო-ბგერა, ბგერა, c'est le son ასო, c'est la lettre de l'alphabet, le caractère, mais aussi le membre (d'une association par exemple) . Donc son et lettre c'est le phonème en fait ( ou plus simplement la lettre)
Mais c'est aussi un autre genre de membre, plus, spécifique, et dont nous ne sommes pas dotées..., 😂
attention à la recherche d'image, on tombe sur de la biologie.
ასო signifie aussi à peu près " zizi", et je me demandais pourquoi une recherche sur le terme lettre présentait aussi des schémas de ce qui fait la fierté de certains.
Les précedentes fois je vous parlais de magnifiques mots-pépites enpreints de philosophie.Ca ne peut pas être toujours le cas.

On va continuer sur cette thématique, hein, j'ai repris le film de la dernière fois, sur les amours masculines, puisque je l'ai a portée de main ( le film, j'ai le film à portée de main! Et non un monsieur qui voudrait bien que j'étudie sa euh... lettre en détail et en braille)

Et donc je l'ai revu, en deux fois maintenant que je connais l'histoire, en faisant plus attention au dialogue? puis je le découpe encore en plus petites unités, par séquences où je me concentre complètement sur ce qui est dit.
D'où  l'intérêt de prendre un film qui vous a plu...

Mais tout ça mis pour à bout, donne qu'hormis les soirs où je suis vraiment claquée et/ ou les jours où je rentre vraiment tard, j'ai augmenté ma proportion d'écoute, et c'est une bonne chose. Il va me falloir aussi augmenter celle de lecture maintenant ( ce que je fais déjà avec les vidéos éducatives, même si c'est du niveau  4 ou 5 ans)

Je vais prochainement aussi chercher des textes courts, des chansons et les suivre en écoutant l'enregistrement.

Ah et un echec: j'ai essayé de mettre en place la goldlist pour le géorgien, mais c'est peine perdue, je n'y arrive pas cette méthode n'est vraiment pas pour moi, je n'accroche pas du tout. J'avais tenté avec le russe, mais mon sentiment était mitigé, j'ai la confirmation, je n'ai pas dépassé 2 listes, je n'arrive même pas à me motiver à les relire 15  jours plus tard. La répétition espacée me convient beaucoup, mais alors beaucoup mieux, j'ai besoin d'entendre très régulièrement les mots pour qu'ils me restent en tête. La goldlist fait double emploi en mois bien, et je me range à l'avis de l'eurolinguiste, ça demande beaucoup de temps pour quelque chose qui peut être fait beaucoup plus rapidement et efficacement autrement. Pour moi, en tout cas. Donc pas la peine de se forcer à quelque chose qui n'est pas rentable pour moi.

Et donc, puisque me voici de retour avec des cours de russe à distance, mais beaucoup moins d'immersion, je vais essayer ce mois-ci de réaccorder un peu plus de temps à la grammaire, et de reprendre plus systématiquement les manuels que j'avais ici et les sources trouvées en Russie.

mardi 1 février 2022

8 mois en Géorgie + un film à découvrir

 Je continue mon petit périple, quotidien, pas grand chose de nouveau par rapport aux mois précédents.
En ce moment, j'écoute la radio, le soir, une demie heure, en plus de ma révision de vocabulaire.
C'est assez compliqué de trouver des radios géorgiennes qui diffusent autre chose que de la variété internationale en anglais.

amra ( logo vert) est spécialisé dans la variété géorgienne de toutes périodes et donc, il y a assez peu d'autres choses ( du russe de temps en temps, j'ai entendu un morceau en franaçs et un autre en portuguais sur plusieurs heures d'écoutes)


https://onlineradiobox.com/ge/?lang=fr

Mais j'ai la satisfaction de repérer du vocabulaire, des formules récurrentes que je peux aller chercher ha tiens ça veut dire ça? ho mais là il a dit " chemi Tbilisso, , chemi Sakhartvelo", c'est du vocatif, on s'adresse à la ville ou au pays comme à quelqu'un: Mon Tbilissi, ma Géorgie, c'est une allégorie, yeah, j'ai compris!

J'ai enfin réussi à choper les infos: politsia, politsieli, armia, administratsia, sanktsi, systema, partia, regionuli korespondenti, dedakalaki, Sochi,.. (ha, c'est les affaires intérieures et la politique)
Pranguli, saprangeti, propaganda ( tiens, les elections en France)
Million nakhevari kilometri, teleskopi James Webbi systema ekzoplaneti, ati milliardi dollari ( ha, la science..)

Alerte pépites!

შენი ჭირიმე:  " sheni tchirime" :(idiomatic) an untranslatable expression of endearment towards a familiar listener.
Qui signifie "Ta Peste (au sens ta tristesse/ ta souffrance) pour moi". Je comprends " tu m'es tellement cher que je veux bien t'écouter parler de tes problèmes et te remonter le moral". A éviter selon le contexte, ça peut être "mon chéri", un coup à faire une déclaration d'amour à quelqu'un sans le vouloir.
ou dans la même idéeგენაცვალე [ genatsvale]: " fais passer" ( partage tes problèmes). Même idée pour dire " chéri(e)". Ou bien les géorgiens ont une vision très pessimiste sur la vie, telle une vallée de larmes où il n'y a pas d'espoir possible ( ce qui ne me parait pas être spécialement le cas), ou bien ils sont super sentimentaux, sentimentaux² (probablement plutôt ça, je ne compte plus le nombre de chansons où j'entends " amour" ou " joie" ou "amis")

Je sais donc quoi dire lorsque je rencontrerai un cuisinier professionnel :D "partage tes malheurs avec moi.. et surtout, tes khinkali"

Et deuxième mini victoire:  j'ai pu regarder enfin, un film de bout en bout. Avec des sous-titres français, certes, mais, d'une manière générale, ça fait aussi plaisir un film géorgien qui ne soit pas d'Otar Iosselani, ou qui ne date pas d'il y a 50 ans, car oui il y a un cinéma géorgien contemporain... rarement diffusé à l'étranger. Et y repérer aussi des mots, des dialogues, etc..

Et on va continuer dans le domaine sentimental, avec une histoire d'amour, de musique, d'art.. toute mignonne, un vrai petit coup de coeur

Et puis nous danserons ( film 2019) და ჩვენ ვიცეკვეთ

 Voilà un film dont j'avais vu un extrait en ligne qui m'avait beaucoup plu, mais.. je n'avais jamais pu voir le film lui-même, qui n'était pas sorti dans ma ville fin 2019 puis... 2020 est arrivé, et lorsque le cinéma d'art et d'essai de ma ville  a rouvert, le film n'était déjà plus une nouveauté, et donc, est passé  à l'as de la programmation. Entre temps je n'avais même pas su sous quel titre il avait été distribué en France, et je l'avais oublié.


Et, comme j'ai traîné, j'en parlais précédemment, sur des sites et chaînes youtube dédiées à la langue géorgienne, l'extrait est réapparu en suggestion. Quelques clics pour voir quelques extraits, l'interview du réalisateur, de l'acteur principal, d'un français qui l'a vu et a beaucoup aimé et explique concrètement pourquoi, j'ai décidé de le regarder en VOD, dès le lendemain.

Déjà un film géorgien, ce n'est pas souvent. Puis c'est l'occasion de me cultiver un peu. Puis ça parle de danse et de musique traditionnelle, mais pas que.

De quoi s'agit-il?  Simplement d'une histoire d'amour entre deux hommes que tout destinait à devenir rivaux, dans le domaine de la danse traditionnelle géorgienne.

Merab, le héros est un danseur qui prépare une audition pour intégrer la principale troupe de danse traditionnelle de Tbilissi. Une danse très codifiée, aux règles très strictes. Et depuis le début, il s'entend dire qu'il doit représenter la force, la virilité, le fier héros guerrier... face aux femmes dont le rôle est d'incarner la pureté virginale...  vous n'avez pas le droit à la faiblesse, vous n'avez pas droit à la sensualité, il n'y a pas  d'ambiguité dans cette danse etc..
Ca ne lui plaît pas et suite à tout ce qu'il a vécu au long du film, il décide d'envoyer bouler tout ça, de danser comme il en a envie, et de laisser libre cours à son moi profon, d'inventer son propre moyen d'expression en fusionnant la danse traditionnelle avec qui lui est refusé.

Et comment en est-il arrivé là?  Il danse depuis son plus jeune âge dans une troupe locale, avec son frère, beaucoup moins sérieux dans son apprentissage. Sa mère, son père, sa grand mère sont tous anciens danseurs.  Mais la famille vit un peu dans la dèche, les parents sont divorcés, Merab travaille au restaurant pour les aider et simplement rapporter des restes à manger. Donc une existence pas fofolle, compliquée sans être non plus totalement la misère, et dans laquelle il y a l'espoir d'un engagement officiel dans une troupe nationale, qui règlerait les soucis d'argent.

Espoir bousculé du jour au lendemain par l'arrivée d'un nouveau participant, Irakli, qui est meilleur que lui. Mais contre toute attente, le temps de se jauger, ce n'est pas une histoire de rivalité qui va se nouer entre les deux, mais une histoire d'amour. Ils deviennent rapidement amis, mais le spectateur n'est pas dupe. Les jeux de regards, les sourires, tout ça sans un mot... ne trompent personne . Et surtout pas le héros, qui le temps d'encaisser son coup de foudre et la révélation qu'il n'est pas vraiment ce qu'il croyait être, prend très bien son homosexualité, ou au minimum, sa bisexualité. "Je suis tombé amoureux d'un autre homme, c'est inattendu et compliqué, mais du moment que ça me rend heureux, je ne vois pas où est le problème"
Ben, le problème est que, bien que la Géorgie ne soit pas un pays légalement homophobe, et qu'il y ait des lois de protections  de la communauté LGBT, dans les faits, les gens concernés sont repoussés par la tradition et le poids de l'église orthodoxe en marge de la société.

Car le vrai sujet est là: comment vivre son homosexualité, sa bisexualité ou toute autre différence dans une société plombée par la morale religieuse orthodoxe. En filigrane, c'est ce rigorisme religieux qui est pointé du doigt ( la référence régulière aux arméniens, mal vus, est je pense, moins une dénonciation de la xénophobie, que liée au fait que les religions dominantes soient catholique en Arménie et orthodoxe en Géorgie). On apprend vite que la place qui s'est libérée dans la troupe principale est celle d'un danseur qui a été renvoyé pour être avoir été pris en flag' avec un autre homme. ( et pire que tout, en flag' " avec un arménien" CQFD). On ne le voit jamais, mais son histoire est racontée par bribes: envoyé au monastrère pour " rentrer dans le droit chemin", abusé sexuellement par un prêtre, rejeté par sa famille et tout employeur potentiel, contraint à faire le tapin pour survivre. Donc si l'un des deux, ou les deux héros, se font pincer, ils peuvent dire adieu au minimum, à leur audition et à leurs espoirs de carrière, et peut-être, au soutien de leur famille.

A cet égard, je pense qu'il n'est pas anodin que Merab soit vu plusieurs fois en train de mâchouiller la croix qu'il porte au cou, au bout d'une chaîne: les traditions, la religion, les superstitions enchaînent le héros, mais aussi le pays. Comme en Russie, c'est moins la population qui est homophobe que les partis politiques et les religieux intégristes qui en ont fait leur fond de commerce. Les gens suivent par tradition ( je connais personnellement quelqu'un, catholique pratiquant, intelligent et solidaire par ailleurs, mais homophobe simplement parce que l'église s'oppose à l'homosexualité. Si demain, on trouvait  une version d'origine de la bible disant " foutez les paix aux gens, qu'ils sortent avec qui ils veulent, ça n'a aucune importance", il cesserait tout simplement de l'être)

A contre pied, et ça fait du bien, la relation entre les deux hommes est simple, saine, consentie, sans rapport de force, ni de menaces, ni de contrainte. Tout est en subtilité, une relation tendre et complice, sensuelle et sans perversité . Pour eux, elle est tout aussi normale qu'une autre, et donc pas de mortifications, de "on ne devrait pas, c'est pas bien". Non, ils sourient, rient et dansent en toute complicité, tout en restant dans la limite de ce qui est publiquement accepté pour ne pas éveiller les soupçons ( on est dans un pays où danse spontanément en public entre amis, où on peut être tactile, un peu plus qu'en France du moins)
Et si par la force des situations elle n'aboutit pas, c'est le parcours de Merab qu'on suit et comment la révélation de sa différence, le passage dans sa vie de ce petit ami ephémère, va le faire progresser en tant qu'homme et en tant qu'artiste. Ce qui est donc visible dans la séquence suivante: l'acceptation de sa part féminine, de la sensualité qui lui est refusée mais fait partie intégrante de son identité, hors des limites qu'on veut lui imposer. Et ça c'est magnifique. Ca fait tellement plaisir à la femme que je suis de voir un homme.. radieux, être libre de ne pas correspondre à ce que la société attend de lui et décider consciemment de ne plus entrer dans le moule qui plus est, en transcendant tout ça par l'art.


Et bon sang, que l'acteur principal est bon dans ce registre, crédible, touchant, et véritablement d'une expressivité et d'un naturel rares. Pas le " beau gars standard" (son camarade brun y correspondrait plus, et parait un peu fade en comparaison)  mais, et c'est infiniment mieux, avec ses cheveux cuivrés bouclés, ses taches de rousseur, son teint diaphane et sa souplesse de chat, il a un charme fou, justement parce qu'il sort des standards, de la norme. Lumineux et adorable petit gars.
Il se nomme Levan Gelbakhiani, et j'espère vraiment le revoir dans d'autres films, il crève l'écran. En espérant qu'on ne le cantonne pas à un seul type de rôles. C'est un danseur contemporain professionnel qui, ce n'est pas anodin, a mis beaucoup de temps à accepter ce rôle, pour ne pas risquer de bousiller sa carrière ou se mettre en danger, lui ou sa famille. Et a fini par le faire en espérant que ça fasse évoluer les mentalités dans son pays. Il a d'ailleurs dû s'entraîner intensément à la danse traditionnelle, qu'il connaissait mais ne pratiquait pas spécialement, pour être crédible. Nul doute que ce rôle l'aura aussi poussé hors de sa zone de confort et fait évoluer sur un plan personnel, humain, et artistique.

Et donc ma révélation du mois, ce sont donc les deux Levan: Levan Akin, le réalisateur, qui a eu l'envie de faire bouger les choses avec un projet culotté ( et j'apprend qu'il a travaillé en Suède sur des épisodes de Akta Manniskor, excellente série à laquelle j'espère encore une suite). Et, donc, Levan Gelbakhiani, le jeune acteur débutant. Ici une interview en anglais où il explique ses difficultés et même le danger qui l'a menacé avec ce rôle. L'équipe a réellement reçu des menaces de mort de la part des groupes d'extrême droite.
Mais il est en train de rafler des prix pour sa prestation dans nombre de festivals, un nom à suivre, donc. Et également, Bachi Valishvili, l'autre acteur du film, très prometteur lui aussi. Un trio qui semble en plus être devenu une bande de copains, et donc si le film se double d'une belle histoire d'amitié, ça ne peut que me plaire d'autant plus.

Aparté, les deux acteurs et le réalisateur sont hétéros ( ce qui est critiqué par une partie de la communauté LGBT), mais espèrent faire évoluer les mentalités dans leur pays.. et sont donc involontairement devenus les porte-étendards de la cause gay. Et du point de vue du réalisateur, c'est une réussite, qui commence à faire évoluer les choses, il a reçu des témoignages et remerciement de géorgiens et géorgiennes LGBT ou soutiens, de gens qui lui disent avoir été inspirés, à se libérer. Il souligne que la population a fait un accueil favorable au film.

Pour voir le film c'est là: https://www.universcine.com/films/et-puis-nous-danserons ( visible en VOD soit à la séance, soit à l'achat pour le revoir, j'ai choisi cette option parce que je savais qu'il allait me plaire et que je voudrais le revoir dans quelques temps, au minimum pour la langue.
Le faire voir à ma mère aussi, ça va lui plaire.

Constatation 1:  le titre français diffère de celui international " and then we danced" ou du titre russe qui est aussi au passé. C'est intéressant, la fin est ouverte, les titres européens mettent l'accent sur la fin d'une situation quand la France (coproductrice), choisit le futur et l'optimisme.

Constatation 2: ce films est rempli de détail qui semblent anecdotiques mais ne le sont pas. Et ça donne une des plus belles scènes de rupture que j'aie vue au cinéma (l'anneau puis la boucle d'oreille)

A noter que les mentalités sont longues à  faire bouger: le film a causé des remous à sa sortie en Géorgie, accusé par les partis conservateurs de dénaturer la tradition du pays, de faire de la propagande gay... souvent, par des gens qui avaient décidé de son contenu avant même de le voir. Il n'a rien de choquant, même les scènes intimes restent dans la suggestion, et on est loin en dessous de l'étalage de chair du moindre film américain où il y a forcément LA scène hot pour avoir une scène hot, souvent sans grand intérêt narratif... là ça s'intègre à la narration, ça fait partie intégrante de la découverte des héros de leur identité, et ça n'a rien de vulgaire.
Une très jolie découverte, pleine de sensibilité, sur fond d'art et de musique.  Vraiment, un film qui est passé inaperçu du grand public ( mais pas des festivals), mais qui mérite une seconde chance.

Analyse d'un point de vue cinématographique ( et non politique, polémique etc.. ), sur en particulier l'éclairatre très travaillé et très beau.


Un article en anglais sur les rapports entre le film, accusé de gifler la culture géorgienne, et les références qu'il y contient pourtant ( et il y en a beaucoup), à commencer par une jubilatoire séquence de danse improvisée en caleçon avec un chapeau traditionnel, après une soirée d'anniversaire très arrosée, sur un tube pop. Un  numéro de charme naturel, plein d'humour et décomplexé, qui confirme ce que disait le cinéphile sur la lumière, elle est magnifique et pleine de sens. La position respective des personnages et l'éclairage annonce quelle sera leur attitude dans la vie, et vis à vis de leur particularité. et qui in fine, est le mieux taillé à résister à la pression sociale. Sans un mot, juste avec une belle lumière cuivrée.

Par contre je vous préviens d'avance, parce que c'est surprenant, ce film pourrait être sponsorisé par "les clopes", je n'ai jamais vu autant de monde fumer aussi souvent à l'écran. Dites, les gars, et les nanas, c'est pas trop compatible avec la danse, qui demande souffle et endurance! Ca  picole sec aussi d'ailleurs.😅

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 Oulà, oui, même un peu plus puisque nous sommes fin juin et que ma dernière MAJ date d'avant la reprise du travail Alors, c'est off...